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Procès Tapella : l'audience minute par minute en direct (dernier jour)

Me Koffi (au centre) et Me Belbachir (à gauche) face à Me Thuilliez dans la salle d'audience / © MAX PPP
Me Koffi (au centre) et Me Belbachir (à gauche) face à Me Thuilliez dans la salle d'audience / © MAX PPP

Suivez en direct les temps forts du procès de Jimmy Van Mullem, accusé d'avoir percuté volontairement, avec sa voiture, le gendarme Jeannick Tapella, sous l'emprise de la drogue, lors d'un contrôle routier près d'Arras, en juillet 2010.

Par Emmanuel Pall

Pour suivre ce direct, n'hésitez pas à rafraîchir régulièrement votre page en tapant la touche F5 de votre clavier. 

Aujourd'hui, cinquième et dernier jour du procès de Jimmy Van Mullem. Le verdict doit être rendu à 15H30. 

 

16h10 Fin de ce direct

Merci de l'avoir suivi toute cette semaine.

Procès Tapella : Jimmy Van Mullem condamné à 18 ans de prison


16h Réaction de Sylvie Tapella, veuve du gendarme au verdict

 

15h45. Verdict : 18 ans pour Jimmy Van Mullem, 2 ans pour Grégory D.

 

Les jurés ont finalement suivi les réquisitions de l'avocat général en infligeant une peine de prison de 18 ans à l’accusé principal Jimmy Van Mullem, reconnu coupable du meurtre de l’adjudant Jeannick Tapella et de tentative de meurtre sur le gendarme Julien Pauchet.

Son complice Grégory D. accusé de crime ou délit pour faire obstacle à la manifestation de la vérité est condamné à 2 de prison.

Ils ont dix jours pour faire appel. 

Pour rappel : les faits remontent au 19 juillet 2010, l’adjudant Jeannick Tapella était percuté, alors qu’il effectuait un contrôle routier à Thélus, par la voiture de Jimmy Van Mullem. L’adjudant Tapella décédait le 12 novembre de la même année.


15h06. Les jurés sont d'accord sur un verdict

La présidente sort de la salle d’audience, le verdict sera annoncé à 15h30. 



15h00. Salle des pas perdus


Le verdict n’est pas encore tombé. Deux policiers gardent la porte de la salle des délibérés. La famille Tapella n’est pas encore revenue près de la salle d’audience, encore fermée.

Quelques journalistes se replongent dans leurs notes. Les jurés délibèrent depuis midi. Des gendarmes en uniformes sont de retour, ainsi que la famille de l’accusé principal.


Midi, le jury se retire pour délibérer


Jimmy Van Mullem, par écrit, lu par la greffière : 

"Je tiens à vous dire que je vous ai raconté la vérité. J'ai honte de moi, honte d'avoir été inconscient, lâche irresponsable. Je n'ai jamais voulu ôter la vie à qui que ce soit. Dans cet accident j'aurais préféré perdre la vie. Si je suis encore vivant, c'est uniquement pour ma famille. (...) Ma vie ne sera plus jamais la même"


Me Kouamé Koffi : "Mon sentiment est clair, Jimmy Van Mullem mérite une sanction car il a commis une faute grave et la famille doit être reconnue comme une victime. Il s'est comporté comme un imbécile il doit en payer le prix mais pas le prix demandé par l'avocat général. 

Il aurait pu s'arrêter mais pour un homme dans des conditions normales.

Vous avez dit, il manquait une seconde, s'adresse-t-il à l'avocat général, mais là, ils avaient consommé des stupéfiants pendant quatre jours. 







11h50 Acquittement plaidé sur la tentative de meurtre


Me Kouamé Koffi remet maintenant en cause les conditions de sécurité dans lesquelles ont été effectuées le contrôle routier organisé par l'adjudant Tapella, avant de s'attaquer à l'intention de Jimmy Van Mullem de tuer Julien Pauchet. Inexistante selon lui, notamment par la nécessité du conducteur de redresser vers la gauche son véhicule après avoir percuté l'adjudant Tapella.

Si vous avez le moindre doute il doit bénéficier à l'accusé, mesdames messieurs les jurés. Mais ici il n'y a pas le moindre doute...


Je plaide donc l'acquittement à l'égard de la tentative de meurtre sur M. Pauchet.  


