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Témoignages. 14-18, histoire d’une famille de Lorrains devenus français après la Première Guerre mondiale

Après la Grande Guerre, de nouvelles cartes d'identité ont fait leur apparition en Alsace - Moselle / © Guillaume Robin - France 3 Lorraine
Après la Grande Guerre, de nouvelles cartes d'identité ont fait leur apparition en Alsace - Moselle / © Guillaume Robin - France 3 Lorraine

Thierry S. nous raconte l'histoire de sa famille, et des conséquences de la fin de l'annexion. Tout un pan d'Histoire, et d'histoire de l'Alsace-Moselle.

Par Didier Vincenot

Thierry S. nous raconte l'histoire de sa famille, et des conséquences de la fin de l'annexion.

"Je m'appelle Thierry S.
Mon prénom est français, mon nom est allemand.

Pour moi la fin de la première guerre mondiale symbolise le retour de ma famille à la France...

Nous sommes Lorrains.
Originaires d'un village, Gandren (Beyren-les-Sierck) à la frontière franco-germano-luxembourgeoise pour ma grand-mère, de Lauterbach en Sarre pour mon grand-père.

Thionville pour le reste de ma famille.
 


Pendant l'annexion, la famille, comme tous les gens du coin parlait allemand.
Le Français était une langue étrangère.

Même si on parlait, paraît-il du temps où l'on était Français, c'était si loin.

Mes grands-parents sont nés entre 1900 et 1910.
La guerre datait de 1870, avant la naissance de leurs parents.

En 1919, ils avaient tous ou presque terminé leurs études. En allemand...

La frontière de 1919 coupait des familles en 2.

L'administration française créait plus de problèmes qu'elle n'en réglait pour les petites gens.

Mon arrière-grand-père a été expulsé parce qu'il était né en Sarre.
Ses enfants et sa femme, eux, pouvaient rester.

Ma grand-mère, habillée en petite fille de Lorraine, a défilé devant le Président Poincaré, à Thionville.

Malgré tout, la fierté de redevenir français, n'a en rien été diminuée par ces détails.

Ils ont tous appris leur nouvelle langue, avec plus ou moins de bonheur.
Mes grands-parents sont devenus instituteurs et ont enseigné le français.

Ils n'ont jamais voulu ou même pensé être Allemands.

En 1940 mon grand-père a été fait prisonnier et libéré, parce que, pour les allemands, il n'était pas français.

Il s'est caché pour ne pas partir à l'Est.

Ma grand-mère, au risque de sa vie, a enseigné en secret le français et la Marseillaise à ses élèves, après leur avoir enseigné l'allemand et suivi le programme allemand de l'école du matin.

Jamais ils n'ont douté de la victoire de la France. Jamais ils n'ont douté être français".


 

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