Présidentielle 2022 : 4 questions à Michel Fournier, président de l’Association des maires ruraux, sur le vote RN en hausse dans les campagnes

Michel Fournier est président de l’AMRF (Association des maires ruraux de France). Maire des Voivres dans les Vosges, il connait bien les problématiques de ses administrés. Il nous livre son analyse sur le vote Rassemblement national en forte progression dans les villages mais aussi dans les villes moyennes.

Le vote Marine Le Pen en territoire rural est en forte hausse pour cette présidentielle, huit points de plus dans les Vosges par rapport à 2017, est-ce toujours le vote des oubliés ?

C’est le vote de ceux qui se sentent oubliés car on ne répond toujours pas à certaines questions essentielles qu’ils vivent au quotidien. La question de la mobilité et du coût des carburants est essentielle comme l’est celle du médecin de proximité, pour les habitants des campagnes, ça n’est plus supportable.

Pour le problème des déserts médicaux nous avons fait avec l’Association des maires ruraux de France (que Michel Fournier préside) cette proposition d’obliger les jeunes médecins à faire un stage dans un territoire rural ou périurbain mais cela a toujours été refusé par la profession. On rencontre des difficultés pour trouver des maîtres de stage avec des internes volontaires ! Certes, le président Macron a supprimé le numérus clausus (arrêté de septembre 2021), mais le temps de que les médecins soient formés cela ne répondra pas aux besoins des habitants de ces déserts médicaux. Cet ancrage du RN, ça me désole mais je ne suis pas surpris, je pensais à ce résultat.

Ces arguments suffisent-ils à expliquer le vote Le Pen dans les territoires ruraux car il y a des contradictions dans le vote comme vous le soulignez ?

A Contrexéville et Xertigny par exemple, Marine Le Pen est arrivée en tête (59,03% à Contrexéville et 57,34% à Xertigny). Pourtant¨, ces deux communes sont équipées de tous les services. Il y a des médecins, des commerces, des crèches, et les habitants ont pourtant voté en majorité pour le RN. Aux Voivres, ma commune, où j’ai été très bien réélu et mes administrés savent que je n’ai pas de sensibilité pour les extrêmes, et bien nous avons presque le pompon avec un score de 70,52 pour MLP, un vrai plébiscite. Nous n’avons pourtant pas de problème d’immigration.

J'ai essayé de comprendre ce qui pouvait expliquer ce vote. Ce que je remarque, c’est que beaucoup de gens qui travaillent dans ma commune sont au SMIC. Le potentiel fiscal de mes administrés est même le plus faible de toute la communauté d’agglomération. Ces gens font l’effort de travailler, de se déplacer et ils nourrissent un sentiment d’injustice face aux autres qui vivent chichement avec des minimas sociaux. C’est quelque chose dont on parle peu mais qui revient très souvent dans les discussions. Cette idée du RN qui dit que les aides vont aux étrangers et qui est fausse, c’est repris car il y a ce sentiment d’inégalité avec ceux qui bénéficient des minimas sociaux. C’est pour cela que j’ai du mal à comprendre cette levée de bouclier contre la proposition de Macron sur le RSA (conditionner le revenu de solidarité active à 15/20 heures d’activité hebdomadaire pour faciliter l’insertion professionnelle), cela aurait répondu à ce sentiment d’injustice.

La fracture n’a jamais été aussi grande entre villes et campagnes, cela s’exprime dans le vote RN. Selon vous, le président Macron n’a pas compris les habitants des campagnes ?

Sur cette carte on voit que les poches violettes où le chef de l'Etat arrive en tête, représentent principalement les villes : Epinal, Remiremont, Saint-Dié-des-Vosges, Gérardmer etc.

Quand un territoire urbain reçoit deux euros, le territoire rural en reçoit un, ça n’est plus acceptable

Michel Fournier, président de l'Association des maires ruraux de France

Pas que dans les campagnes, aussi dans les petites villes. C’est le cas à Golbey, l’une des villes des Vosges où il y a le plus de moyens. C’est bien qu’il y a un rejet de la politique Macron, sinon comme l’expliquer. Le président, je l’ai rencontré à plusieurs reprises. Avec lui, on est dans le système technocratique habituel. C’est de ça dont il faut sortir. Christian Poncelet disait souvent : "les gouvernements changent, la technocratie reste". C’est cette révolution là qu’il faut faire pour que les atouts des territoires ruraux soient enfin considérés.

Le gros problème, c’est également celui des dotations de l’état qui est totalement inégal car on prend en compte la population et pas l’espace. Quand un territoire urbain reçoit deux euros, le territoire rural en reçoit un, le rapport en donc de 1 sur 2, ça n’est plus acceptable, d’autant qu'on le voit bien, ce sont les territoires ruraux qui apportent des solutions sur la transition énergétique par exemple.

Qu’attendez-vous des législatives ?

J’ai vu qu’un premier sondage annonçait ce matin une large majorité pour LREM. Je ne pense pas que ce soit forcément une bonne chose pour travailler ensemble. Il faut coconstruire avec les autres sensibilités.

Nous avons toujours nos propositions de l'Association des maires ruraux de France pour les candidats, vingt propositions et dix engagements, les voici :

Présidentielle 2022 - AMR-1 - Copie by Cécile Boisson on Scribd

Pour conclure, je dirais que ce que veulent principalement les territoires ruraux, c'est la reconnaissance de la notion d'espace et de surface et que l'on sorte du prisme du nombre d'habitants.

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