3 raisons de regarder le documentaire “Un poil différent.e”

C'est en me laissant pousser la barbe que je me suis mise à poil!  Ainsi écrit dans ses mémoires Clémentine Delait, célèbre femme à barbe vosgienne dans les années 1900. Voici trois bonnes raisons de regarder le documentaire de Hélène-Michel Bechet "Un poil différent.e". 

Par Sophie Gueffier

Bien au-delà du jeu de mots de son titre et de l'accroche un brin piège à clics, le documentaire "Un poil différent.e" nous emmène à réfléchir bien au-delà de l'histoire de Clémentine Delait, une femme inclassable et iconoclaste. Voici trois bonnes raisons de regarder ce documentaire.

1. Savoir reconnaître une "véritable" femme à barbe

C'est une peu la première remarque, vaguement idiote, qui nous vient à l'esprit: c'est une blague ou un attrape-nigaud, elle aura mis un postiche! Et bien non. Le docteur Herbillon, d'Epinal, qui reçoit Clémentine Delait, dans son cabinet en 1880, fournit un rapport médical complet pour ses confrères et ses contemporains. Après avoir constaté que Clémentine est bien une femme, voici les termes de sa conclusion.

Madame Delait réalise le type parfait et complet de femme à barbe.
- Dr Herbillon, Epinal

Le doute n'est plus possible. Aucune supercherie. Clémentine a vécu sa vie de femme, d'épouse et de mère, en arborant, par choix, sa pilosité faciale. 
Clémentine Delait tenait le café de la femme à barbe à Thaon-lès-Vosges / © France Télévisions/Sancho & Co
Clémentine Delait tenait le café de la femme à barbe à Thaon-lès-Vosges / © France Télévisions/Sancho & Co

2. Trouver derrière la barbe, une féministe, une femme bien dans sa peau

À travers le récit de la vie de Clémentine Delait, la réalisatrice Hélène Michel-Bechet dresse le portrait d'une féministe déterminée. Elle aurait pu choisir de cacher sa particularité physique. Elle a voulu, au contraire, l'assumer. En entretenant sa moustache dans un premier temps. Puis en tenant le pari d'un des clients de son café, de se laisser pousser la barbe pendant quinze jours. Dès lors, elle arborera fièrement, sa vie durant,

une barbe de 35 centimètres en double panache, qui aurait pu faire le double de taille, si en coquette que je suis, je ne la taillais pas.
- Clémentine Delait

Plus tard, dans cette société où les femmes étaient considérées comme mineures toute leur vie, elle fera part de son désir de s'habiller en homme pour des raisons pratiques. Elle adressera une demande de permission. Cette dérogation lui sera accordée le 4 avril 1904 par le Président du Conseil et Ministre de l'Intérieur et des Cultes. Elle montera à Paris se faire tailler un costume sur mesure. 

Moi en costume masculin, c'est une grande victoire pour les femmes
- Clémentine Delait

3. Regarder en face la différence pour mieux l'accepter

À l'opposé des autre femmes à barbe de sa génération, Clémentine refusera les contrats pour s'exhiber dans les cirques. Elle assuma sa particularité pileuse dans sa vie quotidienne, permettant à ses concitoyens de s'habituer à la différence. Elle choisit de gérer sa notoriété en posant pour des photographes, une sorte de profil Instagram avant l'heure.  Avec peut-être le secret espoir que la peur de la différence s'estomperait au fil de ses apparitions. 

Un espoir qui résonne aujourd'hui pour toutes les personnes intersexuées, et plus largement toutes les personnes différentes des stéréotypes genrés dominants: homme ou femme? 
Des voix s'élèvent pour réclamer

que cette société soit plus respirable pour les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ces normes.
- Marie Andersen, psychologue

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