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Risque nucléaire : pourquoi le périmètre de distribution d’iode autour de la centrale de Fessenheim change-t-il ?

L'iode stable distribuée en cas d'alerte nucléaire est de l'iodure de potassium, 65 mg. / © S. Lartigue/maxppp
L'iode stable distribuée en cas d'alerte nucléaire est de l'iodure de potassium, 65 mg. / © S. Lartigue/maxppp

Le gouvernement a décidé d’agrandir les zones de protection des populations en cas d’alerte nucléaire dans les centrales françaises, dont celle de Fessenheim dans le Haut-Rhin. Cette extension s’accompagne d’une nouvelle campagne d’information et de distribution de pastilles d’iode. Décryptage.

Par Caroline Moreau

En septembre 2019, les personnes habitant dans un rayon situé entre 10 et 20 kilomètres autour de la centrale haut-rhinoise de Fessenheim, et des dix-huit autres installations nucléaires françaises, seront invités à retirer des comprimés d’iode stable (iodure de potassium) en pharmacie pour se prémunir en cas d'accident. 120.000 personnes et 39 communes sont concernées dans le Haut-Rhin (voir la liste intégrale ci-dessous). Au plan national, 2.2 millions de Français et 1063 communes bénéficieront de cette campagne.


1/ Pourquoi le périmètre de sécurité est-il élargi ?

Cette extension résulte de la prise en compte du retour d'expérience de la catastrophe de Fukushima-Daïchi, survenue au Japon en mars 2011. Ces dispositifs de distribution d'iode remontent sur le territoire national à 1996, soit dix ans après la catastrophe de Tchernobyl.  La dernière campagne préventive remonte à 2016 et ne concernait alors que les riverains habitant dans un rayon de 10 kilomètres autour d'une installation. Ces derniers ne sont donc pas concernés par cette nouvelle distribution.

Les directives ne sont pas les mêmes chez nos voisins européens. Dès 2014, la Suisse a étendu la distribution de comprimés d’iode à un rayon de 50 km autour de ses quatre centrales nucléaires. Le Luxembourg a distribué de l’iode à toute sa population en prévision d'un éventuel accident à la centrale française de Cattenom (Moselle). La Belgique a élargi en mars 2018 la distribution de pastilles d'iode à 100 km autour des centrales.
 


2/ Que se passe-t-il quand on habite au-delà des 20 kilomètres ?

Le Plan particulier d'intervention (PPI) ne définit pas le seul périmètre dans lequel des actions opérationnelles de protection des populations seraient engagées. Il délimite le territoire où il convient de mieux préparer les populations, de mieux planifier et de distribuer l'iode stable. Les populations résidant au-delà des 20 kilomètres seraient également alertées, et c'est l’Etat qui assurerait dès lors la distribution d'iode stable à la population concernée en cas de nécessité. Comme l'explique l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l’État dispose de stocks de comprimés d’iode pour être en mesure de protéger la population se trouvant en dehors des périmètres définis autour des installations nucléaires et de couvrir les besoins en cas de risque d’exposition à l’iode radioactif. Si les préfets considèrent que la prise de comprimés d’iode stable est nécessaire, les stocks seraient déployés vers des points de diffusion de proximité.
 
La liste des 39 communes concernées dans le Haut-Rhin : Algolsheim, Andolsheim, Appenwihr, Baldersheim, Battenheim, Biesheim, Biltzheim, Ensisheim, Gundolsheim, Hettenschlag, Hombourg, Illzach, Kingersheim, Kunheim, Logelheim, Merxheim, Meyenheim, Munwiller, Neuf-Brisach, Niederentzen, Niederhergheim, Oberentzen, Oberhergheim, Ottmarsheim, Petit-Landau, Reguisheim, Rixheim, Rouffach, Ruelisheim, Sainte-Croix-en-Plaine, Sausheim, Sundhoffen, Ungersheim, Vogelgrun, Volgelsheim, Weckolsheim, Widensolen, Wittenheim, Wolgantzen.

Ces 39 communes rejoignent le PPI intial composé à l'origine autour de 15 communes (Fessenheim, Balgau, Blodelsheim, Nambsheim, Bantzenheim, Chalampé, Dessenheim, Geiswasser, Heiteren, Hirtzfelden, Munchhouse, Obersaasheim, Roggenhouse, Rumersheim-le-Haut, Rustenhart). En savoir plus sur la campagne de distribution sur le site de la préfecture du Haut-Rhin
 


3/ Comment agit l’iode ?

En cas de contamination radioactive, l’iode stable, que l’on trouve naturellement dans l’eau ou les aliments que nous consommons, permet de protéger la thyroïde contre d’éventuels risques de cancer. Elle doit permettre de saturer la thyroïde en iode stable afin que l’iode radioactive (iode-131) relâchée dans l’environnement ne puisse plus s’y déposer. Inhalée ou avalée en trop grande quantité, l’iode radioactive peut en effet rapidement générer des lésions cellulaires susceptible de dérégler la thyroïde voire d’entraîner un cancer.

