Second tour des municipales à Thionville : un fauteuil pour trois

Ce n'est pas la mairie la plus scrutée en Lorraine. Pourtant, diriger Thionville, c'est devenir un des patrons du nord-mosellan. Un territoire riche et dynamique grâce au Luxembourg voisin. Trois candidats peuvent l'emporter : Pierre Cuny (DVC), Bertrand Mertz (DVG) et Patrick Luxembourger (DVD).

 

Pour Patrick Luxembourger, une certitude : ce second tour remet les compteurs à zéro. “La réalité, c'est qu'on est aujourd'hui dans un scrutin majoritaire à un tour” insiste le candidat DVD, “le premier tour, c'était il y a trois mois ! La crise du Covid est passée par là... Aujourd'hui, c'est une toute autre élection.

 

Patrick Luxembourger le sait bien, il ne peut pas gagner. C’est moi ou Mertz
- Pierre Cuny, candidat DVD

 

Voter Luxembourger, c’est voter Mertz” répète de son côté Pierre Cuny (DVC). Arrivé en tête au premier tour avec 32,39%, le maire sortant n'a pas reçu le plébiscite espéré. Soutenu par La République en marche et les Républicains, sa réélection aurait dû être une formalité. L'ancien premier adjoint d'Anne Grommerch se console comme il peut pour sa première comme tête de liste : il assure l'essentiel en virant en tête. Car l'arrivée inopinée de Patrick Luxembourger dans cette campagne a complètement brouillé les cartes. Son score et son maintien au second tour ont jeté encore davantage le trouble quant à l'issue du scrutin. “Patrick Luxembourger a menti six fois en trois mois. La question que je me pose est : pour qui roule-t-il ?” martèle Pierre Cuny “Patrick Luxembourger le sait bien, il ne peut pas gagner. C’est moi ou Mertz.


Comme pour se rassurer, Pierre Cuny répète que son seul adversaire reste le candidat de gauche Bertrand Mertz. “La gauche unie, c'est une union de façade. Je rappelle que pendant huit mois, Bertrand Mertz et Guy Harau (EELV) se sont regardés en chien de faïence. Ils donnent aujourd'hui l'impression d'être forts sur le plan arithmétique mais leur alliance est contre nature. Notre bilan est bon et notre projet est chiffré et validé dans le temps. Qui peut en dire autant ?

Je suis le seul à avoir engager une dynamique de rassemblement” rétorque Bertrand Mertz qui a réussi à composer non seulement avec les Verts mais aussi avec les forces de gauche locale. L’infirmière Nadya Dengel, qui avait conduit une liste citoyenne, C’votre Thionville, et qui avait obtenu 3,49% des suffrages, a également choisi de soutenir cette union. “Du coup, je sens une forte pression et une très forte agressivité à mon encontre” analyse Bertrand Mertz. “Moi, je fais une campagne de propositions et je vois bien que Pierre Cuny et Patrick Luxembourger tentent de m'entraîner dans leurs querelles politico-immobilières. J'essaye de me tenir à l'écart même si c'est parfois difficile. Lorsqu'on m'accuse d'avoir endetté la ville lorsque j'étais maire, je réponds de manière argumentée et technique. Pas de surenchère ce qui ne m'empêche pas de rester vigilant. Je vais par exemple appeler le commissaire de police de Thionville pour qu'il soit très attentif aux procurations.

 

J'ai bien l'intention de gagner... Je rappelle que je n'ai que 800 voix de retard sur Pierre Cuny qui fait campagne depuis six mois

- Patrick Luxembourger, candidat DVD

 

Si 5% des écolos reportent leurs voix sur Bertrand Mertz, c'est miraculeux” ironise Patrick Luxembourger. “L'union à gauche, c'est un concept qui a vécu. Je ne crois pas à la politique du siècle dernier. Celle de la mamaille politique et du transfert de voix” poursuit-il, “J'ai bien l'intention de gagner. Je suis rentré dans cette campagne dans des conditions particulières. Au premier tour, on a fait dix jours de campagne et j'ai fait un très bon score. C'est ma première victoire car les gens se disent que c'est possible. C'est pour cette raison que mes adversaires ont peur aujourd'hui. Je rappelle que je n'ai que 800 voix de retard sur Pierre Cuny qui fait campagne depuis six mois. Je rappelle également qu'il y a 22.000 électeurs à Thionville et que 65% d'entre eux ne se sont pas déplacés au premier tour. Ce prétendu retard, ce n'est rien et c'est pour ça qu'il y a autant de nervosité et d'agressivité. Je n'ai pas peur du jugement des électeurs. Quelque soit l'issue du scrutin, je m'inscrirai dans la durée à Thionville.

