Reconfinement : fermeture des restaurants, la grogne monte chez les chauffeurs routiers

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Écrit par Marie-Line Fournier
Le Léo resto sur l'aire de Troyes-le-Plessis, sur l'A5, est le seul restaurant qui a été autorisé à réouvrir par la préfecture de l'Aube en date du 7 novembre 2020.
Le Léo resto sur l'aire de Troyes-le-Plessis, sur l'A5, est le seul restaurant qui a été autorisé à réouvrir par la préfecture de l'Aube en date du 7 novembre 2020. © Tiphaine Le Roux/ France Télévisions

Ils assurent l’approvisionnement de soixante-sept millions de Français. Ils passent leur vie sur les routes et les autoroutes. Mais en ces temps de confinement, l’exercice de la profession de chauffeur routier s’est compliqué. Difficile pour eux de trouver un restaurant ouvert.
 

Dominique Feron est président de la Fédération Nationale des Transports Routiers, dans l’Aube. Plaider la cause des routiers était pour lui une évidence face à la situation. "Pendant le premier confinement, indique-t-il, deux cent cinquante restaurants routiers étaient restés ouverts. Cette fois, la préfecture ne nous accorde qu'un seul établissement (Leo Resto, autorisé à rouvrir par un arrêté préfectoral du 7 novembre), qui plus est, sur l’autoroute A5, alors que de nombreux chauffeurs routiers circulent sur les routes nationales.

On est intervenu, car, en ces temps où l’on nous recommande de nous laver les mains régulièrement, les routiers, eux, ont bien du mal à trouver un endroit ouvert pour se doucher, se restaurer. Vu ce qu’on nous rabâche, c’est aberrant ! Il faut laisser les chauffeurs routiers faire leur travail correctement. On approvisionne soixante-sept millions de Français, on livre les hôpitaux en masques, en gel. Le fret est acheminé à 90% par voies routières. On s’est donc rapproché de la préfecture et de la direction départementale des territoires pour faire bouger les choses. Il ne faut pas oublier que les transports routiers emploient quatre cent mille salariés en France."

 

"Ça va être une hécatombe"

"C’est ridicule ce qui a été fait, s’indigne, Jean-François. Ce chauffeur routier aubois travaille depuis 2001 pour une entreprise de Pouan-les-Vallées, près d’Arcis-sur-Aube. Du lundi au vendredi, je suis sur les routes. En moyenne, je parcours environ deux mille six cent kilomètres par semaine, en France mais aussi en Belgique et en Hollande. Un salaire moyen de chauffeur routier tourne autour de deux mille trois cent euros net par mois, avec les frais de découcher. Le soir, on aime bien avoir un repas chaud. En ce moment, c’est fort compliqué de trouver un restaurant. On se demande sur quels critères ils se sont basés pour désigner ceux qui seraient ouverts. Beaucoup sont sur autoroute, alors qu’il y a de nombreux restaurants à la campagne. Si on ne fait rien, beaucoup vont fermer leurs portes. Ils ont le droit de vivre aussi... La situation est très compliquée. Ça va être une hécatombe. Ceux qui sont isolés, vont morfler. Hier soir, j’ai pu manger en salle, mais ça s’est vite rempli. Un des nôtres, Pépito, a ouvert une page Facebook, Un resto pour les routiers. Plus de vingt-cinq mille routiers en sont membres. C’est une belle initiative ".

Christophe, lui, est dans la profession depuis quinze ans. Il est salarié d’une entreprise de transport de Saverne, dans le Bas-Rhin, à trente minutes de Strasbourg. " Ce n’est pas humain, dit-il. On mange dehors des plats préparés. C’est indécent. C’est plus que compliqué. On va dans les stations-services ouvertes pour les toilettes et les douches. C’est ce qui pose le plus de problème. Mais pour manger, c’est un peu plus cher. Si ça ne se débloque pas, j’arrêterai de travailler, car le nombre de restaurants ouverts, c’est une goutte d’eau. On ne peut pas faire des détours, on a des horaires à respecter "...
 

Un seul couvert hier soir, sur l’autoroute A5

"Les arrêtés préfectoraux sont tombés tard pour informer les chauffeurs routiers de notre ouverture, vendredi (quatre jours plus tôt ndlr) pour l’Aube, dimanche pour les Vosges et lundi pour la Marne, indique Stéphane Fernandez, directeur du réseau autoroute Nord et Est pour le groupe Sighor. On verra ce soir, mais hier lundi, on n’a pas eu beaucoup d’activité, avec seulement un couvert. Demain, ça devrait bouger, car on est sur un axe stratégique. On a identifié une salle pour les chauffeurs qui doivent justifier de leur statut pour s’installer. Il faut qu’il dispose d’un titre professionnel. On a pour eux un tarif préférentiel à 13€90, et même une offre pour le petit-déjeuner du lendemain. Le service est fait à table. N’empêche que notre activité est fortement dégradée. Ce n’est pas facile. Actuellement, on emploie trente-huit salariés."
 


La France compte environ quarante mille restaurants routiers. Ils accueillent les chauffeurs, mais aussi les professionnels du bâtiment, les commerciaux. "S’ils n’ouvrent que pour les chauffeurs, leur chiffre va forcément baisser. Ce n’est pas viable pour eux", précise le président de la Fédération des transports routiers dans l’Aube, Dominique Feron. Les organisations syndicales sont mobilisées. Elles sont déterminées à obtenir du gouvernement la réouverture des relais routiers.
La balle était dans le camp des préfectures. La Préfecture de l'Aube , le 11 novembre a décidé que trois restaurants suppléméntaires pourraient ouvrir. Il s'agit du Relais 77, à Voué, de la Table d'Othe, à Paisy-Cosdon et de Betty Boop Driver, à Juzanvigny.
 

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