Plan d'économies pour l'hôpital de Nancy, le directeur de l'ARS Grand Est persiste et signe : "je fais mon boulot"

En exclusivité pour France 3 Lorraine, Christophe Lannelongue, le directeur de l'Agence régionale de santé Grand Est revient sur une polémique qu'il a provoquée le 4 avril en pleine crise sanitaire. En cause, un plan d'économies pour l'hôpital de Nancy visant à supprimer 598 emplois et 174 lits. 

"Ce projet [Copermo, ndlr] reste un projet exemplaire pour développer l'hôpital public" selon le directeur de l'Agence régionale de santé du Grand Est, Christophe Lannelongue.
"Ce projet [Copermo, ndlr] reste un projet exemplaire pour développer l'hôpital public" selon le directeur de l'Agence régionale de santé du Grand Est, Christophe Lannelongue. © Alexandre MARCHI. MaxPPP
Depuis le 4 avril 2020, à coup de tweets et de communiqués, une polémique est née à Nancy mettant en cause la gestion de l'Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est et son directeur Christophe Lannelongue. En cause : un plan d'économies pour l'hôpital de Nancy, validé en juillet 2019 par l'ARS Grand Est qui se nomme "Copermo". 

"Copermo", un terme quelque peu barbare qui signifie : Comité interministériel de performance et de la modernisation de l'offre de soins. En 2019, il avait entériné un plan présenté par la direction du CHRU de Nancy pour assainir ses finances. L'établissement, lourdement endetté, s'était alors engagé à supprimer 598 emplois et 174 lits dans les six prochaines années.

Des efforts contre une aide financière, c'était en quelque sorte le deal passé entre les collectivités locales et l'Etat. La validation de ce plan avait alors suscité de vives critiques de la part des syndicats qui dénonçaient “un nouveau plan d’économies et des conditions de travail et d’accueil au bord de la rupture”.
 
Aujourd'hui, de nombreux politiques qui avaient pourtant acté ce plan le rejettent à leur tour. La crise sanitaire du coronavirus est passée par là. Le plan serait rediscuté, cela allait de soi jusqu'à ce que le directeur de l'ARS Grand Est, Christophe Lannelongue, s'exprime cette semaine chez nos confrères de L'Est Républicain (article réservé aux abonnés) : “Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo pour le CHRU de Nancy. Le dossier devrait être examiné début juin […]. La trajectoire reste la même…” Sous-entendu : le plan, comprenant les suppressions de postes et de lits, sera appliqué.

De quoi faire bondir de nombreuses voix. “Pour moi, le Copermo est mort” a même déclaré le maire de Nancy, Laurent Hénart, par ailleurs candidat à sa propre succession et président du conseil de surveillance du CHRU. Le président du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein, lui aussi candidat à la mairie de Nancy, a de son côté écrit à Emmanuel Macron pour que soit “mis un terme à la fermeture de lits et aux 598 suppressions de postes envisagées.
 
Impossible de valider ce plan sans tout remettre à plat, c'est en substance ce qu'exigent notamment Laurent Hénart et Mathieu Klein. Le ministre de la santé leur a répondu ce dimanche 5 avril 2020 qu'il les avait entendus et que "tous les plans de réorganisation" étaient pour l'instant "suspendus."
 
Le directeur de l'ARS Grand Est, joint par France 3 Lorraine ce dimanche matin, maintient pour sa part la nécessité de ce plan à Nancy.


Vos propos qui ont été repris dans la presse régionale où vous vous exprimez sur l'avenir du CHRU de Nancy suscitent un début de polémique. Vous avez déclaré qu'“il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo”. Un plan qui prévoit pourtant la suppression de 598 emplois et de 179 lits dans l'établissement nancéien sur les cinq prochaines années. Maintenez-vous vos déclarations ?

