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3 raisons de regarder le documentaire “Déchirures de familles”

La déchirure des enfants issus de couples binationaux divorcés. / © France Télévisions / 2 Caps Production
La déchirure des enfants issus de couples binationaux divorcés. / © France Télévisions / 2 Caps Production

Lors d'un divorce qui implique un parent allemand, la justice lui accorde toujours la garde des enfants. Ce qui s'apparente à un scandale, soulève des questions sur l'Union Européenne. Déchirures de familles tente d'y répondre. Voici 3 bonnes raisons de le regarder;

Par Sophie Gueffier

Pense-t-on aux difficultés d'un divorce lorsque l'on construit sa vie avec une être cher? Pense-t-on que la frontière, même abolie par les accords de Schengen, puisse devenir une difficulté supplémentaire en cas de divorce? Imagine-t-on que notre situation familiale puisse devenir le jouet d'une institution? 
Alors que les élections européennes battent leur plein, est-il concevable que l'Union ne protège pas égalitairement les droits parentaux des citoyens divorcés? 
Voici trois bonnes raisons de regarder le documentaire "Déchirures de familles" de Françoise Schöller et Christophe Busché. 

1 - Compatir au chagrin des parents. 

C'est au travers des témoignages de Séverine, Christophe et Joseph que nous découvrons l'injustice de leurs situations. Leurs parcours, pourtant différents, suivent le même schéma: une rencontre amoureuse avec un ou une allemande, le désir d'enfant, la vie commune et la rupture. Avec pudeur et discrétion, nous pénétrons dans l'intimité de chacun, pour découvrir le vide laissé par l'absence de leur enfant.
Joseph n'a pas le courage de retirer la petite maison qu'il a construit pour sa fille. / © France Télévisions / 2 Caps production
Joseph n'a pas le courage de retirer la petite maison qu'il a construit pour sa fille. / © France Télévisions / 2 Caps production
Ainsi Joseph a calfeutré la chambre de sa fille. Il a tout laissé en l'état, rien n'a bougé depuis la dernière fois où elle s'y trouvait. La jolie cabane qu'il a confectionnée de se mains ne voit plus passer son unique habitante.  

Ça fait sept mois que je n'ai pas vu ma fille. J'espère qu'elle va revenir de temps en temps chez Papa. Je reste son papa
- Joseph, de Hilsprich en Moselle

Ce qu'ils ont en commun ces trois parents, c'est leur force et leur courage. Leur capacité à mettre leurs propres vies entre parenthèses pour faire valoir leur droit fondamental à voir et à vivre avec leurs enfants. Car c'est un combat de tous les jours qu'ils mènent contre les institutions allemandes, dans l'indifférence générale. 

J'ai l'impression d'avoir perdu ma vie depuis huit ans.
- Christophe, de Forbach en Moselle

2 - Tenter de comprendre un système qui nous dépasse.

Séverine et ses parents sont encore sous le choc que leur a fait subir la justice allemande. 

C'est inimaginable que le premier pays européen agisse comme ça.
- Monique Breit, grand-mère de Raphaël, de Kerbach en Moselle

Leur histoire est révoltante. Raphaël est scolarisé dans l'école de leur village mosellan. La maman, française reçoit une convocation de la justice allemande. Elle doit se présenter avec son fils, le jour même de ses cinq ans. À l'issue d'une audience, qu'elle juge, pliée d'avance, on lui retire son fils "sur siège", c'est-à-dire immédiatement. L'enfant, arrivé au tribunal avec sa mère française, en repart avec son père allemand. La violence d'une telle situation reste un traumatisme pour l'ensemble de la famille française. 
Raphaël, arrivé de France avec sa maman et son petit sac à dos, a quitté le tribunal allemand avec son papa. / © France télévision / 2 Caps Production
Raphaël, arrivé de France avec sa maman et son petit sac à dos, a quitté le tribunal allemand avec son papa. / © France télévision / 2 Caps Production
Si elle veut conserver son droit de garde, la justice allemande oblige Séverine à résider en Allemagne. 
La justice allemande n'est pas à une contradiction près. Une juge aux affaires familiales explique: "Il faut bien réfléchir avant de changer le lieu de résidence d'un enfant.

Notre principe de base et celui de la continuité: si l'enfant a vécu longtemps en Allemagne, il est préférable qu'il y reste.
- Katrin Reck, juge aux affaires familiales au tribunal d'Offenburg en Allemagne

 Pourtant le petit Raphaël était bien scolarisé en France...

L'avocat Grégory Thuan dit Dieudonné évoque "des constantes dans ces affaires: une certaine mauvaise foi de la part des autorités allemandes dans la gestion des dossiers: par exemple les délais extrêmement courts, ou encore le manque de traduction des documents de justice", délais et traductions manquantes qui laissent les parents français démunis face à un système qui les dépasse.
Et le système judiciaire allemand se sent d'autant plus légitime dans ses choix, qu'elle est conseillée par une autre institution fédérale forte: le Jugendamt. L'administration en charge de la protection de l'enfance. Un journaliste allemand, qui a pu assister à des entretiens entre les agents du Jugendamt et des parents étrangers affirme que "leurs déroulements étaient à la limite de l'indigne: on maltraite les parents non allemands."
Une histoire de pot de terre contre le pot de fer.

3 - Reprendre confiance dans les institutions. 

L'avocat poursuit:

Ça remet en cause le principe de confiance mutuelle, fondamental dans la construction européenne.
- Grégory Thuan dit Dieudonné, avocat

Séverine a choisi de se battre, de témoigner devant une commission du Parlement Européen. À ses côtés, le député Edouard Martin réclame à l'Allemagne un état des lieux des cas de divorces binationaux afin d'évaluer "le nombre de parents non allemands qui ont obtenu gain de cause." En vain.
Pourtant, le 28 novembre 2018, la résolution sur le rôle des judendamt dans les litiges familiaux est votée.


Le parlement européen a dénoncé avec force les multiples dysfonctionnements (...), a rappelé à l'Allemagne ses obligations internationales, a rappelé le rôle d'assistance et de protection que les autorités consulaires peuvent jouer auprès des parents.
- Grégory Thuan dit Dieudonné, avocat

Joseph, lui, va se rendre à toutes les visites accordées, sous l'autorité du Jugendamt. Même si elles sont compliquées par la présence des psychologues. Quant à Christophe, il a été contraint d'accepter un traitement médical pour son fils et n'a qu'une hâte: que celui-ci soit majeur et qu'enfin, il soit libre de venir le retrouver. 
Christophe : "on se dit que le cauchemar va s'arrêter un jour". / © France Télévisions / 2 Caps Production
Christophe : "on se dit que le cauchemar va s'arrêter un jour". / © France Télévisions / 2 Caps Production

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