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Quand on parle de Vittel, on ne parle que d'eau.
Vittel, c'est l'eau minérale, mise en bouteille depuis 1856, et par Nestlé depuis 30 ans.
Vittel, c'est la station thermale, dont on prête aux sources des vertus pour la santé.
Vittel, c'est la nappe phréatique des Grès du Trias Inférieur, surexploitée, et qui se vide depuis 40 ans. Que d'eau, que d'eau! Et encore, vous n'en voyez que le dessus.
Vittel, c'est aussi une destination touristique, dans les Vosges, qui tente de se redynamiser, en voulant réinvestir dans les anciens hôtels thermaux à l'abandon depuis des années, mais qui est ralentie par la disparition du train.
Vittel, c'est aussi un territoire de sports, labellisé Terre de Jeux 2024, qui veut montrer qu'il n'y a pas que des champions dans le sport, mais aussi des bénévoles et des passionnés.

 

Les thermes se refont une santé

Avec 5.000 curistes accueillis et 22.000 entrées au spa en 2019, les thermes de Vittel sont en pleine forme. "Nous suivons une courbe ascendante de la fréquentation depuis 10 ans", se félicite son directeur, Christian Brunet. L'établissement a fait le choix de ne pas proposer une offre thermo-ludique comme à Thermapolis ou Villa Pompéi à Amnéville (Moselle). Son axe de bataille, c'est la santé et le bien-être. "Nous jouons beaucoup sur les sens: la force de l'eau, les changements de température, des lumières différentes...", explique Christian Brunet.
© Michaël Martin /F3 Lorraine
© Michaël Martin /F3 Lorraine

14 millions d'euros pour un nouvel hôtel

Samedi 29 février 2020, une bonne nouvelle est arrivée pour les Thermes. Le groupe Vikings-Casinos a annoncé la construction d'un nouveau casino à Vittel mais surtout, la reprise de l'Hôtel des Thermes, à l'abandon depuis des années. Une aubaine pour la station thermale, qui compte moins de 150 chambres d'hôtel en dehors de ce que propose le Club Med. "C'est une excellente nouvelle. Nous étions en manque d'hébergement sur Vittel et ce projet d'hôtel représente de nouvelles possibilités pour le territoire", se réjouit Christian Brunet. 

Nous sommes en manque d'hébergement sur Vittel.
- Christian Brunet, directeur des Thermes

Les Thermes de Vittel sont surtout à la recherche d'hôteliers partenaires, qui leur permettent de proposer des forfaits cure-restauration-hébergement à leurs clients. Le directeur du groupe Vikings-Casinos, Luc Le Borgne, assure vouloir travailler sur le long terme: "Nous voulons insérer ce projet dans le cadre du renouveau de Vittel. Nous allons proposer un projet qui correspond aux consommateurs", a t-il précisé à nos confrères de Vosges Matin. Le projet, estimé entre 14 et 17 millions d'euros, doit voir le jour en 2023, afin d'être prêt pour la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques de Paris 2024.

Hôtels en friche à Vittel


D'autres grands établissements hôteliers sont vides à Vittel, faute de gérants, et constituent de véritables verrues en plein centre-ville. L'annonce de la réhabilitation de l'Hôtel des Thermes place un peu d'espoir dans l'avenir.

Vittel est une cité thermale connue depuis l'époque gallo-romaine. L’eau provient d’une source naturelle souterraine captée à près de 141 mètres de profondeur. La station thermale est créée en 1856 par Louis Boulomié. C'est lui qui a l'idée, la même année, de commencer à mettre l'eau de Vittel en bouteille, pour que les curistes puissent continuer leur cure à la maison.

 
© Anthony Picore/MaxPPP
© Anthony Picore/MaxPPP

Chez Nestlé, baisse des ventes et plastique recyclé

Chez Nestlé Waters Vosges, qui possède l'usine d'embouteillage des eaux de Vittel®, Contrex® et Hépar®, la direction a annoncé une coupe de 111 emplois (équivalents temps plein) au mois de juin 2019, parmi le millier de salariés. Ce plan de départ volontaire est aujourd'hui bien avancé: environ deux tiers de l'objectif sont réalisés, affirment les syndicats.
En contrepartie, dans le cadre du plan Vosges 2022, la direction de Nestlé Waters annonce un investissement record de 10 millions d'euros sur le site vosgien, justifié par un "besoin d'amélioration de la compétitivité et aux nouvelles attentes des consommateurs", précise un communiqué.
"On a la chance d'avoir un groupe qui est prêt à investir. Il n'y a pas beaucoup d'entreprises dans les Vosges, et dans la Plaine des Vosges particulièrement, qui sont capables d'investir 10 millions d'euros aujourd'hui", expliquait le directeur de Nestlé Waters Vosges, Ronan Le Fanic, en juillet 2019.
L'investissement concernera une nouvelle organisation, nécessitant de former 440 salariés, et l'amélioration des lignes de production.