Christophe Lannelongue : "Le Copermo, c'est un super projet. Un projet de construction, de redynamisation et de développement du CHRU de Nancy ! C'est un projet où il y a un engagement de financement public, un engagement majeur ! 500 millions d'euros. C'est un projet qui va permettre de donner de vraies et bonnes conditions de travail à toutes les équipes. Ça mérite de l'attention et pas des procès en sorcellerie. Ça mérite également un peu de décence ! Ce n'est pas moi qui ai approuvé ce plan. C'est la ministre de l'époque, Agnès Buzyn et je rappelle qu'il a été approuvé localement."


Vous comprenez néanmoins que dans le contexte sanitaire actuel, parler de suppression d'emplois et de lits, ça pose problème ?

"Mes propos ont été sortis de leur contexte. C'était une question bizarre lors d'une conférence de presse mensuelle où nous avons fait le point sur la gestion de la crise. Un journaliste m'a demandé ce qu'il en était du Copermo à Nancy et si nous maintenions les suppressions d'emploi au CHRU de Nancy. J'ai répondu que le Copermo continuait même si on avait quelques semaines de retard sur la transmission du dossier en raison de la situation sanitaire actuelle."

"Après coup, je me suis rendu compte que j'avais été piégé. Le journaliste a agi en concertation avec des élus de la CGT et des élus de la région. Dans la foulée, mes déclarations ont été transformées et ce qui est paru dans l'Est Républicain est faux ! Pire que ça, des communiqués, des lettres au ministre... ont immédiatement été publiés. Tout cela démontre que l'opération a été montée. En fait, c'est une opération politique de la CGT du CHRU de Nancy qui vise à montrer que l'Agence régionale de santé, que je dirige, n'est pas en conformité avec les déclarations du président de la République."

On est dans une période de crise avec un immense dévouement des soignants et on a des gens qui montent des petits coups politiciens
- Christophe Lannelongue, directeur ARS Grand Est


"Cette opération, c'est un procès politique où l'on cherche à montrer que nous sommes une vieille agence de santé qui ne comprend rien à la situation. Une agence qui a porté ce projet Copermo. Mais ce qu'oublie de dire la CGT, c'est que c'est un projet magnifique. Je le répète : un projet de 500 millions d'euros, un projet qui a été construit avec le personnel et porté par toute la communauté hospitalière du CHRU. Ce projet, c'est le regroupement des activités sur un seul site à Nancy. Un enfant de 4 ans comprendrait que lorsqu'on passe de sept sites à un seul, il y a une possibilité de rationalisation. On va pouvoir redéployer du personnel pour développer l'activité."


Dire que c'était un piège, c'est un peu facile, non ?

"Ce qui est choquant, c'est l'attitude désolante de ce journaliste. On est dans une période de crise avec un immense dévouement des soignants et on a des gens qui montent des petits coups politiciens. Franchement, ça me désole !"


L'après-crise, c'est pourtant une question qui est légitime ?

"On a fait un immense parcours. On a triplé les lits de réanimation. On a mobilisé tous les acteurs de la santé dans la région et après un mois d'efforts acharnés, on commence à avoir des résultats. On a pu soigner tout le monde. Tous les gens qui avaient vocation à aller en réanimation ont été pris en charge. On a commencé aussi à beaucoup mieux suivre les patients atteints du coronavirus. Et on est en train de réussir la mise en place d'équipements de sécurité et de protection pour tous ceux qui en besoin."

Il y a des gens qui sont au chaud comme les responsables de la CGT qu'on n'a pas beaucoup vu sur le terrain.
- Christophe Lannelongue, directeur de l'ARS Grand Est


"Cette semaine, les professionnels de santé vont pouvoir bénéficier de cinq millions de masques... Il y a aussi le soutien des nos amis européens... Tout est en place pour traverser cette période du 15 au 25 avril. Au plus tard, le 25 avril, on en sortira car on commencera à avoir moins de malades en réanimation. Le Copermo, c'était une question hors sujet."


Elle a pourtant été posée et vous y avez répondu ?

"Dans la foulée, bizarrement, il y a des prises de position, des communiqués immédiats, des lettres au ministre de la santé, au premier ministre, au président de la République etc... Ce n'est pas sorti comme ça, par hasard."


