TEMOIGNAGE - Un an après l’attentat de Strasbourg : "on n’en guérit jamais vraiment, c’est toujours présent"

Sophie fait partie des victimes "psychologiques" de l’attentat de Strasbourg. A la veille du 11 décembre 2019, premier anniversaire de la fusillade meurtrière, cette musicienne reste marquée, incapable de participer aux commémorations, tout en étant tournée vers l’avenir. Témoignage.
 

Ce mercredi 11 décembre 2019 marque le premier anniversaire de l'attentat de Strasbourg.
Ce mercredi 11 décembre 2019 marque le premier anniversaire de l'attentat de Strasbourg. © Laurent Genvo/MAXPPP/France Télévisions
Il y a un an, Sophie avait accepté de témoigner quelques heures seulement après l’attentat de Strasbourg. Cette jeune musicienne de 26 ans, venait alors d’échapper au pire. Le 11 décembre 2018, elle déambulait avec une amie dans les rues du centre-ville, baignées par les lumières de Noël, lorsque soudain, les premiers coups de feu ont retenti. "Mon amie m'a dit en plaisantant que ça devait être quelqu'un qui tirait dans la foule. C'est là qu'on a vu les gens courir. Ils nous disaient de ne pas marcher par là. Au début, je me suis dit que c'était rien, que la police allait intervenir", avait-elle raconté.

Dans la panique générale, hagarde, la jeune femme s'était trouvée sur le chemin de l’auteur de l’attaque, Cherif Chekatt, croisant son regard.
 
"J'ai vu un homme qui marchait vite mais calmement. J'allais lui demander ce qui se passait quand je me suis aperçue qu'il dissimulait quelque chose. J'ai tout de suite su que c'était lui. L'instinct, je pense. Il m'a regardé droit dans les yeux et a passé son chemin", confiait-elle encore à l'époque.

Une expérience traumatisante, difficilement supportable, que la jeune femme a confié pendant 6 mois à une psychologue de l'espace d'information et d'accompagnement des victimes, mis en place après l’évènement.
 
"A l’époque, j’avais la sensation d’être coincée entre deux réalités possibles. Celle où si j’avais été parler au tireur, je serais certainement morte, les gens autour de moi aussi et celle où je ne l’ai pas fait", relate-t-elle aujourd'hui.

Si l’accompagnement a été bénéfique, un an après le drame, Sophie avoue ne pas avoir totalement trouvé la sérénité. Le "si je l’avais fait, je ne serais plus là" revient encore régulièrement frapper à la porte de son quotidien. "C’est parfois dans des conversations avec mes amis. Pas plus tard qu’hier par exemple."

Quand ce n’est pas elle qui pense à l’attentat, c’est l’attentat qui se rappelle à elle, au travers les reportages télévisés et les coupures de presse. "J’ai appris que j’avais vécu mon enfance dans le même quartier que celui du tueur. J’ai fréquenté les mêmes écoles que ses frères. Si ça se trouve, nous nous étions déjà rencontrés. Ça m’a fait quelque chose."

C’est indéniable, la vie de la chanteuse a basculé. Il y a les insomnies, les cauchemars, encore présents, mais au beau milieu de cet océan d’angoisses, elle constate aussi des avancées. "Ce que j’ai vécu m’a donné un coup de fouet. A l’époque, j’étais quasiment à la rue, je venais de me séparer de mon compagnon. Lorsque j’ai frôlé la mort, je me suis rendue compte que ces soucis, ce n’était rien. Cela m’a poussé à aller de l’avant, à concrétiser de nouveaux projets."

La soif de vivre par-dessus tout, le besoin de continuer sans forcément regarder en arrière. Demain, mercredi 11 décembre 2019, Sophie n’assistera pas aux commémorations. "Je ne veux pas me replonger là-dedans volontairement. C’est trop difficile. On ne guérit jamais vraiment d’un tel événement. Cet anniversaire ce n’est pas une page qui se tourne, c’est une nouvelle étape, une continuité", confie-t-elle encore.
 
Parmi ses projets futurs, l'artiste compte terminer une chanson qu’elle a commencé à écrire autour de l’attentat et sur la façon positive qu’elle a de voir les choses, malgré tout. "Je suis en vie", conclut-elle. 
 
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