Le géant de l'eau en bouteille connait des revers dernièrement. "Les ventes sont en baisse sur nos marques principales, Vittel® et Contrex®", affirme Yannick Duffner. Une crise due en partie au plastique, qui a une très mauvaise image aujourd'hui.
Un milliard et demi de bouteilles en plastique sortent chaque année des usines vosgiennes. Au niveau mondial, le plastique représente 11% des déchets. Et une bonne partie finit dans les océans. L'ONU est alarmante à ce sujet.

Un milliard et demi de bouteilles en plastique

Pour répondre à ces préoccupations, Vittel® a lancé le 12 novembre 2019, sa première bouteille conçue entièrement avec du plastique recyclé. Une innovation sortie du Centre de recherche mondial sur l'eau installé à Vittel. Une bouteille de 75cl légèrement opaque, que brandit Nestlé Waters comme preuve de la réduction de l'empreinte environnementale de ses emballages. "La commercialisation de [cette] bouteille [...] représente une étape clé dans la démarche de Vittel® de créer des emballages durables en s’appuyant sur l’économie circulaire", affirme la directrice marketing de Nestlé Waters France, Fabienne Bravard.
© Nestlé Waters France
© Nestlé Waters France

Mais au-delà du plastique bashing qui plombe l'image du groupe, Nestlé Waters doit faire face, localement, aux associations qui critiquent sa gestion de l'eau dans les nappes souterraines.

 
© Michaël Martin /F3 Lorraine
© Michaël Martin /F3 Lorraine

La nappe phréatique surexploitée

La nappe phréatique des GTI (Grès du Trias Inférieur), présente sous le territoire vittellois, est en déficit chronique depuis plus de 40 ans. Trois millions de mètres cubes d'eau en sont prélevés chaque année par les différents acteurs privés et publics, industriels en tête. Or, la nappe ne se régénère que de deux millions de mètres cubes chaque année. Il y a donc un déficit d'un million de mètres cubes chaque année, contre lequel le collectif Eau 88 se bat depuis des années.
En octobre 2019, le collectif a gagné une bataille: l'abandon d'un projet de pipeline qui irait pomper de l'eau dans des villages alentours et ainsi réduire la pression sur la nappe des GTI.

La seule solution aujourd'hui est donc de réduire directement les prélèvements sur place. Le protocole prévoit un retour à l'équilibre de la nappe en 2027. "Mais 2027, c'est beaucoup trop tard, s'inquiète Bernard Schmitt, du collectif Eau 88. Il manque de réelles mesures de regénération de la nappe."
Les services de la préfecture des Vosges seraient en train de réfléchir à l'instauration de quotas pour les différents acteurs qui pompent dans la nappe, mais resteraient évasifs pour le moment. Les élections municipales ralentissent les choses.

"Il faut arrêter Nestlé!"

Pour le collectif, il n'y a qu'une seule solution. "Il faut arrêter Nestlé, qui pompe 20% des volumes de la nappe!", affirme Bernard Schmitt. Une autre possibilité serait de réaliser des travaux pour réduire les fuites dans le réseau de distribution, qui représentent aussi 20% de l'utilisation de la nappe des GTI. Cela reste coûteux et doit s'étaler dans le temps.
Nestlé Waters semble vouloir s'engager dans la réalisation d'économies d'eau. Les syndicats de Nestlé discutent en interne pour améliorer le processus de production et réduire l'eau utilisée. "En moyenne, il faut 2 litres d'eau pour produire une bouteille de 1,5 litres", explique le secrétaire CFDT, Yannick Duffner. En plus de celle qui finit dans la bouteille, il faut ajouter l'eau qui sert aux purges des tuyaux et au lavage des bouteilles avant remplissage. "Nous syndicats, insistons pour qu'une partie de ces volumes soient réutilisés dans le processus, comme eau industrielle", indique Yannick Duffner.

 
© Michaël Martin /F3 Lorraine
© Michaël Martin /F3 Lorraine

Le train de retour à Vittel en 2024?

Depuis 2017, Vittel (et Contrexéville) n'est plus reliée à Nancy par le rail, mais par la route. Exit donc le train, bienvenue aux autocars! A la demande la Région Grand Est, la SNCF ne fait plus circuler de trains. La raison : l'état de la voie ferrée, qui ne garantit plus la sécurité des voyageurs.

Deux dessertes sont proposées :
  • Des trajets directs entre Vittel-Contrexéville et Nancy
  • Des trajets qui desservent les gares intermédiaires (Ceintrey, Vézelise, Tantonville, Mirecourt, etc.)
Les durées peuvent être aléatoires en fonction de la circulation, notamment pour entrer et sortir de Nancy aux heures de pointe. La SNCF propose deux fois plus de rotation chaque jour.

