Nouvelle plainte contre l'hôpital de Remiremont : "je suis arrivé à l’hôpital en marchant, je suis ressorti en ambulance"

L’histoire se répète. Une nouvelle plainte a été déposée contre le Centre hospitalier de Remiremont (Vosges). Dans la tourmente depuis mai 2022 avec déjà plus d’une dizaine de plaintes accumulées, cette fois, c’est un homme d’une trentaine d’années qui risque l’amputation de la jambe à la suite d’une opération ratée au service orthopédique.

C’est une nouvelle plainte qui est arrivée sur les bureaux du Centre hospitalier de Remiremont (Vosges), pour une nouvelle opération qui aurait mal tourné. C'est la seizième plainte depuis mai 2022. La dernière, il s’agit de celle de Camille Abboub.

En avril 2023, ce jeune homme de 32 ans chute sur les genoux à son domicile, après que son chat lui soit passer entre les jambes. La nuit passe, les douleurs, elles, persistent. Le lendemain, il se décide d’aller à l’hôpital d’Épinal. On lui diagnostique une fracture du tibia bénigne, il peut être opéré ou immobilisé. Le médecin lui explique qu’il doit "absolument être opéré".

Camille Abboub espère être transféré à Nancy, là où il est bien connu. Ça ne se passera pas comme prévu : "J’ai un suivi à l’hôpital de Nancy. Les équipes là-bas me connaissent. J’étais opéré quatre fois là-bas. Ils connaissent mes pathologies. Mais l’hôpital d’Épinal m’a dit que Nancy n’avait pas la place, je n'en suis pas si sûr".

D’un tibia fracturé à une possible amputation de la jambe

Reste donc le service orthopédique à Remiremont où il sera envoyé après d’autres péripéties : "On me dit que le chirurgien ne veut pas m’opérer parce que mon taux d’hémoglobine est trop bas. On me met dans un couloir pour attendre l’accord du chirurgien pour être transféré à Remiremont. Et je reste deux jours dans les couloirs à attendre". Un endroit qu’il risque de ne pas oublier : "Je n’étais jamais allé à Remiremont avant. Pourtant j’en ai fait des hôpitaux. C’était la première (il rit jaune) et je m’en souviendrais..."

Je suis arrivé à l’hôpital en marchant, sans béquille. Je suis ressorti en ambulance

Camille Abboub, patient menacé d'amputation

Lors de l’opération, un greffon, des plaques et des vis lui sont posées sous le genou. Avant le choc... Son genou lui semble plus tordu que lorsqu’il est entré à l’hôpital : "Je suis arrivé à l’hôpital en marchant, sans béquille. Je suis ressorti en ambulance. En sortant de l’opération, j’étais en short. Des parents dans la salle d’attente ont caché les yeux de leur enfant quand ils m’ont vu sortir de l’opération. Tous les médecins que j’ai vus après l’opération dans l’état là, on était choqué".

L’hôpital de Nancy lui expliquera plus tard que le chirurgien aurait dû lui poser une prothèse de genou : "Ce qui veut dire encore une opération, mais compte tenu de mes antécédents, c’est une anesthésie qui est très risquée et si ça ne marche pas, il y a un risque de la perte du membre".

Première plainte contre un chirurgien de l’hôpital

Un choc qu’il ne voulait pas forcément traduire par une plainte. Il s’est finalement entouré de l’avocate Nancy Risacher. Sur les seize plaintes déposées par des familles contre l’hôpital, cette avocate vosgienne s’occupe de quatorze d’entre elles.

Mais cette fois, la donne a changé : "J’ai déposé plainte contre X et contre le Centre hospitalier, comme d’habitude, mais cette fois, j’ai aussi déposé plainte contre le chirurgien parce que M.Abboub est là pour témoigner. Aujourd’hui, il risque d’être amputé de sa jambe. Il a 30 ans. C’est pour dénoncer ce genre de tragédie humaine".

Avant de renchérir : "La première plainte date d’avril 2022. On attend quoi pour réagir. Il faudra un moment donné que la lumière soit faite et que les responsabilités soit mise en cause".

Une descente aux enfers

Une menace qui plane sur sa vie. Une vie, un quotidien, bouleversé depuis l’opération : "J’ai passé un EMG, je n’ai plus aucune sensibilité nerveuse dans la jambe droite. Sans cette attelle, je ne pourrai pas tenir sur mes béquilles. J’ai la jambe complètement arquée, déformée, et je ne tiendrai pas debout".

Et avec ça, des rêves tombés à l’eau : "J’étais en train de passer le permis moto, j’avais acheté une moto neuve, je ne peux plus rien faire. Ne serait-ce que sortir de ma douche, si je sais que ma mère n’est pas dans l’appartement, je ne vais pas prendre de douche. Si je tombe, comment je fais pour me relever ?", interroge-t-il.

Si aujourd’hui je n’avais pas ma mère, je serais à la rue, pour une chose que je n’ai pas demandée

Camille Abboub, patient menacé d'amputation

Mais cet habitant de Bult, près de Rambervillers, après dix ans en boulangerie, était aussi en train de passer une formation pour devenir maître d’engins agricoles, formation qu’il ne peut plus poursuivre : "Je ne peux plus être inscrit à Pôle emploi parce que pour eux, je ne peux plus être apte à faire une formation ou être employé. La sécurité sociale ne comprend pas pourquoi je suis dans cet état-là non plus. Si aujourd’hui, je n’avais pas ma mère, je serais à la rue, pour une chose que je n’ai pas demandée".