ENTRETIEN. Bernard Minier, le maître du polar au Festival de Gérardmer

C’est l’un des auteurs les plus lus de France. L’écrivain à succès Bernard Minier préside le jury des courts métrages de la 31ᵉ édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer, jusqu’au 28 janvier 2024 dans les Vosges.

L’auteur de thrillers et de romans policiers se classe dans le Top 10 des auteurs français les plus lus du pays. Glacé, Le Cercle, La Vallée ou encore Un Œil dans la Nuit, les romans de Bernard Minier se sont vendus à plus de cinq millions d’exemplaires et sont traduits dans près de trente langues. Grand amateur (et fin connaisseur) du cinéma de genre et d’horreur, l’écrivain préside le jury des courts métrages de la 31ᵉ édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer (Vosges). Il nous livre son regard d’auteur et de cinéphile.

  • Quel est votre rapport au cinéma et à la littérature fantastique ?

Mes premières lectures, c'étaient les bandes dessinées belges Bob Morane, dans lesquelles il y a aussi de la science-fiction. Ensuite, vers l’âge douze ans, j’ai commencé à lire H. P. Lovecraft et je suis tombé sous le charme du roman fantastique Malpertuis, de Jean Ray. Côté films, Carrie au bal du diable de Brian De Palma ou Mad Max de George Miller, ont été des chocs absolus. Je joue beaucoup avec la peur dans mes romans, alors forcément, le cinéma fantastique est une grande source d’inspiration. Pour écrire mon onzième roman, Un œil dans la nuit, j’ai visionné pas loin de 200 films en moins de deux mois.

  • Les films d’horreur les plus terrifiants ?

Mon premier choc a été L'Exorciste de William Friedkin, que j’ai vu très jeune. Ensuite, dans un autre genre, le film d'horreur A Serbian Film de Srdjan Spasojevic est un truc épouvantable, ultra-gore. Plus récemment, Midsommar d’Ari Aster est un énorme coup de cœur. C’est un film d’une grande intelligence, très personnel, avec de grandes qualités visuelles, un genre que l’on appelle “Elevated horror” chez les cinéphiles. Tout se passe en plein soleil, pendant le solstice d’été en Suède. L’actrice Florence Pugh est lumineuse et le rythme est très réussi. Tout est suggéré et l’horreur vient quand on s’y attend le moins.

  • La meilleure adaptation de livre au cinéma ?

Dans le genre des thrillers, Le Silence des agneaux est difficilement dépassable. Le livre de Thomas Harris est un chef-d'œuvre et le film aussi. Anthony Hopkins est génial. Autrement, on ne le sait pas toujours, mais les films de Stanley Kubrick sont presque tous des adaptations. Pour Orange Mécanique, Barry Lyndon, Lolita, et évidemment Shining, il a trahi les livres ou les nouvelles pour mieux les adapter. Mais c’est tant mieux.

  • Qu'est-ce qui vous fait peur ?

Je ne suis pas spécialement peureux devant un film, je suis plutôt rodé à l'exercice avec les polars que j’écris. Ce qui me fait peur par contre, ce sont les directions que prend la société, ce qui va arriver aux prochaines générations. L’avenir est inquiétant, nos sociétés deviennent de plus en plus violentes. Les réseaux sociaux, le mal au quotidien, les gens qui font le mal en pensant faire le bien, les idéologies et les religions parfois, c’est plus effrayant que du cinéma.

  • Est-ce que les Vosges feraient un bon décor d’horreur ?

Je suis arrivé hier à Gérardmer, en plein brouillard, c’était le décor rêvé. Les forêts, la brume, les maisons isolées et les petites routes tortueuses. Ce territoire est très inspirant, j’ai d’ailleurs fini d’écrire mon polar Le Cercle, en 2012, dans un chalet dans les Vosges alsaciennes, au milieu des sapins.

Cette année à Gérardmer, Bernard Minier et les autres membres du jury des courts métrages doivent départager cinq réalisations en compétition. Prochain best-seller de l’auteur en vue, Les Effacées, qui paraîtra le 4 avril 2024.