Metz : le commerce à genoux à cause du second confinement

L’incompréhension a laissé place à l’angoisse et la colère chez les commerçants messins. Ils voient la fermeture imposée de leurs boutiques comme une injustice et une mise à mort. Vendredi 20 novembre, ils manifesteront à Metz pour se faire entendre.
 

Nicolas Marsicano dans son concept-store fermé et rempli par un stock en attente de réouverture
Nicolas Marsicano dans son concept-store fermé et rempli par un stock en attente de réouverture © Yves Kreidl / France Télévisions
A Metz comme partout en France, les commerces jugés non essentiels sont interdits d’activité depuis le 30 octobre 2020, date du deuxième confinement. S’il n’est pas dans l’ADN des commerçants de se plaindre, aujourd’hui ils prennent la parole pour exprimer leur souffrance.

"On nous envoie la police"

Nicolas Marsicano range encore et encore son stock, 50.000 euros de vêtements et accessoires commandés pour la fin d’année. D’ordinaire son concept store au centre-ville de Metz engrange 30% de son chiffre d’affaire entre octobre et décembre : "J’ai zéro revenu et ce n’est pas le clic and collect qui va arranger les choses. C’est un moyen pour garder le contact avec les clients mais c’est une source de revenu marginale", explique Nicolas Marsicano.
Et puis la colère monte : "Je voudrais interpeller le préfet de la Moselle, Laurent Touvet, la police vient nous contrôler et pendant ce temps les mosellans vont faire leurs courses à Luxembourg ville, est-ce que c’est normal ?"

La police vient nous contrôler et pendant ce temps les mosellans vont faire leurs courses à Luxembourg ville.

Nicolas Marsicano, gérant de concept-store

L’attestation de circulation délivrée en France permet aux frontaliers mosellans de se rendre au Luxembourg pour y faire leurs courses, de l’autre côté de la frontière pas de confinement mais un couvre-feu entre 23h00 et 6h00.

"On demande une prise de conscience des clients frontaliers et français, qu’ils attendent la réouverture pour consommer, qu’ils se disent on va faire profiter ce qui vont peut-être mourir demain et qui représentent la vie d’une ville. Parce qu'une ville sans commerçants c’est une ville morte", ajoute Nicolas Marsicano dans cette vidéo tournée lundi 16 novembre 2020 : 

C’est totalement incohérent

Nathalie Casciola est agent immobilier à Marly dans la banlieue de Metz. En temps normal, elle a cinq collaborateurs dont trois commerciaux aujourd’hui sans activité et sans revenu : "Mes commerciaux travaillent à la commission, sans transaction ils ne gagnent rien. Actuellement je les aide avec le bas de laine de l’agence", précise Nathalie Casciola.

C’est totalement incohérent, mes enfants vont à l’école et sont trente par classe mais moi je ne peux pas faire de visite avec deux clients.

Nathalie Casciola, agent immobilier

Seules les visites virtuelles sont actuellement possibles, une alternative que la directrice refuse car elle ne comprend pas pourquoi elle ne peut plus travailler en respectant les gestes barrières : "C’est totalement incohérent, mes enfants vont à l’école et sont trente par classe mais moi je ne peux pas faire de visite avec deux clients"

Nathalie Casciola et l’une de ses commerciales assurent une permanence quotidienne malgré l’arrêt des transactions
Nathalie Casciola et l’une de ses commerciales assurent une permanence quotidienne malgré l’arrêt des transactions © Emmanuel André / France Télévisions

Risque de passage à l’acte

Jean Poulallion est président de l’Union des entreprises de Moselle et représente 3.000 adhérents. Tous les jours, il reçoit des appels de commerçants au bord de la rupture : "Beaucoup de commerçants nous manifestent leur désespoir, leur inquiétude, leur colère parfois. Une colère tournée contre eux-mêmes avec un risque de passage à l’acte fatal"

On demande aux maires d’être avec nous et de signer des arrêtés pour autoriser les commerces à ouvrir au plus vite.

Jean Poulallion, président de l'Union des Entreprises de Moselle

Jean Poulallion, président de l’Union des Entreprises 57
Jean Poulallion, président de l’Union des Entreprises 57 © Yves Kreidl / France Télévisions
Pour tenter d’endiguer la vague de détresse qui monte, Jean Poulallion en appel aux 700 maires des communes de Moselle : "Le gouvernement n’a pas senti à quel point il y a aujourd’hui une douleur et un drame qui est en train de se jouer dans les territoires. On demande aux maires d’être avec nous et de signer des arrêtés pour autoriser les commerces à ouvrir au plus vite”.

Réouverture le 27 novembre

L’Assemblée Générale de la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Grand Est, réunie le 16 novembre 2020, a adopté à l’unanimité une motion adressée à Emmanuel Macron et plusieurs de ses ministres.
Les élus y demandent notamment la réouverture des commerces le 27 novembre : "Cette date symbolique, un mois avant Noël, doit permettre aux commerçants, de bénéficier d'un week-end décisif pour la préparation des fêtes et d'accueillir leurs clients, alors que les grandes plateformes de e-commerce lanceront leur Black Friday. C'est une mesure d'équité, de justice et de sauvegarde qui est attendue par le monde du commerce".

Fabrice Genter, président de la CCI 57, relaie sur son compte Twitter la motion adressée à Emmanuel Macron : L’Union des Entreprises de Moselle organise une manifestation vendredi 20 novembre à Metz de 10h00 à 12h00 devant la Préfecture de Moselle. Elle invite ses adhérents mais aussi les commerçants à s’y rendre pour alerter le Gouvernement. 

 
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