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La Cathédrale de Verdun a déjà eu chaud

Détail d'une gravure d'Israël Sylvestre (1669) / © Verdun, Bibliothèque d'étude du Grand Verdun, V2 (CAGV, tous droits réservés)
Détail d'une gravure d'Israël Sylvestre (1669) / © Verdun, Bibliothèque d'étude du Grand Verdun, V2 (CAGV, tous droits réservés)

L’incendie qui a ravagé la charpente de la Cathédrale Notre-Dame à Paris, lundi 15 avril, n’est pas sans rappeler que de tels édifices ne sont rien face aux flammes. Preuve en est, avec la Cathédrale de Verdun, incendiée cinq fois et partiellement depuis sa création.
 

Par Pierre Thillot

Ce lundi 15 avril restera à jamais gravé dans l’Histoire, comme étant le jour où la cathédrale Notre-Dame de Paris a brûlé. Aux alentours de 19 heures, un feu s’est propagé dans les combles de l’édifice religieux. Peu de temps après, les flammes embrasaient la charpente en bois, de 110 mètres de long, la réduisant à néant.
 


 La cathédrale de Verdun, édifiée sous le même vocable que celle de Paris, connaît bien les supplices du feu, mais fort heureusement, la chaleur et les guerres ne l’ont jamais mise à terre.

Les premières traces écrites, qui évoquent la cathédrale de Verdun, apparaissent au Xème siècle.

La cathédrale et le torchon brûlent

Au XIème siècle, le monument va faire face au feu pour la première fois. "La cathédrale est prise sous les flammes à cause d’un incendie volontaire", explique Michaël George, docteur en histoire médiévale, qui a consacré plusieurs livres à la cathédrale meusienne.

En 1048, le Royaume de France n’existant pas, plusieurs seigneuries se font la guerre. Godefroy Le Barbu, duc de la Haute et de la Basse Lotharingie met le feu à Notre-Dame de Verdun. "La cathédrale est touchée dans la partie occidentale. C’est à ce moment, que Thierry Le Grand, évêque de Verdun va demander des rénovations", indique l’historien.

 

La cathédrale de Verdun avant 1755 / © Verdun, Bibliothèque d'étude du Grand Verdun, ER11 (CAGV, tous droits réservés)
La cathédrale de Verdun avant 1755 / © Verdun, Bibliothèque d'étude du Grand Verdun, ER11 (CAGV, tous droits réservés)

À la fin de sa vie, Godefroy le Barbu va se réconcilier avec Thierry Le Grand, "il va se repentir et va donner de l’argent pour la cathédrale. Ce qui va permettre de construire le premier cloître", explique Michaël George. Il faudra attendre une trentaine d’années pour que les rénovations se terminent. "À l’époque, on avait des spécialistes. Ils avaient l’habitude. On a découvert, grâce à des marquages sur les pierres, que 188 tailleurs différents ont œuvré dans la cathédrale après cet incendie", poursuit celui qui est également Conservateur des Antiquités et Objets d'Art de la Meuse.

Coup de foudre

À partir du XVIIème siècle, plusieurs incendies vont se déclarer dans la cathédrale de Verdun. En 1738, le feu est déclenché involontairement par des ouvriers. Au total, Notre-Dame de Verdun va, au XVIIème siècle, rencontrer quatre fois le feu, dont trois à cause des conditions météorologiques.  

"Le 2 avril 1755, à 22 heures, un grand incendie se déclare à cause de la foudre qui s’est abattu sur une des flèches de la Cathédrale. Les chanoines utilisaient des seaux d’eau pour éteindre le feu", indique le spécialiste de Notre-Dame de Verdun. Ce n’est que le 3 avril 1755, à 9 heures, que les flammes se meurent, car elles n’ont plus de bois à consumer. La toiture étant faite de plomb, il fallait faire vite pour sortir les objets sacrés et précieux, car du fait de la chaleur propagée par le feu, le toit pouvait s’écrouler.

 

Vient l’heure de reconstruire, une nouvelle fois. Comme pour la Cathédrale Notre-Dame de Paris, il faut trouver des fonds. L’argent manque, mais c’est sans compter sur l’aide d’une personne de taille. "Le futur Roi de France va offrir une rente, à hauteur de 5.000 livres par an, pour la reconstruction de la cathédrale", explique Michaël George.

L’évêque de Verdun propose des rénovations et des nouveautés au sein de sa cathédrale, "on va supprimer les flèches et les deux tours nord de la cathédrale pour éviter la foudre", indique l’historien.  Les parties romanes, jugées "barbares", sont enfouies. Elles ne seront redécouvertes qu’après la Première Guerre Mondiale.

Et Verdun, la victorieuse…

Parlons-en de la Grande Guerre. Durant ce conflit, qui débute en 1914, Verdun est une ville paisible. Elle deviendra, en 1916, la personnification des horreurs de la Première Guerre Mondiale.

La cathédrale de Verdun ne va pas échapper aux obus. Encore maintenant, elle porte sur ses murs, les stigmates des explosions. Le cloître sera sévèrement touché par l’une des bombes. "Elle n’a pas été visée volontairement" révèle Michaël George.

À la fin de la guerre, la cathédrale devient un martyr. Pourtant, si on la compare à celle de Reims, les dégâts sont moindres. Notre-Dame de Verdun est restée droite et culmine fièrement sur les hauteurs de la capitale meusienne. Petit à petit, le martyr va devenir un symbole de résistance, la cathédrale a su tenir aux envahisseurs. Peu de doute que la Cathédrale Notre-Dame de Paris, renaitra elle-aussi de ses cendres. 
 

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