Un cancer du sein reconnu comme maladie professionnelle, "dans son cas le travail de nuit constitue le principal facteur de risque"

Une ancienne infirmière de l'hôpital de Sarreguemines (Moselle) vient d’obtenir la reconnaissance de son cancer du sein en maladie professionnelle. Une décision qui pourrait faire jurisprudence car c'est une première en France.

C'est au terme d’une procédure de deux ans que le cancer du sein de Martine, 61 ans, une ancienne infirmière de l'hôpital de Sarreguemines en Moselle, a été reconnu comme une maladie professionnelle. "Le lien entre le cancer du sein et le changement de rythme au travail est enfin reconnu", explique Brigitte Clément, secrétaire régionale de la CFDT mineurs. Le dossier administratif de Martine est déposé auprès de la direction de l'hôpital en 2021. Dans le même temps deux autres dossiers, de deux autres malades, ont été refusés par l'assurance maladie. 

Martine, aujourd’hui à la retraite, a été infirmière à l’hôpital de Sarreguemines. Elle a régulièrement travaillé en horaire de nuit, pendant 28 ans. "Ce qui fait que le médecin-expert spécialiste du cancer a reconnu sa maladie professionnelle et ensuite l'hôpital a confirmé cette décision", dit Brigitte Clément. France 3 Lorraine n'a pas eu accès au dossier, en raison du secret médical. De son côté Martine refuse de témoigner auprès des journalistes. 

Une décision rare

Au milieu des années 90, Josiane Clavelin est devenue sans le savoir une lanceuse d’alerte. Elle était aide-soignante à l'hôpital de Freyming- Merlebach (Moselle). "Je travaillais en pédiatrie, un service d'urgence, et régulièrement un manipulateur venait dans la chambre pour faire des radios. Avec les conséquences que cela peut avoir. A cette même période, j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup plus de cancer du sein chez le personnel soignant qui travaillait la nuit". C'est elle qui a soutenu le dossier juridique de Martine. 

Le médecin-expert spécialiste du cancer a reconnu sa maladie professionnelle et ensuite l'hôpital a confirmé cette décision

Brigitte Clément, secrétaire régionale de la CFDT mineurs

Accompagné de médecins nucléaires, épidémiologistes, médecins du travail, Josiane élabore un questionnaire de 124 questions distribués dans tous les hôpitaux de Moselle, c'est à dire 700 personnes, en écartant tous les gens qui avaient déjà un risque de développer un cancer en raison de leur mode de vie personnel. "Nous avons remarqué que médicalement le travail de nuit et l’inversion du rythme avaient des conséquences sur la santé. Et qu’il y avait une augmentation des cancers du sein". Ce que confirment plusieurs études scientifiques sur le sujet. Le centre international de recherche contre le cancer (Circ), un organisme de référence, précise que "l'exposition au travail posté est associée à une augmentation statiquement significative de cancer du sein".

Il faut faire attention à ne pas affoler toutes les femmes. Il y a d'autres facteurs prioritaires à prendre en compte : Sédentarité, surpoids, tabac, perturbateurs endocriniens

Docteur Anne Lesur, médecin onco-sénologue-gynécologue

Le docteur Anne Lesur est médecin spécialiste, onco-sénologue-gynécologue. Elle était responsable du parcours du sein à l'Institut de cancérologie de Lorraine entre 2013 et 2020. Par téléphone, lundi 27 mars 2023, elle insiste : "Il faut faire attention à ne pas affoler toutes les femmes qui travaillent la nuit", dit-elle. "Il y a d'autres facteurs prioritaires à prendre en compte. Sédentarité, surpoids, tabac, perturbateurs endocriniens restent les causes principales cause du cancer du sein. Il y a 60.000 nouveaux cas par an". Cependant une étude de l'Inserm montre que le nombre de cancers reconnus d’origine professionnelle a plus que triplé en vingt ans. Le docteur Anne Lesur précise :"Oui dans l'amiante le lien est associé de façon certaine".

En mars 2016, l'agence nationale de la sécurité sanitaire et de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l'ANSES, publie un rapport d'expertise collective : Evaluation des risques sanitaires liés au travail de nuit. Ainsi, on peut y lire page 124 : "Les travailleurs de nuit ont des conditions de travail nettement plus difficiles que les autres salariés. Les principales études ont montré l’existence d’associations statistiques, généralement faibles, entre le cancer du sein et le travail de nuit". 

Horaires atypiques

Désormais, Brigitte Clément réclame plus d'attention aux personnes qui travaillent la nuit. «Si ça peut servir à accélérer cette prise de conscience dans les entreprise pour éviter les mêmes situations, alors c’est bien. On doit désormais avoir un rôle de prévention".

Il y a en France 1.000 nouveaux cas de cancers par jour. Dans un rapport publié en 2019, l’Assurance maladie révèle que le nombre de cancers reconnus d’origine professionnelle a plus que triplé en vingt ans avec une moyenne annuelle de 1840 cas pour les cinq dernières années.

Plusieurs nouveaux dossiers, identiques à celui de Martine, sont actuellement à l'étude en France. A Marseille et en Moselle. 

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