Hayange : Liberty Steel pressé de revendre l’usine à rails

Depuis la faillite de son banquier anglais en mars dernier, le groupe sidérurgique n’a plus la trésorerie nécessaire pour poursuivre l’activité de ses sites de production d’acier et d’aluminium. Hayange, qui lamine notamment les rails du TGV, est officiellement en vente.

L'usine à rails d'Hayange est passée sous pavillon Liberty Steel en juillet 2021.
L'usine à rails d'Hayange est passée sous pavillon Liberty Steel en juillet 2021. © Emmanuel Bouard/France 3 Lorraine

"On aurait dû laisser le panneau à vendre sur l’usine" grimace ce salarié à la sortie de son poste, "et on devrait même faire des portes ouvertes, on n’a jamais eu autant de visiteurs !".

De mémoire de syndicaliste, même constat. Mi amer, mi amusé. Car la chute annoncée du groupe Liberty Steel, propriété du magnat anglo-indien Sanjeev Gupta, a précipité les visites des installations sidérurgiques de Liberty Rail. Les repreneurs sont nombreux, à commencer… par ceux qui avaient été éconduits l’été dernier, quand l’Etat français avait privilégié Liberty : "on sait qu’ArcelorMittal est toujours très intéressé, tout comme Saarstahl" confirme Djamal Hamdani, membre CFDT du conseil d’administration de l’usine mosellane.

Liberty Steel emploie 450 salariés à Hayange (Moselle) pour laminer des rails.
Liberty Steel emploie 450 salariés à Hayange (Moselle) pour laminer des rails. © Emmanuel Bouard/France 3 Lorraine

Les visites de l’usine se sont multipliées ces dernières semaines. "Huit repreneurs sont sur la short-list, maintenant on attend les offres" explique un bon connaisseur du dossier, car "le gouvernement français veut aller vite, il veut plier la vente de gré à gré en juillet".

D'après nos informations, six groupes sidérurgiques et deux groupes financiers seraient sur les rangs. Du côté des industriels, en plus d'ArcelorMittal et de Saarstahl, deux groupes sidérurgiques italiens auraient déposé une offre, dont Beltrame. L'espagnol Sidenor aurait fait de même. La direction française confirme la réception "d'une douzaine d'offres, dont huit significatives".

Les organisations syndicales, la CFDT en tête, insistent pour être informées des futures négociations. "Bercy doit faire le point avec nous la semaine prochaine, on va demander à voir les projets industriels" précise le syndicat.

La chute

Liberty Steel a officiellement mandaté la Banque Rothschild pour mettre en vente ses sites français, selon le Financial Times. Sa maison-mère, GFG Alliance, est dans le viseur des autorités britanniques pour fraude. Selon nos confrères du quotidien Le Monde, le groupe de Sanjeev Gupta est également soupçonné d’avoir siphonné 18 millions d’euros d’un prêt garanti par l’Etat, via Greensill, son banquier anglais en faillite. L’argent, destiné à soutenir la trésorerie des Fonderies du Poitou, propriété du magnat depuis avril 2019, aurait disparu des comptes de l’entreprise en 48 heures.

Des soupçons de détournement d'un prêt garanti par l'Etat aux fonderies du Poitou pèsent sur Liberty Steel.
Des soupçons de détournement d'un prêt garanti par l'Etat aux fonderies du Poitou pèsent sur Liberty Steel. © France Télévisions

Les caisses d’Hayange suscitent les mêmes inquiétudes : "la direction nous a dit que notre trésorerie était fragile depuis un mois" explique un représentant du personnel. Au Luxembourg voisin, où Sanjeev Gupta a racheté les laminoirs de Dudelange, l’activité est au ralenti. Le groupe n’aurait plus les moyens de s’approvisionner en matières premières.

Vente à la découpe ?

Quel périmètre aura la vente des actifs de Liberty Steel en France ? Le sort d’Hayange est lié à celui de l’aciérie d’Ascoval dans le Nord, rachetée elle aussi par Liberty, afin d’approvisionner le site lorrain en blooms, ces demi-produits qui sont ensuite laminés en rails, pour la SNCF notamment. Ce mariage avait été initié par Bruno Le Maire, qui voulait coûte que coûte sauver le site de Saint-Saulve.

Si ce dernier s’est redressé en fournissant Hayange, il est encore très loin d’avoir assuré sa survie industrielle, car le laminoir mosellan est de loin son principal client. "Plusieurs offres sont sur la table, avec et sans Ascoval" précise Djamal Hamdani. Qui va sortir du chapeau ? En vingt ans, l’usine de la vallée de la Fensch a déjà connu cinq propriétaires différents.

 

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