Coronavirus : "une catastrophe" pour les vendeurs de vélos indépendants

A Metz, les magasins de cycles indépendants subissent de plein fouet les effets du confinement. Le paradoxe c'est qu'ils font partie de la liste des enseignes qui peuvent rester ouvertes depuis le début, par exemple pour effectuer des réparations.
Julien a beaucoup de vélos en stock et aucun client depuis des semaines
Julien a beaucoup de vélos en stock et aucun client depuis des semaines © Julien Gavillon
Où en est la vente des vélos en ce début mai 2020, alors même que de nombreuse villes envisagent, pour la sortie du confinement, d'étendre les possibilités d'utiliser les pistes cyclables? Malheureusement, les perspectives ne sont pas très réjouissantes. A celà plusieurs explication. Exemple à Metz, chez les vendeurs de cycles.

Paradoxe et frustration

Le grand paradoxe des magasins de cycles en cette période de confinement, c'est que bien que faisant partie des commerces autorisés à rester ouverts depuis le 16 mars,  peu voire aucun client ne s'y est manifesté.
Les balades et sorties en vélo au-delà du km étant interdites, et donc verbalisables, tout le monde a zappé le vélo, alors que les magasins étaient toujours en activité et bien achalandés. Un défaut d'information sans doute... Et surtout, selon les professionnels, un manque de clarté et de cohérence de la part des pouvoirs publics.
A cela s'ajoute le fait que la période que nous vivons n'est pas propice pour l'ensemble des clients potentiels, à l'achat d'une nouvelle machine. C'est d'autant plus frustrant que "nous venons de vivre un épisode météo exceptionnel qui aurait, en d'autres temps fait exploser les ventes", déplore Julien Gavillon, patron de son magasin de cycle. De fait, même les clients, qui avaient réalisé chez lui des pré-commandes avant le confinement, ont renoncé depuis. Le coeur n'y est plus semble-t-il.

Ce constat est partagé par de nombreux vendeurs de cycles à Metz. Par exemple chez Loisibike, le spécialiste du vélo électrique qui enregistre d'une année sur l'autre des progressions de vente à deux chiffres. La réalité aujourd'hui? Julien Gavillon le créateur du concept Loisibike et patron du magasin dresse un constat peu engageant:
Des vélos en pagaille et pas de client pour l'instant
Des vélos en pagaille et pas de client pour l'instant © Julien Gavillon
"Nos vélos sont commandés auprès des fournisseurs depuis l'été dernier", explique le patron de Loisibike, "soit près d'un an à l'avance, pour être vendus au printemps. C'est à dire en mars, avril, mai, juin."

Nous nous retrouvons avec des stocks de vélos modèles 2020 invendus, alors même que  les vélos gamme 2021 devraient arriver sur le marché. C'est très compliqué.
- Julien Gavillon, patron de Loisibike

De quoi s'arracher les cheveux pour les professionnels qui ne savent pas prédire l'avenir. Qui peut dire en effet si les clients sont prêts à revenir dans les magasins et acheter des vélos demain? Il semble pourtant qu'il y ait un semblant de début de frémissement: le téléphone sonne à nouveau et certains magasins ont commencé à augmenter leurs plages horaires, réduites jusque-là à la portion congrue.

Quelle reprise demain?

Les responsables de boutiques font état de beaucoup d'incertitudes quant à la ''reprise". Parce que de nombreuses questions restent pour l'heure en suspens:

Personne n'a encore les réponses à toutes ces questions, même si les semaines qui viennent pourraient en apporter un début.

ChezYoda bike, le patron Henri Decker dit ''Riton'' déplore lui aussi le manque d'information au début du confinement concernant  les magasins de cycles. Patron d'une plus petite structure il a '' limité la casse'' avec son atelier. Et l'activité de réparation et d'entretien a continué, ainsi que, dans de faibles proportions, la vente et la livraison des vélos. 

Pendant le confinement l'atelier d'entretien a permis de maintenir une activité
Pendant le confinement l'atelier d'entretien a permis de maintenir une activité © Henri Decker

Henri a fait le choix de communiquer un maximum sur les réseaux sociaux, pour expliquer et rassurer ses clients sur les mesures barrières et sur le fait que son magasin s'est adapté aux nouvelles conditions liées au Coronavirus.

D'autre part son mode de fonctionnement et son modèle économique font qu'il n'a pas de stock important qui lui reste sur les bras. Le créateur du célèbre Trophée des crapauds -course de VTT printanière mythique annulée cette année pour des raisons évidentes- veut rester optimiste sur la reprise de la demande. "Avec le Mont Saint-Quentin à Metz, les vététistes lorrains ont un terrain de jeu exceptionnel tout près de chez eux", explique Henri Decker.

Les gens ne peuvent pas partir cet été, les amateurs de vélos feront peut-être le choix d'investir dans une nouvelle machine.
- Henri Decker,  gérant associé chez Yodabikes

Prix en chute libre? 

Une dernière question est posée: les actuels stocks de vélos vont-ils s'écouler dans un déstockage massif ?
Il est prématuré de l'affirmer et les professionnels se veulent prudents car un déstockage trop important et trop tôt dans la saison serait dangereux pour leurs entreprises. Rien ne semble les orienter vers des ''prix cassés'' hormis pour un besoin ponctuel et urgent de trésorerie. Une politique de prix qui se veut d'autant plus attentiste qu'en ce qui concerne les nouveautés, les nouvelles gammes de vélos 2021 (qui pourraient pousser vers la sortie ceux qui sont dans les stocks) les grandes marques (privées de salons professionnels mais aussi de production dans de nombreuses usines en Asie) ne sont pas décidées à présenter de nouvelle gamme afin de pouvoir vendre les stocks 2020.
Dans ce domaine, éminemment stratégique commercialement parlant, et d'après nos informations, chacun observe les concurrents pour l'instant. Pendant combien de temps? Là encore les vendeurs locaux n'en savent rien.

Autant d'inconnues qui ne permettent pas de parier sur une chute des prix des vélos dans les semaines à venir, ni même pour la fin de la saison... A suivre donc. 
 

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