Si la prise de comprimés d’iode stable s'avère efficace pour limiter les effets de l'iode radioactive, elle ne protège pas contre les autres éléments radioactifs comme le césium 134 ou le césium 137 qui peuvent être rejetés dans l'atmosphère.
 
Quels sont les bons réflexes à avoir en cas d'alerte nucléaire ? / © Capture écran du site "distribution-iode.com"
Quels sont les bons réflexes à avoir en cas d'alerte nucléaire ? / © Capture écran du site "distribution-iode.com"


4/ En cas d'alerte, comment prendre l'iode ?

Pour qu'ils soient efficaces, les comprimés d'iode stable doivent être ingérés quelques heures avant ou juste après l’explosion. S'ils sont pris plus d'une heure après la mise en contact avec la radioactivité, leur efficacité diminue fortement. Leur effet dans l'organisme dure environ vingt-quatre heures.

En cas d’alerte sanitaire, la distribution d'iode doit en priorité concerner les bébés, les enfants et les femmes enceintes, pour protéger les foetus. La notice de l'antidote (voir ci-dessous) préconise une dissolution du médicament dans du lait ou du jus de fruits pour masquer son goût métallique. Sa durée de conservation est de 7 ans. Il ne faut pas avaler ces comprimés de façon préventive sans alerte officielle préalable : c'est le préfet qui décide si la situation nécessite la prise d'un comprimé d'iode stable et quand cette prise doit être effectuée.

 Il n'est pas nécessaire de prendre des pastilles d'iode si vous avez eu une ablation totale de la thyroïde.


5/ Y'a-t-il des effets secondaires ?

Il n'existe pas de contre-indication à l'iodure de potassium, qui n'est pas toxique pour l'organisme. Il est toutefois recommandé de rapidement consulter un médecin après ingestion d'un comprimé pour les personnes ayant un antécédent ou une pathologie thyroïdienne en cours, les femmes enceintes ou allaitantes, les nourrissons et les enfants de moins de un an. Les allergies sont extrêmement rares. Il est toutefois possible d’être allergique aux excipients contenus dans les comprimés d’iode. Dans ce cas, il existe une alternative : la solution iode-iodurée forte de Lugol. En cas de doute, demandez conseil à votre médecin. Seules les personnes ayant été porteuses de goitres anciens doivent demander un avis médical avant de consommer de recourir à l'iodure de potassium.

Quelques effets secondaires peuvent se manifester après la prise d'une pastille diode : poussée de fièvre, douleurs articulaires, éruptions cutanées, œdèmes, trouble respiratoires, mais ces désagréments sont rarement constatés.
 


6/ Peut-on donner de l'iode aux animaux ?

L’Autorité de sûreté nucléaire déconseille l'adminiustration d'iode stable pour les animaux : "L’analyse des avantages et des inconvénients d’une telle administration est en sa défaveur : outre le niveau faible du risque sanitaire qu’elle est appelée à prévenir, elle ne présenterait un intérêt que chez l’animal radiosensible, c’est-à-dire le jeune et principalement le très jeune animal (moins de 3 mois)" peut-on lire sur son site dédié aux alertes nucléaires (distribution-iode.com). Il est toutefois préconisé en cas d'accident de laver les animaux à grande eau pour éviter l'accumulation de poussièeres radioactives sur leur pelage, d'éviter de leur faire brouter l'herbe qui pourrait être contaminée et de les maintenir autant que possible dans un espace confiné.

Concernant le bétail, en cas d'évacuation des populations à la suite d'un accident, il n’est pas envisagé d’évacuer aussi les animaux d’élevage. L'ASN précise que dans ce cas de figure, des intervenants seront spécifiquement missionnés afin d’apporter les soins indispensables aux animaux (eau, nourriture, traite, etc.), avant qu'ils ne soient déplacés vers des territoires moins contaminés où une alimentation conforme pourra leur être fournie en attente de leur décontamination.
 
Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) doivent être arrêtés avant la fin de l'année 2020. / © Thierry GACHON - PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP
Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) doivent être arrêtés avant la fin de l'année 2020. / © Thierry GACHON - PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP


7/ Réel antidote ou opération de communication ?

"C’est une protection illusoire", réagit Gabriel Weisser, un enseignant qui réside dans un village proche de Fessenheim où est scolarisée sa fille. Habitant à moins de 10 kilomètres de la centrale, il était concerné par la précédente campagne de distribution de 2016. Pour ce riverain inquiet de la présence d'une centrale près de chez lui, cette campagne "est une façon à bon compte d'organiser la sûreté nucléaire. J'attends un exercice grandeur nature d'évacuation de la zone sur un rayon de 5 kilomètres. Voià ce qui serait de nature à vraiment nous rassurer.

Plus largement, les associations écologistes comme le réseau Sortir du nucléaire dénoncent le caractère "dérisoire" de cette protection en cas d'accident, évoquant " une opération de communication pour faire accepter une menace imposée aux citoyens et laisser penser que la population est effectivement protégée, [plus qu'une] véritable mesure de protection".

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