 

Un maintien qui a le don d'agacer Pierre Cuny : “Patrick Luxembourger s'était engagé à se retirer à mon profit s’il arrivait derrière moi à l’issue du premier tour. Dans les faits, c'est bien ce qui s'est passé. Mais il est toujours là ! Comment peut-on faire confiance à quelqu'un qui ne cesse de mentir ? Il n'avait pas également dit qu'il arrêtait la politique ? Qu'il se présentait pour sauver la droite ? Il y a beaucoup d'incantation pour faire illusion. Où est l'affaire internationale qui devait sortir ? Faut m'expliquer ! Si c'est ça la cohérence, je n'ai plus rien à faire en politique. Patrick Luxembourger ne peut apporter la sérénité nécessaire à une ville comme Thionville. Les gens veulent de la stabilité et être rassurés. Ils ne veulent pas d'affrontements politico-politiciens qui vont bloquer la dynamique de tout le nord Lorraine. Patrick Luxembourger, c'est le chaos. Je le répète : il peut me faire perdre mais il ne peut pas gagner.

 

Mais le score de Patrick Luxembourger (23,46% des suffrages exprimés) et une seconde place ont sans doute donné des ailes à l'ancien maire de Terville. “Beaucoup de gens nous disent qu'ils ont aujourd'hui un vrai choix” explique t-il, “aujourd'hui, vous avez deux maires que les électeurs ont déjà essayés et un autre qui a fait ses preuves pendant vingt ans dans une ville voisine... Voilà, c'est simple ! Je suis le seul candidat crédible et c'est pour cette raison que Pierre Cuny et Bertrand Mertz veulent rester entre eux.

 

Ici, à Thionville, une petite bourgeoisie locale estime que la ville lui appartient

- Bertrand Mertz, candidat DVG


De son côté, Bertrand Mertz, l'ancien maire PS de Thionville (2008-2014) compte les points. “Je reste confiant même si je sais que ça peut être très serré” admet-il. “Si en 2014, j'avais perdu à la loyale, j'aurais peut-être arrêté. Mais j'ai perdu face à des gens qui ne reculaient devant rien même les méthodes les plus infâmes. J'ai donc considéré que c'était mon devoir d'homme de montrer que je ne me laissais pas abattre. Il n'y a pas de revanche... c'est un devoir. Ici, à Thionville, une petite bourgeoisie locale estime que la ville lui appartient. Quiconque veut leur retirer ce qui est leur petite propriété doit être abattu. C'est une conception anti-démocratique et anti-républicaine que je ne partage pas.

 

Moi, je ne salis personne, je ne balance pas de rumeurs” explique Patrick Luxembourger, “j'ai l'habitude des campagnes de terrain et ce qui est apparu, c'est que nous offrions un troisième choix : tous ceux qui ont envie d'autre chose reconnaissent ma compétence et ma constance.” “Je respecte l'électorat de Patrick Luxembourger mais il a été trompé” martèle Pierre Cuny avant d'ajouter : “Si je perds, j'arrête la politique mais cette défaite, je n'y crois pas une seule minute.

La crise sanitaire est encore très présente dans les esprits. Nos concitoyens n'ont pas trop la tête à cette élection” admet Bertrand Mertz qui s'attend à un scrutin très ouvert. “Nos concitoyens cherchent des repaires et tant qu'ils ne les auront pas trouvés, les votes peuvent partir dans tous les sens. Je m'emploie tous les jours à convaincre.” Le travail ne manque pas : le taux d’abstention a atteint à Thionville le pourcentage record de 65% contre un peu plus de 40 % en 2014.

Les débats du second tour des municipales sur France 3 Lorraine
Pour suivre le débat consacré à Thionville en présence des candidats, rendez-vous jeudi 18 juin 2020 sur France 3 Lorraine de 18h à 18h40.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
élections municipales 2020 politique élections