Vosges : pas assez de fleurs d’arnica au Markstein, la traditionnelle cueillette est annulée

La campagne de cueillette se déroule en général début juillet. Faute de floraison suffisante, pour la deuxième année consécutive, la cousine de la marguerite, recherchée pour ses vertus anti-inflammatoires, reste préservée sur les sommets vosgiens.

Champ de fleurs d'Arnica du Markstein. Sur les pentes du Markstein à 1.183 m dans le parc naturel du Ballon des Vosges, l'arnica, fleur jaune prisé des laboratoires pharmaceutiques pour ses propriétés anti-inflammatoires pousse à l'état sauvage. Sa cueillette est très réglementée.
Champ de fleurs d'Arnica du Markstein. Sur les pentes du Markstein à 1.183 m dans le parc naturel du Ballon des Vosges, l'arnica, fleur jaune prisé des laboratoires pharmaceutiques pour ses propriétés anti-inflammatoires pousse à l'état sauvage. Sa cueillette est très réglementée. © Vanessa Meyer /Maxppp
La campagne de cueillette 2020 a été annulée. Pas assez de fleurs d’arnica. Une décision prise par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, le département des Vosges, et les communes haut-rhinoises propriétaires des parcelles : Fellering, Ranspach, Oderen et Munster. Une concertation faite avec les cueilleurs et les laboratoires qui transforment l’arnica en granules homéopathiques, crèmes ou huile de massage.

Pourtant, depuis trente ans, c’est une tradition en début d’été : durant deux ou trois semaines, une cinquantaine de cueilleurs récolte la précieuse plante, au Markstein, à 1.183 mètres d’altitude. C’est l’un des meilleurs sites de France. Car c’est là où la plante concentre le maximum de substance intéressante pour la pharmacologie. La récolte y est donc très réglementée pour préservée cette précieuse fleur. Malgré une convention signée en 2007 entre les différents partenaires et les laboratoires qui achètent les récoltes, depuis deux ans, l’arnica se fait plus rare sur les ballons des vosges.
Cette jolie fleur jaune - transformee en pommades, lotion, gel ou teinture - est devenue la plante la plus vendue en pharmacie ! Pour soigner les oedèmes, coups, bleus, mais aussi les entorses et les vieilles douleurs, rien de tel que l'arnica
Cette jolie fleur jaune - transformee en pommades, lotion, gel ou teinture - est devenue la plante la plus vendue en pharmacie ! Pour soigner les oedèmes, coups, bleus, mais aussi les entorses et les vieilles douleurs, rien de tel que l'arnica © Denis Sollier /Maxppp
Les parcelles de fleurs s'admirent d'habitude depuis la ferme auberge du Hahnnenbrunnen, au sommet du Markstein. La famille Schickel y loue des terres pour ses vaches et observe ce triste phénomène de diminution de la floraison. Le jaune n’est plus la couleur maitresse de l’exploitation en ce début d’été. Le fermier a bien observé mi juin une première poussée d’arnica. Et une deuxième en ce début juillet. Mais la marguerite jaune des hautes pâtures est à la peine. Faute d’enneigement suffisant en hiver et de pluie assez abondante au printemps, elle ne pousse plus avec la même vigueur ni dans les mêmes proportions qu’il y a encore trois ans. L'année dernière, les cueilleurs professionnels sont quand même venus, mais ont très peu récolté. 2019, mauvaise année pour l'arnica

Une mauvaise floraison inhabituelle

Les deux dernières années n’ont pas permis de bonnes récoltes. La dernière d’envergure remonte à 2017. En moyenne, huit tonnes sont cueillis en quelques jours. Dès 4 heures du matin, aux lueurs des lampes torches, les cueilleurs détachent les plus beaux capitules des tiges. Ils récoltent aussi les plantes en ne prélevant qu’une toute petite partie de la racine. La règle est stricte : pas plus de deux fleurs au m2 et une plante sur trois.

S’ils récoltent au milieu de la nuit, c’est pour approvisionner ensuite, très vite, à une heure de là, le laboratoire Weleda. Basée à Huningue, l’entreprise achète en général 300 à 400 kg pour fabriquer des granules homéopathiques. Elle fait partie de la dizaine de laboratoires français, suisses  et allemands clients des cueilleurs.

Denis Graeffly est pharmacien et responsable process sur le site de Huningue. En 35 ans de cueillette, il a connu quelques mauvaises années, mais jamais deux consécutives. Selon lui, ce n'est pas la fleur qui se raréfie, les pieds d'arnica sont là, dit-il. Le problème, c'est qu'il n'y a pas eu de montée en fleur. Et ça, c'est nouveau. Sans vouloir s'inquiéter pour l'avenir, il reste vigilant. 

2021 sera une année charnière qui permettra de dire si ce manque de floraison est un accident ou si cela va se reproduire à nouveau.

A l'avenir, les cueillettes, si elles sont possibles, seront certainement réduites. Il n'y aura plus de récolte de 8 tonnes comme ces dernières années. Le comité de pilotage qui réglemente la cueillette va devoir prendre des décisions pour ne pas mettre la fleur en danger. 

"On est ennuyé car on tenait à cette qualité et à cette proximité. On a dû trouver une autre solution. On s’est approvisionné auprès du Massif Central. Pour l’année prochaine, on envisage, de mettre de l’arnica en culture dans nos jardins de Bouxwiller, dans le Sundgau", explique Anne Muguet, responsable communication sur le site Weleda de Huningue.

Rester attentif à la régénération

Sur les chaumes, pas de cueilleurs professionnels cette année, mais la brigade verte, elle, veille. A cheval, elle patrouille sur les sommets où poussent les plantes officinales. Car l’arnica, comme les pensées sauvages, l’euphoria, ou la verge d’or y sont de plus en plus ramassées. Pour un bouquet, c’est toléré. Mais certains abusent et cueillent plusieurs kilos. A ceux-là , il est demandé de quitter les lieux sur le champ. Si les patrouilleurs laissaient faire, ce serait un véritable pillage.
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