Cétait plus pratique avant !
- Maria, voyageuse

Les usagers ne comprennent pas forcément cette nouvelle politique de transport. "C'était plus pratique avant, affirme Maria, rencontrée dans le car express pour Contrexéville. Il n'y a plus rien aujourd'hui pour se rendre là où on veut. C'est dommage pour ceux qui n'ont pas de moyens de locomotion." Dans le même autocar, France regrette que "la SNCF fasse rouler des cars plus polluants que le train, à une époque où on doit faire attention à l'environnement."
Les voyageurs apprécient toutefois le confort des cars et l'ambiance "plus chaleureuse", due en partie à la présence du chauffeur.

Des travaux dès 2022

La Région Grand Est promet que cette situation est temporaire et que les trains recirculeront "à partir de 2024 ou 2025", selon le vice-président en charge des transports, David Valence.
Une promesse que n'entend pas Pascal Lopez, président de l'association pour le développement de la ligne ferrovière (ADLF). "Si les travaux sur la ligne sont repoussés, ça ne sera que pire au moment de les reprendre !" Avant de pointer du doigt la gare de Mirecourt, dont les portes et fenêtres ont été murées. "Vous croyez qu'ils vont rouvrir la gare ici ? Alors que le bâtiment est inaccessible ?"
Plus d'info en vidéo

Encore un peu de fret

Sur cette ligne Nancy - Vittel - Merey circulent encore quelques trains de marchandises, dont une partie vient de l'usine d'embouteillage de Nestlé. Mais ce mode de distribution est aussi en régression. "Il y a 20 ans, 80% de la production sortait de l'usine par le train. Aujourd'hui, on tombe à 40%", raconte Yannick Duffner, secrétaire CFDT des Eaux minérales de Vittel.

 
© France 3 Lorraine avec Stanislas Kern
© France 3 Lorraine avec Stanislas Kern

JO 2024: Vittel veut être à la pointe

Vittel compte 29 associations sportives pour 5.000 habitants, et organise une cinquantaine d'événements sportifs par an. La Ville s'est alors présentée pour recevoir le label "Terre de Jeux 2024", remis par le Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) de Paris. "C'était une volonté de Tony Estanguet de mettre en valeur et d'associer les territoires aux JO de Paris", raconte la responsable du développement du mouvement sportif au Comité départemental olympique et sportif (CDOS) des Vosges, Isabelle Ballay.
Sans budget supplémentaire alloué par le Cojop, les collectivités s'engagent à mettre en place des événements autour des valeurs olympiques, à valoriser le sport dans toute sa diversité. "Il faudra donner la parole à ceux qu'on entend pas ou peu, ceux qui ne sont pas champions ou sportifs de haut niveau mais qui font vivre leur club ou qui défendent leur discipline, explique Isabelle Ballay. On fait d'abord du sport pour se faire plaisir avant de faire de la compétition."
Le Vittel Escrime entre dans cette dynamique. En deux ans, l'équipe dirigeante a doublé les effectfs du club, passant de 30 à 60 membres. Le président, Stanislas Kern, souhaite fonder une académie d'escrime grâce au maître d'armes présent sur place, et qui coache les athlètes français lors des compétitions internationales. "J'ai de la chance, j'ai une équipe de bénévoles dynamiques et donc aussi souci pour trouver des encadrants", se réjouit Stanislas Kern.

On fait du sport d'abord pour le plaisir.
- Isabelle Ballay, CDOS 88

Les entrainements ont lieu au Centre de préparation omnisport vittellois, où le club dispose d'une salle entièrement dédiée, avec six pistes fixes. "J'ai connu d'autres installations dans d'autres endroits bien en deçà de ce que nous avons", assure Stanislas Kern.
Pour le CDOS des Vosges, l'objectif à Vittel est de mettre à disposition des infrastructures en état, de déployer des équipes bénévoles ou municipales et de travailler sur l'image touristique du secteur.
Il y a quelques années, Nestlé Waters était encore partenaire des associations locales. L'entreprise pouvait sponsoriser les structures et fournir des packs de Vittel, comme elle le fait lors du Tour de France. "Aujourd'hui, nous discutons avec la direction pour relancer cette initiative, affirme Yannick Duffner, de la CFDT. Pour la première fois depuis des années, cela pourrait recommencer." De quoi dynamiser l'activité associative locale. Cela ravirait Stanislas Kern, au club d'escrime. "Je ne vois pas comment je pourrais être contre! Le nerf de la guerre, c'est l'argent. C'est ce qui nous permet de mettre en oeuvre nos actions."

Finalement, à Vittel, que l'on parle d'eau ou pas, on y revient toujours.