TÉMOIGNAGE : "Je suis atteint par le coronavirus depuis une semaine, seul avec ma mère malade, je veux le raconter"

Il a 34 ans, habite dans les Vosges, seul avec sa mère. Il est alité depuis le 13 mars 2020 et souhaite témoigner. Pour informer, pour faire passer un message positif. Malgré son état de fatigue extrême, nous avons pu parler avec lui durant un quart d'heure.

Photo envoyée par notre interlocuteur atteint du coronavirus.
Photo envoyée par notre interlocuteur atteint du coronavirus. © Document remis
C'est un copain. Amoureux de la montagne, de toutes les montagnes du monde. Un sportif, un voyageur et un acteur du monde artistique et culturel de la région. Un gars très sympa qui fait l'unanimité autour de lui dans le massif vosgien. Mon métier de journaliste m'a amené à le rencontrer à de maintes reprises. Nous nous apprécions et malgré la différence d'âge, nous avons beaucoup de points communs et de passions partagées. Quand j'ai appris qu'il était atteint par le virus, je lui ai envoyé un message. Il a accepté de témoigner tout de suite. 


Parler est épuisant

Très fatigué par la maladie, il n'a parlé à personne depuis plus d'une semaine et préfère communiquer avec ses proches par messages. Le simple fait de parler l'épuise. Alors ce quart d'heure de conversation est un moment unique. Pour lui, pour moi et surtout pour vous. Pour vous informer, vous éclairer. 

Seule condition posée: garder l'anonymat. Par pudeur. Pour ne pas étaler sa souffrance publiquement et ne pas "se la péter". Il est comme ça et je respecte profondément cette décision. 


Seul avec sa mère

Sa voix est normale, mais le débit de ses paroles est plus lent que d'habitude. Certaines de ses  phrases sont entrecoupées de longs silences.

Je suis confiné avec ma mère âgée de 60 ans qui est atteinte par le coronavirus depuis le 11 mars. Je ne sais pas comment nous l'avons attrapé ce truc, mais je pense que c'est en m'occupant d'elle qu'il m'a été transmis. Pour moi ça s'est déclaré quelques jours plus tard.

Je suis très mal depuis une bonne semaine et tu es la première personne à qui je parle depuis que je suis malade.

Nous n'avons pas été testés. (... Silence). Ils ne testent pas. Je pense qu'on développe la maladie assez sérieusement mais pas de la manière la plus grave. Nous avons tous les symptômes. C'est un peu chiant, c'est vrai, mais ce n'est pas la version "réanimation".


Les premiers symptômes

J'ai ressenti d'abord des douleurs très aiguës dans le dos, de grosses courbatures au niveau des hanches, des jambes et des bras. Ensuite mes valves nasales se sont asséchées puis j'ai perdu l'odorat et le goût. le symptôme le plus flippant c'est que dès que tu fais un effort, juste te lever et aller aux toilettes par exemple ou juste parler (... Silence ). Tu vois, si je te parle longtemps il est possible que je galère à aligner les mots...

Tu as l'impression d'être en haute altitude et en manque d'oxygène, tu sens ce manque dans tes muscles...

Je connais cette sensation d'altitude car j'ai été moniteur de ski et j'ai cette référence, c'est une chance de connaître ça, le manque d'oxygène et la faiblesse de tout le corps.
L'appareil mesurant le taux d'oxygénation et les battements cardiaques au doigt du malade. Sous les 90, il y a danger, avec 98 notre malade se maintient.
L'appareil mesurant le taux d'oxygénation et les battements cardiaques au doigt du malade. Sous les 90, il y a danger, avec 98 notre malade se maintient. © Document remis
Nous avons aux doigts un capteur qui nous permet de contrôler la saturation d'oxygène. C'est rassurant.

Sans cet appareil si tu es malade chez toi tu vas paniquer, c'est un vrai "plus" pour être un peu tranquille.

Heureusement cette petite bestiole nous montre que notre saturation en oxygène est plutôt bonne. Ma mère et moi sommes d'habitude en bonne santé, je ne sais pas si ça joue mais je le crois. On doit avoir la chance d'avoir de bonnes défenses.


Un état de malaise permanent

Pour revenir sur ce que je ressens, c'est un état continuel de semi-malaise ou de malaise grave. Des vertiges, de grosses sueurs froides, tes muscles sont faibles et très lents, tu t'écroules.

S'il n'y a pas un siège ou un canapé tu finis par terre, c'est impossible de tenir debout.

Ces phases de malaise ne durent pas trop longtemps pour moi, mais pour ma mère c'était beaucoup plus long, des jours entiers allongée sans bouger ni manger.


Les médecins débordés

Nous n'avons pas consulté. Ma mère avait appelé le 15 et les médecins au début, mais tout s'est fait au téléphone. Ils sont tellement débordés par des cas plus graves et tant de gens paniqués. Je les comprends.

Tant qu'il n'y a pas de problème respiratoire grave, ils nous disent de rester chez nous.

J'ai juste un ami infirmier qui me conseille à distance.


Pas de traitement, pas d'infos 

Je ne prends aucun médicament, ma fièvre ne monte pas trop, mais je m'hydrate beaucoup avec des tisanes, du miel et du citron. On a des phases où on se sent très bien, alors on se lève et on se dit c'est cool et puis ça revient d'un seul coup, 

Ça t'explose à la gueule et tu te recouches comme une m.. !

Autre conseil pour ne pas s'affaiblir et partir dans de mauvais délires : ne pas regarder les infos. Je l'ai fait au début, ça monte trop au cerveau et c'est très flippant. J'ai arrêté la télé, le portable et internet pendant cinq jours et je me suis senti mieux.

Rassurés

Aujourd'hui, [mardi 24 mars 2020] ma mère va mieux. Elle semble être sur la fin. Je suis encore dedans mais je pense que le plus dur est passé. Heureusement pour nous, rien de sérieux côté respiratoire.

C'est chaud quand même, je pense qu'on a traversé un truc très très douloureux et stressant.

Très fatigué après toutes ces phrases, il doit raccrocher. Au fait, ses premiers mots, tout au début : " Et toi, tu as la forme ? Surtout fais gaffe, prend bien soin de toi et de tes proches !"
 
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