"C’est une catastrophe sanitaire. Nous l’avions annoncée. Nous y sommes", l’appel urgent d’une association pour sauver le système de soin en milieu rural

L’hôpital de Remiremont est en difficulté. Le président l’ADEMAT-H (association pour la défense, le maintien, l'amélioration de la maternité et de l'hôpital de Remiremont) veut plus de médecins formés et propose des centres de santé.

Les difficultés du centre hospitalier de Remiremont s’accumulent, les fermetures de services s’enchaînent. Les usagers ne savent plus vers qui se tourner. C’est dans ce contexte tendu, qu’une association vosgienne, l’ADEMAT-H (association pour la défense, le maintien, l'amélioration de la maternité et de l'hôpital de Remiremont) formule un certain nombre de propositions. Son président, Jean Pierrel dresse un constat alarmant : "c’est une catastrophe sanitaire. Nous l’avions annoncée. Nous y sommes."

Il explique : "À Remiremont, le problème est celui de tous les hôpitaux publics aujourd’hui, qui doivent faire face à des difficultés dénoncées depuis de nombreuses années. Des bras, des lits et une reconnaissance, c’est le triptyque que nous réclamons. 

On a assisté à des fermetures de lits multiples. Les urgences sont encombrées, car il n’y a pas de lit en aval. Il manque de personnel à tous les niveaux. Il y a aussi un manque de reconnaissance du personnel dans le management, mais aussi au niveau salarial. À tout cela, il faut ajouter la distorsion de concurrence avec le privé, notamment pour les médecins."

Le plafonnement des salaires des médecins intérimaires en question 

Justement, sur la question de la concurrence avec le privé, il y a aussi les salaires. La loi Rist, entrée en application en avril 2023, n’arrange rien. Elle prévoit le plafonnement des salaires des médecins intérimaires. Le montant maximum est de 1.390 euros bruts la garde de 24 heures. L’ancien ministre de la Santé, François Braun, disait vouloir lutter contre "l’intérim cannibale" avec des rémunérations qui pouvaient aller jusqu’à trois, voire quatre fois cette somme dans de rares cas avant la loi.

"Il a eu des excès qui ont été dénoncés", explique Jean Pierel. "Certains médecins avaient choisi l’intérim pour les conditions moins astreignantes qu’à l’hôpital public avec un statut de praticien hospitalier. Le plafonnement aussi brutal, appliqué de cette manière, a eu pour conséquence un déficit de remplaçants dans les hôpitaux de proximité. Les petits hôpitaux ruraux ont été désertés et un certain nombre de CHU publics est aussi en difficulté."

Un député interpelle le ministre de la Santé 

Le député (Liot) des Vosges, Christophe Naegelen, est intervenu lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 24 octobre dernier. Il a interpellé le ministre de la Santé et de la Prévention, Aurélien Rousseau précisément sur la situation de l’hôpital de Remiremont.

S’il n’y a pas de recette nouvelle pour l’hôpital public, la crise ne fera que s’aggraver avec ou sans la visite du ministre

Jean Pierrel, président de l'ADEMAT-H

Le ministre a fait savoir qu’il se rendrait prochainement à l’hôpital de Remiremont. Pour Jean Pierrel : "cela peut être une bonne chose que le ministre vienne voir comment vit un hôpital en milieu rural. Mais il doit déjà le savoir. Le problème est le budget pour la sécurité sociale en 2024, le fameux PLFSS (projet de loi de financement de la sécurité sociale). On sait, d’ores et déjà, que les dotations attribuées ne tiennent pas compte de l’inflation. Il y aura de nouvelles difficultés. S’il n’y a pas de recette nouvelle pour l’hôpital public, la crise ne fera que s’aggraver avec ou sans la visite du ministre."

5.000 départs en retraite de médecins dans le Grand Est  

La solution pourrait être dans des centres de santé pour le président de l’association ADEMAT-H, mais pas seulement. "C’est une proposition dans la multiple palette que l’on défend dans le cadre du plan d’urgence initiée par la coordination nationale des comités de défense. Les centres de santé sont des solutions de premiers recours. De notre point de vue, ils semblent répondre aux aspirations des jeunes médecins aujourd’hui, qui préfèrent être salariés plutôt qu’exercer une activité libérale. Dans les centres de santé, les médecins salariés bénéficient d’une couverture santé plus favorable qu’en exercice libéral, en particulier pour les femmes avec le congé maternité. Autre avantage pour les patients cette fois : ils bénéficient du tiers payant. En ces périodes d’inflation, c’est important. Ce à quoi, on peut ajouter qu’ils n’auront pas de dépassements tarifaires."

On nous dit qu’il n’y a plus de numerus clausus. Ce qui est faux.

Jean Pierrel, président de l'ADEMAT-H

Pour Jean Pierrel, il y a une autre urgence : "l’urgence est de former plus de professionnels de santé et plus de médecins. On nous dit qu’il n’y a plus de numerus clausus. Ce qui est faux. Dans la région Grand Est, de 2023 à 2027, il est convenu de passer de 1.510 à 1.582 places pour former quatre spécialités : des médecins, des dentistes, des pharmaciens et des sages-femmes. Si on divise par quatre, cela fait 20 médecins, par an, formés, en plus. Alors qu’on attend 5.000 départs en retraite. Dans dix ans, la situation sera donc pire."