Vosges : une matériauthèque éphémère pour recycler l’ancienne usine textile Bragard

Dans les Vosges, rien ne se perd, tout se transforme. Pendant deux jours à Epinal, les matériaux issus de la déconstruction de l’usine Bragard sont vendus au profit d’une association solidaire. Une façon innovante de gérer les grandes quantités de déchets que produit le secteur du BTP.

Des matériaux à recycler pour les particuliers et les artisans.
Des matériaux à recycler pour les particuliers et les artisans. © Eric Bertand/Francetv

10 rampes de néons pour 15 euros, des vieux planchers en pin pour 2 euros, des portes, des fenêtres, du bois de charpente. C’est une vente très particulière qui se tenait ce samedi 8 mai 2021 sur le site de l’ancienne usine Bragard d’Epinal. Les bâtiments ne sont pas détruits mais déconstruits. Tous les matériaux réutilisables sont vendus dans une matériauthèque éphémère au profit de l’association de réinsertion AMI.

40 millions de tonnes de déchets par an

Selon la Fédération française du bâtiment, le secteur génère plus de 40 millions de tonnes de déchets par an dont plus de 90 % pour les travaux de déconstruction et de réhabilitation.
L'experience devrait servir de modèle pour être reproduite sur d’autres chantiers du BTP.

En plus de ces matériaux vendus à bas prix, d’autres vont servir à construire l’écoquartier qui va prendre la place de l’usine. Les poutres de charpente seront réutilisées, les murs concassés pour réaliser des bassins d’infiltration naturelle des eaux pluviales.

Christophe Baudon, un des responsables de l’entreprise Les constructeurs du bois qui dirige le chantier explique : "On travaille sur ce projet depuis sept ans. Dès le démarrage on s’est rapproché de l’Ecole d’architecture de Nancy et de l’Ecole d’ingénieurs bois d’Epinal. C’est un bâtiment ancien avec beaucoup de bois. On s’est dit qu’on allait essayer de le réemployer structurellement dans nos futurs bâtiments. Puis, avec l’Agglomération d’Epinal, on a voulu aller plus loin pour ne pas juste démolir mais déconstruire."

L'ancienne usine textile déconstruite plutôt que détruite.
L'ancienne usine textile déconstruite plutôt que détruite. © Eric Bertrand/Francetv

"L’enjeu est colossal", explique Annick Laurent, la déléguée à l’économie circulaire de la Communauté d’agglomération d’Epinal. "Sur notre territoire, c’est près de 500 000 tonnes de déchets par an qui sont issues de la déconstruction des bâtiments (…) Jusqu’à aujourd’hui, ces déchets partaient en enfouissement ou à l’incinération."

Bonnes affaires

Une vente qui fait la joie des enfants de Jean-Edouard. Avec ces matériaux, leur papa qu'ils accompagnent va pouvoir finir la cabane qu’il a entrepris de leur construire. Il explique  "j’en profite. On préfère éviter d’acheter du neuf. Autant utiliser de l’ancien tant qu’on peut."

Des bonnes affaires à faire.
Des bonnes affaires à faire. © Eric Bertrand/Francetv

Une deuxième journée de vente a lieu le 19 juin de 9h à 14h. Le catalogue des matériaux est disponible sur le site de l’Agglomération d’Epinal.

De l’ancienne usine textile à l’écoquartier

Henri Bragard confectionne sa première veste de travail en 1933 dans l’épicerie familiale de Saulxures-sur-Moselotte. Elle sera pour un artiste peintre. En 88 ans d’existence, l’entreprise se spécialise dans les vêtements de travail pour les professionnels de la restauration et de l'hôtellerie. En 1976, c’est l’apogée avec la collaboration de Paul Bocuse pour créer la veste grand chef.
Depuis 1966, Bragard était installée dans le quartier de la loge blanche au bord de la Moselle à Épinal. Des locaux devenus trop petits que l’entreprise quitte en 2013 pour rejoindre la zone industrielle de la Voivre.
Aujourd’hui, c’est tout un écoquartier qui est en train de voir le jour sur ce site historique, avec des logements sociaux, une pharmacie et une colocation étudiante.

 

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