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TEMOIGNAGE- Mort d'un bébé à l'hôpital de Strasbourg: “Ils m'ont arraché la vie de mon enfant”

Daoulati Soufou, la mère de l'enfant. / © France 3 Alsace
Daoulati Soufou, la mère de l'enfant. / © France 3 Alsace

Les parents d'un bébé âgé d'un an, décédé le 27 juin à l'hôpital Hautepierre de Strasbourg, a déposé plainte. Une enquête est en cours sur d’éventuels manquements. Ce jour-là, la mère d'Elia avait dû se rendre dans trois hôpitaux alsaciens : Altkirch, Mulhouse et Strasbourg. Elle raconte.

Par A.R et C.P.

La mort d'une petite fille âgée d'un an, le 27 juin 2019 à Strasbourg, aurait-elle pu être évitée ? "Tout le monde va être entendu pour comprendre le déroulement de cette histoire" et déterminer "s'il y a eu ou non dysfonctionnement et des responsabilités (lors) de la prise en charge de l’enfant", a assuré la procureure de la République à Mulhouse, Edwige Roux-Morizot chargée d'instruire la plainte déposée par Daoulati Soufou et son mari, les parents de l'enfant.

Sacha Rebmann, l'avocat de la jeune maman de 33 ans, originaire de Dannemaries, ne dit pas autre chose : "Le but ce n'est pas d'accuser qui que ce soit à tort et à travers. Non, c'est de comprendre. Je souhaite que cette enquête aboutisse afin de connaître les tenants et les aboutissants. Nous nous posons beaucoup de questions sur la prise en charge de cet enfant."
 

"Ils m'ont arraché la vie de mon enfant"

Une prise en charge pour le moins longue et poussive. Avant de décéder à l'hôpital de Strasbourg ce 27 juin, la petite fille, prénommée Elia, avait été prise en charge à Altkirch puis Mulhouse. Explications.

Ce jour-là, Daoulati Soufou remarque que le coeur de sa fille au réveil bat très vite. "J'ai pas cherché à comprendre : j'ai tout de suite composé le 18", raconte-t-elle à France 3 Alsace. "J'explique la situation et le médecin régulateur en entendant le coeur de ma fille via le téléphone me dit de me rendre tout de suite à l'hôpital le plus proche de chez moi." Doualati Soufou rejoint alors l'hôpital d'Altkirch (Haut-Rhin) situé à une dizaine de kilomètres de Dannemarie. "Là, une dame me dit de me rendre à Mulhouse pour voir un pédiatre." Devant ses protestations et son inquiétude, on lui rétorque : "Ici, on ne peut rien faire."

On m'a dit : "Ici, on ne peut rien faire"
-Doualati Soufou-


En sortant de l'hôpital d'Altkirch, sa fille se met à vomir. "En panique, en pleurs, je rappelle le Samu qui me conseille d'attendre à l'intérieur une ambulance qui n'arrivera qu'au bout de 20-25 minutes." Sans médecin à bord. " Il y a juste deux chauffeurs qui examinent mon bébé, prennent sa température et qui me disent finalement : "Madame, y'a rien de grave, c'est juste un début de vomissements.""

Il y avait deux chauffeurs dans l'ambulance qui me disent que ce n'est rien, juste un début de vomissements
-Doualati Soufou-


Arrivées aux urgences de Mulhouse, le calvaire n'est pas terminé. "J'ai attendu dans la salle 25 minutes avec mon bébé dans mes bras qui hurle. Les infirmières me disent que ce n'est rien. Le médecin examine alors mon enfant. Il me dit que c'est un début d'asthme. Mon enfant n'a jamais eu d'asthme. On lui donne des médicaments contre l'asthme quand même. Et son coeur bat de plus en plus vite. Je suis perdue, je ne sais plus quoi dire."   

Je ne comprenais rien, j'étais perdue
-Doualati Soufou-


Mais son état se dégrade rapidement. "J'étais paniquée. Quand je suis partie manger, tout le monde était rassurant, quand je suis revenue, ils étaient tous autour d'elle, des tuyaux partout, je ne comprenais plus rien, j'étais perdue, en panique, c'est très dur." La petite fille sera finalement transférée vers 18 heures en hélicoptère au CHU de Strasbourg, où elle décède dans la soirée.

"Depuis le matin, on était à Mulhouse. Pourquoi avoir attendu tout ce temps avant de la transférer ? Quand on m'a dit qu'elle avait un virus au coeur, que son coeur avait gonflé, je me suis dit : pourquoi ne pas avoir approfondi le diagnostic avant ?" C'est le père de l'enfant qui décide de porter plainte. "Il a dit : "on ne va pas se laisser faire". Ils m'ont arraché la vie de mon bébé. Je ne comprends pas pourquoi j'ai perdu mon bébé. Pourquoi elle est partie. Elle était en pleine forme avant. Je ne veux pas que ça se reproduise avec d'autres enfants. C'est trop dur, je suis perdue" conclut-elle.
 

Un problème de diagnostic ?

L'avocat des Soufou, Sacha Rebmann poursuit : "Cette prise en charge soulève plein de questions : pourquoi envoyer la fillette dans un établissement sans pédiatre ? Y a-t-il un lien avec la fermeture de la maternité d'Altkirch ? Pourquoi n'y avait-il pas de médecin à bord de l'ambulance ? Plus globalement, il faut savoir si la petite fille aurait pu être sauvée sans tous ces retards." Au-delà des événements de la journée, l'avocat s'interroge également sur le diagnostic "préalable" de l'enfant."Si effectivement, comme l'a évoqué un médecin, le bébé était atteint d'une myocardite : comment personne ne l'a vu avant ? On ne sait pas exactement."

La plainte est traitée par le parquet de Mulhouse et l'enquête a été confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Mulhouse. Pour l'heure, seule une autopsie médicale a été effectuée. "Une autopsie judiciaire va également être conduite" poursuit Me Rebmann "Maintenant nous attendons les résultats de l'enquête. De voir les responsabilités éventuelles de chacun. La procédure peut être longue." 

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