Metz: réactions unanimes pour condamner les propos de Philippe De Villiers sur Robert Schuman

Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Europe était né allemand, au Luxembourg alors annexé. Le 12 mai 1959 à Londres où il intervient comme président du mouvement Européen, lors de la première session de la Conférence industrielle européenne à Church House. / © MaxPPP. KEYSTONE Pictures USA/ZUMAPRESS
Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Europe était né allemand, au Luxembourg alors annexé. Le 12 mai 1959 à Londres où il intervient comme président du mouvement Européen, lors de la première session de la Conférence industrielle européenne à Church House. / © MaxPPP. KEYSTONE Pictures USA/ZUMAPRESS

Inqualifiable ! Complotiste ! Les réactions se multiplient en Moselle mercredi 13 mars pour condamner le dernier ouvrage de Philippe de Villiers. Il y assasine l'image des pères de l'Europe. Le mosellan Robert Schuman y est décrit comme lâche, pétainiste et corrompu par les Etats-Unis. 

 

Par Arnauld Salvini

Il doit se retourner dans sa tombe! Le mosellan Robert Schuman, l’un des pères de l’Europe, aurait été pétainiste puis agent des Etats-Unis à la solde par l’Oncle Sam. Une thèse défendue par Philippe de Villers dans son dernier ouvrage consacré à l’Europe.

"Inqualifiable" pour Patrick Weiten le président du conseil départemental de la Moselle, dans un communiqué ce mercredi 13 mars 2019. "Consternant!","délirant!", ou "complotiste!", les réactions des historiens spécialistes sont également unanimes.

La thèse est pour le moins iconoclaste. Robert Schuman aurait donc été ministre de Pétain avant de se muer après-guerre en agent américain grassement rétribué par l’Oncle Sam.
C’est une litote de dire que le dernier ouvrage de Philippe de Villers rompt avec l’histoire communément admise.

"J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu "

« J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » est sorti le 6 mars dernier. 400 pages dont plus d’une centaine de fac-similés où le Président du Mouvement pour la France déroule comment les USA, avec les nazis (sic) ont créé l’Europe pro-américaine qu’ils désiraient voir éclore.
Dans le développement de sa théorie, il assassine au passage l’image de quelques pères fondateurs de l’Europe, Jean Monnet, Walter Hallstein, et donc Robert Schuman.

Et les attaques sont sans nuances. Le Mosellan y est d’abord accusé d’avoir porté l’uniforme allemand, puis d’avoir été ministre de Pétain et d’avoir été corrompu par les américains.  

Schuman, un soldat allemand, pétainiste, corrompu par les américains…

"En fait, sa narration instrumentalise un certain nombre d’archives officielles en faisant croire que ce sont de nouvelles découvertes que lui-même aurait faites alors que toutes ces informations sont connues depuis très longtemps", explique Richard Stock, le directeur général du Centre européen Robert Schuman de Scy-Chazelles (57). "Simplement, il réinterprète ces archives à sa façon. Et c’est une façon complotiste…"

Il y a dans ce livre des calomnies et des contre-vérités. 
- Richard Stock, Centre européen Robert Schuman de Scy-Chazelles (57) -

Schuman, le soldat allemand

Pour Richard Stock, cette lecture de l’histoire "est une insulte faite aux alsaciens et aux mosellans!".
Car né en 1886 de père mosellan, Robert Schuman est alors un sujet du Kaiser. Et bien que réformé en 1908 pour raisons médicales, comme tout alsacien et tout mosellan, il est incorporé comme simple soldat en 1914 et affecté en 1915 à l'administration du territoire de Bochen [Aujourd’hui Boulay (57)].
De gauche à droite, Dean Acheson, le secrétaire d'Etat américain (ministre des Affaires étrangères) et ses homologues : l'allemand Konrad Adenauer, le français Robert Schuman et l'anglais Anthony Eden à Bonn (Allemagne), le 22 novembre 1951. / © MaxPPP. KEYSTONE Pictures USA/ZUMAPRESS
De gauche à droite, Dean Acheson, le secrétaire d'Etat américain (ministre des Affaires étrangères) et ses homologues : l'allemand Konrad Adenauer, le français Robert Schuman et l'anglais Anthony Eden à Bonn (Allemagne), le 22 novembre 1951. / © MaxPPP. KEYSTONE Pictures USA/ZUMAPRESS

Schuman, le "pétainiste"

Député de la Moselle depuis 1919, Robert Schuman est nommé sous-secrétaire d'État pour les Réfugiés dans le gouvernement Reynaud en mars 1940. Il entre dans ce gouvernement en même temps que Charles de Gaulle, après l'offensive allemande du 10 mai 1940.
En juin, alors que la France est en pleine débâcle, il est confirmé à son poste sans le savoir, faisant ainsi partie du premier gouvernement Pétain mais il démissionne aussitôt sans siéger.
Le 10 juillet 1940, il vote effectivement les pleins pouvoirs au Maréchal sous la pression de Laval qui, sinon, menace d’abandonner aux nazis l’Alsace et la Moselle.

Arrêté par la Gestapo en 40

Il se réfugie ensuite en Moselle avant d’être arrêté par la gestapo en septembre 40. Il est ensuite placé en résidence surveillée en Allemagne avant de s’évader août 42. Sa tête est mise à prix pour 150 000 reichsmarks. Il entre alors en clandestinité.
Frappé d’indignité nationale pour avoir voté les pleins pouvoirs à Pétain, l’injuste sanction est abrogée par De Gaulle.

"Pantin des Etats-Unis"

Robert Schuman restera l’un des grands artisans de la construction européenne. Après-guerre, il est membre à de multiples reprises des gouvernements de la IVe République.
C’est dans le cadre de ses fonctions qu’il traite avec les américains, d’abord sur la mise en œuvre du plan Marshall en tant que ministre des finances, puis dans le cadre diplomatique en tant que ministre des affaires étrangères.

A une époque où les Etats-Unis redoutent l’expansion soviétique, Washington prête l’équivalent de 173 milliards de dollars pour son programme dit de « rétablissement européen » (Le nom officiel du plan Marshall).
"Il a reçu, pas personnellement mais officiellement, les fonds américains pour reconstruire l’Europe. C’est un fait établi, connu. Tout le reste, c’est de l’invention ou de la déformation des informations de Mr de Villiers" rétorque Richard Stock.

S’il n’est plus élu aujourd’hui, Philippe de Villiers, traditionnel pourfendeur des technocrates de Bruxelles, reste néanmoins président du Mouvement pour la France, le parti qu’il a créé en 1994.
On imagine aisément que son nouveau brûlot n’a qu’une ambition : continuer à exister sur la scène politique et peser de tout son poids sur l’élection européenne de Mai prochain.
 

Sur le même sujet

Quentin Bigot

Les + Lus