A Roville-devant-Bayon, une passerelle à castors pour éviter les accidents de la route

Avec cette passerelle en bois, les castors n'auront plus à traverser la route / © B.de Butler, France 3 Lorraine
Avec cette passerelle en bois, les castors n'auront plus à traverser la route / © B.de Butler, France 3 Lorraine

La Moselle sauvage, au sud de Nancy, abrite une importante population de castors d'Europe. Dont beaucoup meurent percutés par des voitures au cours de leurs déplacements nocturnes. La passerelle inaugurée lundi 14 octobre fait partie d'un programme de réduction des points noirs dans le département.

Par Benoît de Butler

C'est un déversoir du Canal de l'Est, un ruisseau très fréquenté par les castors venus de la Moselle en contrebas. Mais le pont de la départementale 9 marquait souvent pour eux la fin du voyage. En raison d'un courant trop fort sous le pont, ils escaladaient le talus pour traverser sur la chaussée. Nombre d'entre eux finissaient sous les roues d'une voiture.

En principe, ça ne devrait plus arriver : une passerelle en bois permet désormais aux rongeurs de franchir les rapides en toute sécurité. Elle a été installée en cette mi-octobre 2019 à la faveur de la mise à sec du ruisseau, en raison des travaux d'entretien du canal.
 
Jean-Baptiste Schweyer, le "Monsieur Castor" dans le département, marque le passage pour les visiteurs du soir. / © B. de Butler, France 3 Lorraine
Jean-Baptiste Schweyer, le "Monsieur Castor" dans le département, marque le passage pour les visiteurs du soir. / © B. de Butler, France 3 Lorraine
Un peu de vase, quelques pommes (ils adorent) et du castoreum, cette "graisse de castor" qui leur sert à marquer leur territoire : il n'en faut pas plus pour indiquer le bon chemin aux prochains castors qui passeront par là. Le ruisseau doit être remis en eau dans quelques jours.

Cette passerelle s'inscrit dans le "plan castor" de l'Agence Française pour la Biodiversité en Meurthe-et-Moselle. Jean-Baptiste Schweyer, le référent "castor" dans le département, s'inquiète de la forte mortalité routière de ses protégés : 70 morts certifiés en dix ans, probablement le double en comptant les blessés qui vont mourir un peu plus loin... c'est beaucoup pour une population estimée (pour toute la Lorraine) à un millier d'individus.
Le castor est une espèce protégée / © Jean-Baptiste Schweyer, Agence Française pour la Biodiversité
Le castor est une espèce protégée / © Jean-Baptiste Schweyer, Agence Française pour la Biodiversité

Pour trouver des solutions, l'AFB travaille avec l'aide de VNF (Voies Navigables de France, qui gère une bonne partie du domaine fluvial) et également celle des services routiers du département. Le castor est aussi un enjeu de sécurité routière. La réduction de la vitesse à 80 km/heure ne change pas grand chose : sur la terre ferme, le castor n'est pas un animal très vif, et il est très peu visible de nuit. L'animal adulte pèse tout de même une vingtaine de kilos, et même sans choc, l'éviter au dernier moment peut être dangereux.

Conduites à risques

Sept points noirs ont été recensés, rien qu'entre Bayon et Messein où la population est importante. A Bayon, c'est en cas de crue de la Moselle que les castors prennent des risques en montant sur la route. 

La  passerelle de Roville a été réalisée en quelques heures, mais les solutions techniques ne sont pas toujours aussi simples : à certains endroits, il faudrait ménager des passages sous la chaussée, ce qui a forcément un coût. A minima, des clôtures ont été posées à certains endroits pour obliger les castors... à faire demi-tour.

Ces premiers aménagements semblent donner des résultats : Jean-Baptiste Schweyer a été moins sollicité cette année pour aller ramasser des cadavres au bord des routes. C'est plutôt encourageant.
 

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Quentin Bigot

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