Meuse : la plante aquatique invasive toujours présente dans le canal de la Marne au Rhin

Le myriophylle hétérophylle continue de coloniser les canaux du Grand-Est. Cette plante invasive perturbe régulièrement la navigation. Chaque année des campagnes d'arrachages sont organisées, comme en ce moment près de Bar-le-Duc.
Tronville-en-Barrois le 28 juillet 2021 : le ramassage du myriophylle hétérophylle se fait à l'aide d'une petite barge équipée d'un bras élévateur. Auparavant la plante aquatique a été coupée à l'aide d'une lame tirée par le bateau sur le bief concerné.
Tronville-en-Barrois le 28 juillet 2021 : le ramassage du myriophylle hétérophylle se fait à l'aide d'une petite barge équipée d'un bras élévateur. Auparavant la plante aquatique a été coupée à l'aide d'une lame tirée par le bateau sur le bief concerné. © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine

Le myriophylle hétérophylle est toujours bien présent sur le canal de la Marne au Rhin et continue de se développer. "L'invasion a débuté en France en 2011, mais la plante est devenue réellement problématique pour la navigation sur le canal de la Marne au Rhin en 2011" explique Cécile Pestelard, référent technique environnement à Voies Navigables de France (VNF), délégation Nord-Est.

Pour faire face à cette plante aquatique indésirables Voies Navigables de France investit chaque année dans d'importants moyens pour couper cette plante aquatique originaire du sud des Etats Unis et inscrite sur l'inventaire européen des espèces invasives depuis 2014.

Ce n'est pas une algue, mais une plante aquatique qui n'a pas de prédateur en France. VNF est toujours à la recherche de techniques innovantes pour lutter contre son développement.

Le myriophylle hétérophylle constitue une sorte de tapis végétal flottant à la surface de l'eau. Ici le 28 juillet 2021 dans le bief numéro 28 du canal de la Marne au Rhin sur la commune de Tronville-en-Barrois.
Le myriophylle hétérophylle constitue une sorte de tapis végétal flottant à la surface de l'eau. Ici le 28 juillet 2021 dans le bief numéro 28 du canal de la Marne au Rhin sur la commune de Tronville-en-Barrois. © Lodoïs Gravel - France 3 Lorraine

 

Des campagnes de coupe et d'arrachage

En ce mois de juillet des chantiers sont en cours à Bar-le-Duc sur le port de plaisance, mais aussi dans le bief numéro 28 à Tronville-en-Barrois. Il s'agit de couper la plante sous l'eau à l'aide d'une lame accrochée avec des chaînes et tractée par un bateau.

Vient ensuite le ramassage qui se fait à l'aide d'une embarcation équipé d'un chargeur hydraulique à fourche. Le bateau rassemble le myriophylle hétérophylle sur le bord. Une pelleteuse extrait ensuite la masse de végétaux de l'eau pour la déposer dans la benne d'un camion.

 

Une plante présente sur tous les canaux du Nord-Est

En quatre ans le myriophylle hétérophylle s'est considérablement développé. Les étés très chauds qui se sont succédés ne sont pas étrangers à cette prolifération importante. Entre 2017 et 2020 le myriophylle hétérophylle a colonisé de plus en plus de canaux comme le montre ces cartes comparatives.

Entre 2017 et 2020 le myriophylle hétérophylle s'est largement développé comme le montrent ces deux cartes montrant la présence de la plante aquatique en 2017 et en 2020.
Entre 2017 et 2020 le myriophylle hétérophylle s'est largement développé comme le montrent ces deux cartes montrant la présence de la plante aquatique en 2017 et en 2020. © Voies Navigables de France

 

Le myriophylle hétérophylle n'est pas dangereux pour la santé contrairement aux algues bleues par exemple. Mais il perturbe la navigation. Il arrive que la plante soit aspirée par les systèmes de refroidissement des péniches de plaisance et occasionne des dégâts. Cette mésaventure est arrivée à plusieurs plaisanciers qui ont dû immobiliser leur bateau pour réparer ou faire réparer leurs moteurs.

"Le myriophylle hétérophylle s'enroule aussi autour des hélices ou des arbres d'hélices, il ralenti les bateaux, leur fait consommer davantage de carburant. Les fragments qui se détachent se retrouvent dans les écluses et bloquent les portes" explique Cécile Pestelard.

 

Des recherches et des techniques innovantes

Depuis 2018 Voies Navigables de France travaille avec l'université de Lorraine pour mieux connaître le développement du myriophylle hétérophylle et mieux lutter contre sa prolifération. Cécile Pestelard précise l'une des avancées : "nous nous sommes rendus compte qu'en coupant la plante à l'automne nous agissions avant qu'elle libère ses micro fragments et qu'elle essaime un peu plus loin. En effet sa multiplication se fait par bouture de fragments qui se déplacent au fil de l'eau"

C'est ainsi que le port de Ligny-en-Barrois (Meuse) a été faucardé à l'automne dernier. Cela a permis de voir réapparaître la plante aquatique endémique, le myriophylle à épis qui est une espèce locale, et limiter la prolifération du  myriophylle hétérophylle.

Une nouvelle technique sera testée cet automne 2021. "Il s'agit de constituer une barrière de bulles qui va stopper les fragments. Un tuyau est inséré au fond du canal et produit des bulles qui vont stopper le déplacement des micro fragments"

Le trafic de fret facilité par les pluies de l'été

Alors qu'en 2020 le trafic avait dû cesser dès le mois de juin en raison de la sécheresse, cet été 2021 les biefs sont pleins et permettent une navigation assez fluide. Si en majorité il s'agit de péniches de tourisme, quelques bateaux de fret sont prévus sur le canal de la Marne au Rhin à partir du 2 août. "Il y aura au moins cinq péniches Freycinet qui passeront par le canal début août avec un chargement de marchandises" explique Laurent Lemoine, adjoint au chef de l'unité territoriale d'itinéraire Marne au Rhin ouest. 

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