TEMOIGNAGE. "60 secondes interminables", le tremblement de terre du 1ᵉʳ janvier au Japon raconté par cette franco-japonaise

Saiko Tonami réside en Lorraine depuis 23 ans. De retour au Japon pour les vacances de Noël, elle se trouvait à Kanazawa, à 150 kilomètres de l'épicentre du séisme dévastateur, qui a frappé le Nord de l'archipel le 1ᵉʳ janvier 2024.

Elle n’était pas retournée au Japon depuis la crise covid. Saiko Tonami vit en France depuis 23 ans à Nancy en Meurthe-et-Moselle. Elle s’est rendue avec ses deux fils à Kanazawa pour les vacances de Noël chez ses parents. Elle nous raconte comment elle a vécu le tremblement de terre de magnitude 7,5 survenu le 1ᵉʳ janvier 2024 : "Nous étions avec ma mère dans le salon et les enfants étaient dans leur chambre. Un premier tremblement de terre léger s’est produit.

Au Japon, on sait qu’en cas de tremblement de terre, le premier réflexe est d’allumer la télévision et de se protéger. Une poignée de secondes après, cette fois, la secousse était violente. Nous étions à quatre pattes dans le salon dans lequel il n’y avait pas d’objet, donc pas de risque de chute. Mais nous avons bien cru que la maison allait s’effondrer.

Le séisme a duré 60 secondes. Cela nous a paru interminable. Une fois, la secousse passée, je me suis précipité dans les chambres de mes fils. Ils ne semblaient pas plus effrayés que cela.

La maison des parents de Saiko Tonami se situe à environ 150 kilomètres de l’épicentre. Lorsque la famille est sortie de la maison, elle a vu la chaussée soulevée à plusieurs endroits de la ville et des dégâts peu importants comparés au désastre à proximité immédiate de Shika. "On a des amis dans le secteur. On a essayé de les joindre, mais les liaisons téléphoniques ne fonctionnaient plus. On voyait les images de la télévision et on était choqués. On a fini par avoir des nouvelles par les réseaux sociaux. Nos amis ont perdu leur maison, mais ils sont sains et saufs. J’ai reçu beaucoup de mails du Japon et de la France pour savoir si nous allions bien."

Toujours sous le choc 

À Nancy, Saiko Tonami est à la tête d’un restaurant très fréquenté. Beaucoup de clients se sont aussi inquiétés.

Si Saiko Tonami a accepté de témoigner, c’est d’abord pour parler des autres. Ceux qui ont besoin d’aide. "Il y a eu beaucoup de victimes. À cette heure, plus de 300 personnes sont encore portées disparues. Il y a des routes coupées, des villages isolés, des personnes en grand désarroi. Je réfléchis à comment les aider."

Pour revenir en France, Saiko et sa famille ont dû s’adapter. L’accident survenu le 2 janvier à l'aéroport de Tokyo n’a rien arrangé. La famille est finalement rentrée à Nancy le 5 janvier. Depuis, Saiko ne peut plus regarder les informations à la télévision. "J’ai le cœur qui bat fort dès que j’entends bouger un objet ou qu’il y a une notification électronique sur un téléphone. Au Japon, tous les téléphones se mettent à sonner ou à vibrer en cas d’alerte. Je n’étais pas au Japon lors du séisme et du Tsunami de 2011, qui a causé l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Les gens sont traumatisés. Depuis mon retour, je préfère les réseaux sociaux aux infos."

Kanazawa, une ville jumelée avec Nancy

Kanazawa est jumelée avec Nancy. Saiko nous indique que les deux maires ont prévu de se parler dans les prochains jours. Elle nous rappelle qu’en 2011 Nancy avait organisé un marché solidaire pour le Japon.

Saiko, elle réfléchit. Elle veut aider. Elle va aider. Elle ne sait pas encore comment. Elle a besoin d’un peu de temps pour avoir les idées claires et pour passer à l’action.

Des centaines de répliques 

D’après l’AFP : l'estimation du nombre de disparus après le puissant séisme qui a ébranlé le centre du Japon le 1ᵉʳ janvier a dépassé le seuil de 300 ce lundi, selon un décompte provisoire qui fait état de 168 morts dans la région. La majorité des personnes dont les proches sont sans nouvelles a été signalée dans la ville de Wajima, l'une des plus durement frappées par la catastrophe, sur la péninsule de Noto, au bord de la mer du Japon. La ville a notamment été le théâtre de graves incendies.

Le séisme, suivi de centaines de répliques, a provoqué dans toute la région des milliers de glissements de terrain et l'effondrement de bâtiments et de routes. Il a aussi déclenché un tsunami avec des vagues de plus d'un mètre de hauteur sur la côte de la péninsule de Noto, étroite bande de terre d'une centaine de kilomètres de long. La secousse a été ressentie jusqu'à Tokyo, à 300 kilomètres de distance.

Les services de secours poursuivent également leurs efforts pour atteindre plus de 2.000 personnes, parfois en situation critique, isolées en raison des routes endommagées par le séisme, et leur acheminer vivres et équipements.

Le Japon est l'un des pays où les tremblements de terre sont les plus fréquents.