Ne tentez-vous pas d'allumer un contre-feu avec ce que vous dites ?

"Il y a des gens qui exploitent le malheur de cette région. Moi, je gère la crise. C'est toute la différence."
 

Le contexte exige qu'il est encore plus nécessaire de développer le CHRU de Nancy. Ce projet reste un projet exemplaire pour développer l'hôpital public
- Christophe Lannelongue, directeur de l'ARS Grand Est


Mais le contexte n'est plus le même ?

"Non, le contexte exige qu'il est encore plus nécessaire de développer le CHRU de Nancy. Ce projet reste un projet exemplaire pour développer l'hôpital public. Y investir 500 millions, c'est encore plus nécessaire aujourd'hui qu'hier ! Oui, la crise montre que nous avions raison de préparer un projet de développement de l'établissement."


Vous sentez-vous néanmoins menacé aujourd'hui avec certaines déclarations qui risquent peut être d'exaspérer en haut lieu. Vous sentez-vous fragilisé ?

"Au contraire, au contraire ! Je suis conforté. Très franchement. On a fait un boulot formidable avec tous les soignants. Il y a des gens qui bavent, c'est toujours comme ça. Il y a des gens qui sont au chaud comme les responsables de la CGT qu'on n'a pas beaucoup vu sur le terrain. Ce ne sont pas eux qui étaient dans les services de réa."

"De toute façon, les Français ne supportent plus cette façon de faire du syndicalisme. Le taux de confiance envers les syndicats, il est de 15%. Le taux de confiance envers les hommes politiques qui se livrent à de telles déclarations, moins de 10%. Ce que les Français voient, c'est que l'Etat a tenu le choc."

Moi, je fais mon boulot. J'applique ce que le ministère a décidé.
- Christophe Lannelongue, directeur de l'ARS Grand Est


"L'Etat a réussi à organiser un combat très difficile et nous sommes en train de le gagner. Ils ne s'intéressent pas à ceux, qui de manière politicienne exploitent la difficulté. Je ne me sens pas menacé et c'est un honneur pour moi d'avoir à mener ce combat. C'est un honneur d'être aux côtés des soignants. Et c'est même un honneur de voir que ceux qui attaquent sont ceux qui n'ont pas eu le courage de se battre."


Vous visez la CGT mais d'autres hommes politiques locaux montent également au créneau. Des attaques modérées mais fermes comme de la part de Mathieu Klein ou Laurent Hénart...

"Tout le monde sait qu'actuellement, il y a un débat sur l'hôpital public en France. Moi, je fais mon boulot. J'applique ce que le ministère a décidé. Le projet de Nancy, c'était un financement de l'Etat qui était lié à l'annulation de la dette. La décision devait être prise définitivement avant le 30 juin, la crise a bousculé le calendrier. Mais il était clair dès le départ que l'Etat s'investissait massivement. Il a toujours été clair que le montant de l'engagement de l'Etat, c'était celui de la dette. 500 millions d'euros."


On vous sens affecté quand vous parlez...

"Pas du tout. Chacun son style. Au début de cette crise, j'ai lu à mes collaborateurs un discours de Churchill, un discours de juin 1940 où le Premier ministre anglais déclare : “Si on l'emporte, c'est parce que chacun d'entre nous va se hisser au devoir de sa tâche. Les gens diront alors que ce sont les plus belles heures de notre pays.” Je pense sincèrement que si on gagne ce combat, ce seront les plus belles heures du service hospitalier."


Pas de coup de fil du ministère, hier ou aujourd'hui dimanche 5 avril 2020, sur vos déclarations ?

"Non rien pour l'instant... Ce projet pour Nancy, on l'a porté et défini avec la communauté hospitalière. Les suppressions d'emploi ont été validées, tout a été travaillé en transparence.. Je le répète, ce plan, c'est un fantastique outil de progrès avec des locaux modernes, c'est notamment gagner sur le plan logistique. Qui pourrait nier que lorsque vous avez des locaux modernes, sur un site unique, on les entretient plus facilement ? Pas moi, en tout cas !"
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