Pentecôte : origine, “journée de solidarité” et veau, le vrai du faux

La Pentecôte constitue l’un des des onze jours fériés prévus par la loi. Cette fête chrétienne s’avère moins connue que Noël ou Pâques. Que signifie-t-elle ? En droit du travail, reste-t-elle un “jour de solidarité” ? Enfin : pourquoi y mange-t-on du veau ?

"La Pentecôte", par le peintre Jean Restout. Tableau conservé au musée du Louvre (aile Sully).
"La Pentecôte", par le peintre Jean Restout. Tableau conservé au musée du Louvre (aile Sully). © Musée du Louvre
Faites donc le test autour de vous : parmi les célébrations chrétiennes devenues jours fériés en France, la Pentecôte demeure une fête dont les origines s’avèrent plutôt méconnues du grand public, loin derrière Noël ou Pâques. Avec le temps, d’autres éléments ont même doublé cette méconnaissance d’une certaine confusion : une confusion juridique autour du caractère férié de la Pentecôte, en raison de l’instauration, en 2004, de la “journée de solidarité” ; et une confusion plus marketing, avec l’apparition récente d’une “fausse” tradition, celle du veau.


D’où provient la Pentecôte ?

Pour les chrétiens, la Pentecôte marque la fin du cycle de Pâques. Avant sa montée au ciel (l’Ascension), Jésus aurait promis à ses disciples qu’il réapparaîtrait sous la forme d’un esprit. Selon les Evangiles, cette promesse se serait réalisée cinquante jours après Pâques, le mot “Pentecôte” provenant lui-même du grec ancien pentêkostê, qui signifie “le cinquantième jour”. L’Esprit saint serait apparu à Marie et aux apôtres, alors réunis dans un lieu clos. Un bruit semblable à “un vent impétueux” aurait empli la maison, et des “langues de feu” auraient surgi au-dessus de chacun d’eux. A leur sortie, tous se seraient mis à parler des langues différentes, dans le but de diffuser et enseigner la parole du Christ “jusqu’aux extrémités de la terre”. Traditionnellement, la Pentecôte marque ainsi la naissance de l’Eglise, dans sa mission évangélisatrice.
 
"La descente du Saint-Esprit sur les apôtres", par le peintre Jean Jouvenet. Tableau conservé au château de Versailles.
"La descente du Saint-Esprit sur les apôtres", par le peintre Jean Jouvenet. Tableau conservé au château de Versailles. © Château de Versailles

La célébration de cet événement est attestée dès le IIe siècle dans certaines communautés chrétiennes de la Rome antique. L’Eglise ne l’institue comme fête officielle qu’à partir du IVe siècle.

Les catholiques et les protestants célèbrent la Pentecôte le septième dimanche après le dimanche pascal. Pâques étant une fête mobile, la date de la Pentecôte varie chaque année. Le dimanche constituant déjà un jour chômé dans les pays de culture chrétienne, le lundi suivant est devenu férié pour souligner l’importance de l’événement.


Qu’est-ce que la “journée de solidarité”, souvent associée à la Pentecôte ?

En France, c’est à partir du concordat de 1801 instauré par Napoléon Bonaparte que le lundi de Pentecôte devient férié. Après la canicule de 2003 ayant provoqué la mort de 15 000 personnes, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin entend sacrifier un jour férié pour financer une “Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie” (CNSA).

La loi est votée en 2004 et le choix se porte sur le lundi de Pentecôte : par définition, cette date ne tombe jamais le week-end et permettra d’assurer des ressources constantes chaque année. Un jour par an, les Français devront travailler sans rémunération pour contribuer à l’autonomie des personnes âgées et handicapées, particulièrement touchée par la canicule meurtrière. On parle alors de “journée de solidarité”.
 
Départs de Pentecôte le 20 mai 1972

En 2008, Xavier Bertrand, alors ministre du Travail, fait réformer cette loi. La “journée de solidarité” est maintenue mais les entreprises sont libres de déterminer quel jour de l’année sera travaillé par les salariés. Il ne s’agit donc plus, obligatoirement, du lundi de Pentecôte. Selon la CNSA, le dispositif aurait rapporté plus de 30 milliards d’euros depuis 2004.


Pourquoi est-on censé manger du veau ?

La dinde de Noël, l’agneau pascal et… le veau de la Pentecôte. De nombreuses fêtes chrétiennes (et, plus généralement, religieuses) sont associées à un plat. Néanmoins, contrairement aux idées reçues, la coutume associant le veau à la Pentecôte n’a rien de religieux, ni de culturel. En réalité, les origines de cette habitude s’avèrent beaucoup plus prosaïques, et procèdent d’une vaste opération commerciale.
 
Voir cette publication sur Instagram

@papilles retourne en enfance grâce à cette recette de rôti de veau préparée pour la Pentecôte. 👧 Et vous, quelles sont vos idées recettes pour la Pentecôte ? . . . . #bravoleveau #tgif #Pentecote #cuisine #recette #food #foodie #yummy #recettesavoureuse #flexitarien #saveur #viande #veau #papillesetpupilles #souvenirs #EnjoyitsfromEurope

Une publication partagée par Bravo Le Veau (@bravoleveau) le


La période de la Pentecôte correspond tout simplement à la phase d’abattage des veaux : généralement, selon le cycle bovin, ceux-ci naissent à la fin de l’hiver et doivent être abattus trois à quatre mois après leur naissance. L’abondance de veau sur les marchés au printemps fait baisser les prix : selon un dicton, “à la Pentecôte, le veau perd une côte”. Dans les années 1990, durant plusieurs saisons de suite, la Confédération française de la boucherie mène une campagne marketing afin de mettre en avant la filière et écouler son produit. Le coup publicitaire fonctionne, au point que le veau s’impose aujourd’hui comme le plat typique de la Pentecôte.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
religion société consommation économie
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter