Reims - Metz ! Vous pensez à quoi si je vous dis “Blida” ?

L'ancien entrepôt des TCRM transformé en tiers lieu d'inspiration. / © Sophie Gueffier / FTV
L'ancien entrepôt des TCRM transformé en tiers lieu d'inspiration. / © Sophie Gueffier / FTV

Pour commencer, nous allons mettre tout le monde d'accord. À la question Blida c'est quoi ? La réponse est simple : c'est une commune d'Algérie, surnommée la ville des Roses. Mais si vous êtes Rémois, ou si vous êtes Messin, ce mot a un tout autre sens. 

Par Sophie Gueffier

Pas la peine d'être sorti de Saint-Cyr pour savoir que ça se nomme des homonymes ! Certains sont particulièrement croustillants. Par exemple, savez-vous ce qu'est une "cocotte" pour un habitant francophone de la Louisiane ? Non ? Vous le saurez en lisant une petite anecdote en fin d'article. Mais revenons à Blida. 

Blida versus Blida

Que l'on soit messin ou champenois, le point de départ étymologique de Blida reste le même. Il s'agit de la ville de Blida située tout au Nord de l'Algérie.

À ma droite : un lieu, un quartier, une avenue

A Metz, une avenue, un quartier et un tiers-lieu, portent le nom de Blida. À l'origine de ces appellations, un jumelage avec la ville algérienne en 1956, signé entre le maire de l'époque Raymond Mondon et son homologue Blidéen Monsieur Baujard. Ce jumelage se veut symbolique, alors que "les événements d'Algérie", autrement dit la guerre, font rage. Deux ans après sa signature, le conseil municipal messin donne le nom de Blida à une avenue. Par extension, le quartier tout entier a repris le nom de l'avenue qui le traverse.

Enfin, en 2006, après la fermeture du dépôt de bus de la TCRM, une association  s'installe dans l'ancien entrepôt qu'elle rebaptise TCRM-Bliiida (avec 3 i). Le lieu devient un espace d'échanges à la fois artistiques et économiques, entre start up, artistes et associations.  

À ma gauche, un verre à champagne

C'est la version moderne et pragmatique des contenants de la boisson à bulles champenoise. Un vin d'honneur, une réception, une remise de diplômes ? Le champagne vous sera servi dans les fameux "blidas".
Un exemple de Blida remis aux participants de la cérémonie de remise de diplômes aux nouveaux médecins de l'Université de Reims promo 2019. / © Julien Erard pour FTV
Un exemple de Blida remis aux participants de la cérémonie de remise de diplômes aux nouveaux médecins de l'Université de Reims promo 2019. / © Julien Erard pour FTV
Ce petit verre est en réalité un verre à thé à la menthe, détourné de son usage premier. À l’origine les verreries installées aux alentours de Reims fabriquaitent ces petits verres à thé, qu'elles exportaient vers l’Algérie par la ville de Blida. Des commandes pour Blida; puis des blidas; la contraction est facile à déduire. Lors de la décolonisation, le marché s'est effrondé et la production invendue s'est retrouvée coincée à Reims. Afin de ne pas la gaspiller, les vignerons ont choisi de l'adopter. Un esprit pragmatique et du recyclage avant l'heure!
Désormais le blida est utilisé dans tous les contextes où l’on a besoin de son côté pratique : facile à laver, peu fragile, peu encombrant, empilable. Sa contenance est d'environ 7 à 8 cl soit dix blidas par bouteille. Les professionnels lui trouvent aussi des qualités pour le service du champagne:

Le blida laisse l’effervescence se déployer dans un verre peu large et suffisamment haut.
- Emilien Erard, œnologue et responsable Cuverie et Tirage chez Piper Heidsieck.

Enfin, le petit plus consiste à le faire graver aux couleurs de votre fête pour en faire un souvenir impérissable. À remplir cependant avec modération. 

Une cocotte peut en cacher une autre.

L'anecdote m'a été contée par Barry Jean Ancelet, que j'ai eu la chance de rencontrer en 1992. L'homme, professeur à l'Université de Louisiane est l'un des plus fervents défenseurs de la culture cajun (Prononcez cad-jun), les locuteurs francophones de Louisiane. 
À l'occasion d'un de ses voyages en France, il est reçu chez des amis français. Et pour faire honneur et plaisir à ses hôtes, il leur propose de préparer un plat traditionnel de Louisiane : le fameux Jambalaya
Pour ce faire, il a besoin d'une grosse casserole. Il demande à la maîtresse de maison de lui fournir une "chaudière", le mot utilisé chez lui pour dire "marmite". La dame, française, reste perplexe. Elle montre d'abord sa cuisinière, pensant que le lousianais n'a pas les yeux en face des trous. Mais non, il ne s'agit pas de cela. Qu'est-ce qu'il peut bien lui demander ? Les gestes accompagnant la parole, l'hôtesse finit par comprendre que Barry cherche un gros récipient, tout simplement. Et toute à sa joie d'avoir compris, elle s'exclame : "Ah ! Barry ! Vous n'avez qu'à utiliser ma cocotte !". Ce qui a laissé notre professeur cajun coi et rougissant au milieu de la cuisine. 
Quand on sait qu'une cocotte est un terme très familier en Louisiane, qui désigne le sexe féminin... tout s'éclaire.

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