Plante tueuse et orchidée fantôme, le vrai du faux, cette botaniste raconte

La botaniste lorraine Katia Astafieff explore une dizaine de films plus ou moins cultes pour raconter ce qu’elle connaît bien : l'univers des plantes. De "Into the wild" à "La Petite Boutique des horreurs" en passant par "Harry Potter", elle démêle le vrai du faux des plantes tueuses ou des plantes magiques.

L’univers de Katia Astaffief est plein de plantes aux noms parfois improbables, souvent intrigants. La botaniste et aussi une aventurière, elle aime nous raconter ses périples en solitaire dans des contrées lointaines. Et elle aime aussi nous raconter les histoires étonnantes des végétaux : après les enquêtes sur les plantes voyageuses apportées en Europe par des explorateurs ou encore les surprenantes histoires des plantes qui piquent, qui brûlent ou qui tuent, nous voici plongés dans le monde glamour, enfin pas toujours, des stars en pot ou en culture. "Les plantes font leur cinéma" est publié aux éditions Dunod.

" Dans "Seul sur Mars" de Ridley Scott, Matt Damon plante des patates", nous raconte Katia Astafieff. "D’ailleurs, son personnage prononce cette phrase : "heureusement, je suis botaniste." Ces questions sont celles que se posent les chercheurs aujourd’hui pour les missions spatiales. Les plantes font souvent partie de l’intrigue dans les films de science-fiction. Dans ce domaine, " Silent Running", réalisé en 1972 par Douglas Trumbull est pour elle un film de science-fiction important. Il traite de biodiversité. Et là aussi, il est question d’un botaniste à bord d’un transporteur spatial sur lequel sont cultivées des serres. " Ce sont des dystopies intéressantes qui font réfléchir." Pour écrire son livre, Katia Astafieff a fait des recherches et a choisi de traiter de grandes thématiques en parcourant l’histoire du cinéma. 

Les plantes magiques

La mandragore d’Harry Potter existe vraiment. Dans cette scène du film, les deuxièmes années doivent rempoter des mandragores. Il est expliqué que la plante peut " ramener des gens pétrifiés à leur état d’origine. Elle est aussi très dangereuse. Son cri est mortel pour quiconque l’entend."

 Mais dans la réalité alors ? " C’est une plante toxique" explique Katia Astafieff, "avec ses racines étranges, elle ressemble à un petit bonhomme. Il n’est pas étonnant qu’elle inspire le monde du cinéma."

Les plantes carnivores

Il y a tout un imaginaire autour des plantes carnivores. Dans la réalité, elles attirent les insectes et pour cela, elles développent des stratégies. " Certaines dégagent une odeur, d’autres ont des couleurs très vives. Leur but est de se développer. Elles séduisent les insectes avec quelque chose qui brille, mais qui est de la glu, qui les piège." Katia mentionne des films qui transforment cette plante en mangeuse d’hommes. " Les films sont souvent inspirés par la dionée (l'attrape-mouche).

C’est celle à laquelle on pense en premier.  Dans " La Petite Boutique des horreurs " (Little Shop of Horrors), un film musical américain réalisé par Frank Oz, sorti en 1986, c'est le cas."

Les virevoltants

On les voit souvent dans les westerns, ce sont ces plantes qui roulent juste avant l’affrontement." Elle ressemble à un buisson. En réalité, c’est une plante qui se détache de sa racine et qui se déplace en se laissant emporter par le vent. C’est une façon, pour elle, de disséminer ses graines. C’est donc un moyen de reproduction.

Celle que l’on voit dans les westerns est l’espèce Salsola tragus. C’est une plante invasive aux États-Unis en particulier. C’est une grosse consommatrice d’eau et elle favorise les incendies. En 2018, à Victorville en Californie, des habitants se sont retrouvés coincés chez eux par des milliers de ces virevoltants. Elle est sympathique dans les films, mais elle est très problématique dans la réalité."

L’orchidée fantôme

Certaines plantes sont rares et menacées. Dans le film "Adaptation", réalisé par Spike Jonze avec Nicolas Cage et Meryl Streep, il est question de l’orchidée fantôme.
" Dendrophylax lindenii est l’une des orchidées les plus rares au monde. Elle risque de disparaître. Le livre est aussi pour moi l’occasion de sensibiliser à la préservation des espèces, à la biodiversité. Au 18e, 19e siècle et jusqu’au début 20e on parlait de chasse aux orchidées. Des écosystèmes ont été ravagés par ces chasseurs qui venaient voler des plantes."

Pour les plus jeunes

Katia Astaffief publie aussi un ouvrage pour les plus petits : "les plantes carnivores font mouche"

"4 h 30, marais de la Vosgienne, un cri retentit dans la nuit. Une brume épaisse enveloppait les montagnes sombres et les Vosges dormaient dans un froid mordant. Un jeune moustique, curieux et impétueux, avait pris le risque de s’aventurer seul dans des terrains mystérieux."
C’est le début du livre magnifiquement illustré. Une enquête qui devrait passionner les plus jeunes.