Déconfinement : les discothèques toujours dans le noir

Depuis leur fermeture le 17 mars, les patrons et gérants de discothèques sont toujours dans le flou. Aucune date de réouverture n'est envisagée. Tous attendent avec impatience le 22 juin, date à laquelle le Premier ministre doit s'exprimer sur leur sort.

La discothèque le Black Pearl Club de Gérardmer avant le confinement. Avec une salle de danse pouvant accueillir 150 personnes.
La discothèque le Black Pearl Club de Gérardmer avant le confinement. Avec une salle de danse pouvant accueillir 150 personnes. © Fabien Tisserant pour France Télévisions

Ils ont fermé leur établissement le 17 mars 2020 au soir. Et depuis, rien. Aucune prise de parole du gouvernement les concernant. Aucune information concernant une éventuelle date de réouverture des discothèques. La profession se considère comme totalement oubliée par les politiques.

Les patrons et gérants de discothèque estiment être les oubliés de la République.
Les patrons et gérants de discothèque estiment être les oubliés de la République. © Fabien Tisserant pour France Télévisions

Le gouvernement parle des salles de spectacles, des rassemblements festifs, mais à aucun moment, il n'a été question de notre profession. On n'a aucune perspective d'avenir!

Fabien Sanchez, Co-associé du Complexe Discopolis

"Nous perdons chaque mois, 200.000 euros de chiffre d'affaire. Le Discopolis de Charmes (ex Sphinx) est un établissement de 3.000 m² avec trois salles de danse, accueillant jusqu'à 2.000 personnes le samedi soir avec des soirées à thème qui étaient prévues chaque week-end depuis mars et pour tout l'été. J'embauche entre 25 et 32 personnes selon la fréquentation. Tous ont été mis en chômage partiel. Par contre, moi et mes deux associés, nous n'avons rien touché : aucune aide de l'Etat, aucun allégement de charge, aucune prise en charge de loyer. Et malgré tout, il faut continuer à payer les frais fixes, environ 18.000 euros par mois", s'énerve Fabien Sanchez. 

Trésorerie à sec

Même discours de Fabien Tisserand, patron du Black Pearl Club à Gérardmer. Une discothèque située en centre ville, pouvant accueillir 150 personnes avec une seule piste de danse. Deux personnes y sont salariées. 

Il faut qu'il y ait une réouverture sinon il faudra que l'Etat mette la main à la poche!

Fabien Tisserant, patron du Black Pearl Club

Fabien Tisserant, patron de la discothèque le "Black Pearl Club" à Gérardmer, fait face à la crise sanitaire grâce à sa trésorerie.
Fabien Tisserant, patron de la discothèque le "Black Pearl Club" à Gérardmer, fait face à la crise sanitaire grâce à sa trésorerie. © Fabien Tisserant pour France Télévisions

"J'avais 40.000 euros de côté. Cette trésorerie m'a permis de payer les frais fixes (loyer, assurance, téléphone, eau, électricité, chauffage), ça me coûte environ 8.000 euros par mois. Mes employés ont été mis en chômage partiel, et j'ai puisé dans ma trésorerie pour me payer car je n'ai rien touché de l'Etat. Je me suis 'cassé le cul' pendant 10 ans à mettre de l'argent de côté et là, il ne me reste presque plus rien", s'agace Fabien Tisserand.

Comment rouvrir ?

Une discothèque, c'est le lieu de la convivialité, de la fête, de la danse. A deux ou en solo. Quel protocole sanitaire peut être mis en place pour protéger chacun? Le port du masque, se laver les mains ne posent pas de problème en soi, la distanciation sociale semble beaucoup plus compliquée à mettre en place et surtout à faire respecter.

Je veux bien tout essayer! Après, ça va être compliqué à appliquer.

Fabien Tisserant

"Je veux bien accueillir 50 personnes au lieu de 150 ! Mais il ne faut pas oublier que les gens sont là pour s'amuser, faire la fête, danser, s'amuser tout en buvant un verre ! C'est logique, ils vont se faire la bise, aller aux toilettes, venir au bar, etc. Tôt ou tard, la distance physique sera compliquée à faire respecter, et moi, mon rôle, ce n'est pas de virer les gens" ajoute Fabien Tisserand. "Je ne sais pas comment on va faire."

Pas comme en Espagne

En Espagne, les discothèques ont été autorisées à rouvrir.

Fabien Sanchez

"Pas de piste de danse autorisée au public, pas de service au comptoir, avec 1/3 de la capacité de l'établissement ! Vous imaginez ? Si le protocole sanitaire en France est identique, je n'ouvrirai pas !" s'exclame Fabien Sanchez. "Et en supposant que les pistes de danse soient autorisées, cela suppose pour le Complexe Discopolis, d'ouvrir les trois salles avec 70 personnes par salle au lieu de 500, avec un chiffre d'affaire par week-end qui passerait de 40.000, 50.000 euros à 15.000 euros. C'est pas viable ! Comment vous payez vos salariés dans ces conditions ?" s'inquiète le Vosgien.


Beaucoup de questions, d'interrogations mais aussi d'inquiétudes pour ces patrons gérants de discothèque qui n'envisagent pas pour autant de changer de métier. Mais qui attendent du gouvernement, des propositions responsables, claires et transparentes.

 

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