Les communes françaises frontalières espèrent être financées en partie par le Luxembourg

Urbanisme, transport, santé, l’écart financier entre les communes des deux côtés de la frontière franco-luxembourgeoise n’a jamais été aussi important. C'est ce que dénonce Olivier Jacquin, sénateur de Meurthe-et-Moselle, ce lundi 6 mai 2024. Ce dernier souhaite une participation plus importante du Grand-Duché et la création d’un fonds de coopération.

Coté luxembourgeois, des communes de plus en plus riches, côté français, des villes de plus en plus pauvres. Une situation qui déplaît aux élus du nord lorrain qui crient au secours pour pouvoir couvrir les frais de résidence des travailleurs frontaliers. Ce lundi 6 mai, le sénateur Olivier Jacquin et l'ancien maire de Metz Dominique Gros espèrent obtenir l’aide de l’État sur la table des négociations avec notre voisin le Luxembourg.

Un nombre de frontaliers qui ne cesse d'augmenter

Les charges liées à la résidence des frontaliers pèsent sur les localités françaises. La situation actuelle est préoccupante selon Olivier Jacquin, sénateur PS de Meurthe-et-Moselle.

"La France ne dit rien, elle ne réclame rien ! J’ai pu discuter avec le maire de Thionville, de Longwy ou d'Audun-le-Tiche. Le constat est partagé. Ils sont tous en difficulté pour financer des infrastructures comme la création de parking pour les résidents", explique le sénateur.

Ce 6 mai 2024, une table ronde était organisée à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) avec 60 participants, habitants, députés ou élus locaux, pour discuter et trouver des solutions. Dominique Gros, ancien maire de Metz et président de l'association Au-delà des frontières est également inquiet.

"Le Luxembourg augmente constamment sa population active et les communes françaises sont obligées d’investir davantage. Un travailleur frontalier cotise au Luxembourg. Mais tous les frais de résidence sont à la charge des communes françaises, les écoles, les crèches, les équipements sportifs, les routes. Avant, on considérait qu'un frontalier, c'était un chômeur en moins mais aujourd’hui la situation a changé", ajoute l'ancien élu.

Ce sont environ 120 000 Français frontaliers, soit 55 % des travailleurs étrangers qui se rendent au Luxembourg tous les jours pour leur travail.

"Nous, on forme les gens et ils partent de l’autre côté de la frontière. Après le personnel médical, maintenant, on se dispute les chauffeurs de bus. Le contraste autour de la frontière n’a jamais été aussi important", continue Dominique Gros.

Quelles sont les solutions ?

Une Commission intergouvernementale franco-luxembourgeoise doit se réunir en juin 2024. C’est à ce moment-là que l'avenir des communes françaises pourrait changer, avec l'espoir d'un accord pour financer les localités frontalières. Pour Dominique Gros, une rétrocession fiscale doit être mise en place.

"Chaque travailleur paye des impôts au Luxembourg, on aimerait récupérer une partie de ses impôts pour financer les frais de résidence des frontaliers. Cela existe entre Le Luxembourg et la Belgique. Le Luxembourg verse 48 millions d'euros par an pour financer les communes frontalières belges. Cet accord n'existe pas pour la France", précise le président de l'association Au-delà des frontières.

Cette dynamique est également approuvée par Olivier Jacquin. Le sénateur souhaite la création d’un fonds de coopération, financé par le Luxembourg à 80 %, pour pallier les difficultés que les collectivités rencontrent.

"Dès la semaine prochaine, je déposerai une proposition de loi pour cette coopération entre la France et le Luxembourg. Il ne s’agit pas de braquer le Luxembourg mais de chercher à rééquilibrer les choses. Aujourd’hui, le Luxembourg a tous les bénéfices et nous, nous avons toutes les charges", conclut le sénateur socialiste de Meurthe-et-Moselle.

Selon Olivier Jacquin, coté luxembourgeois, certains députés socialistes ne seraient pas fermés aux discussions. Il faudra convaincre le gouvernement français de demander cette aide au Luxembourg et convaincre le Grand-Duché d'accepter.