10h50 Plaidoirie de la défense de Jimmy Van Mullem


Me Kouamé Koffi : J'hérite de ce dossier dont dès la saisine, j'ai compris la délicatesse de ma mission. Cette conviction est confirmée sinon renforcée par les plaidoiries des parties civiles et les réquisitions de l'avocat général. J'ai été très surpris par les messages très poignants de Thomas et de sa mère.

Je regarde tous ses collègues de travail de tous les jours ils attendent des réponses de la part de la justice. Il y a aussi des attentes de l'opinion publique qui veut savoir ce qui s'est passé. Est-ce que justice lui a été rendu ? Et est-ce que des gens comme Van Mullem doivent continuer de conduire ? On va rechercher quoi ?

Une répression expiatoire et exemplaire ? Non, je reste intimement convaincu que vous allez rendre une décision sereine, on ne peut pas se laisser emporter par l'émotion.


Je comprends l'émotion que cette affaire suscite malheureusement on ne juge pas l'émotion, on juge au travers des faits.

Van Mullem a été présenté comme quelqu'un de malfaisant comme quelqu'un qui cherche à fuir les gendarmes, un hors-la-loi. 

Il a commis une faute, il doit payer, mais ce n'est pas quelqu'un de perdu totalement pour la vie.


Tout a été dit sur lui, un inhumain, moi je voudrais donner une image moins diabolique de M. Van Mullem. Et pour cela je voudrais lire une lettre qu'il a écrite le 3 sept 2010 à l'adresse de Mme Sylvie et M. l'adjudant Tapella.

"Madame, Monsieur,
Je suis incarcéré et je ne cesse de penser à cet accident qui n'aurait jamais dû se passer. Je ne vous envoie pas ce courrier pour alléger ma punition mais pour enlever un poids énorme sur ma conscience. A plusieurs reprises, j'ai demandé de vos nouvelles mais je n'ai reçu aucune réponse.  (...) Sachez néanmoins que je n'ai jamais voulu la mort d'un homme. (...) Je suis désolé de l'acte de lâcheté que j'ai fait en m'enfuyant. (...)"

 

Hier, j'ai trouvé quelqu'un de totalement effondré, en pleurs qui se demandait comment il aurait réagi à la place de Thomas, le fils de Jeannick Tapella.


Là, c'est quelqu'un qui a compris, qui se met à la place de l'autre.
 

Thomas Tapella / © MaxPPP
Thomas Tapella / © MaxPPP



Aujourd'hui, mon client est poursuivi pour homicide volontaire et pour tentative d'homicide. Je me suis interrogé sur l'opportunité de ces poursuites et la réponse m'a été donné rapidement écoutez si vous saviez le nombre d'appels que j'ai reçus de la Chancellerie. Et j'ai compris cette qualification...

Au mois de juillet 2010, le hasard a voulu que les faits sont concommittents à deux événements : le 16 juillet 2010 en Isère, une fusillade avec la police. Et le 18 juillet dans le Loir-et-Cher, une cinquantaine de personnes prenant d'assaut une gendarmerie.

Conséquence : discours sécuritaire de l'ancien président de la République... Je replace dans le contexte de l'époque, c'est mon sentiment, ma réflexion !

(...)


10h25 Plaidoirie de la défense de M. Grégory D. 


Me Mohamed Belbachir, avocat de Grégory D. : "Très perturbant de se retrouver devant les assises pour un délit connexe... Que cela soit clair, il faut que vous ne doutiez pas de votre intime conviction pour forger le délibéré. Les faits avérés : un véhicule impropre à la circulation, 144 km/h, taux d'amphétamines certain (...) 

L'histoire de Grégory D. commence à 17h44 quand il reçoit ce SMS, explique l'avocat : "Trouve vite une voiture". Il le lit vers 18h00 alors qu'il se repose car il était sous amphétamines et après, vient la décision de partir à Combles, dans la Somme (1). On le met au pied du mur. Il se retrouve pris dans l'engrenage. C'est plus tard, en fin de journée, quand il prend conscience de l'affaire, moins sous l'effet de la drogue, qu'il veut voir sa soeur, pour qu'elle le conseille sur la conduite à tenir. Il dira "si j'avais vu ma soeur, elle m'aurait forcément dit ne te mêle pas à ça, ce n'est pas toi qui conduisait". Trop tard selon Me Belbachir, il est dans l'engrenage. 

"Quelle a été l'implication de Grégory D. pour empêcher les enquêteurs de faire leur travail ?"
(...) On se retrouve à Combles dans une casse avec des "pieds nickelés" qui enlève une plaque d'immatriculation et la mette dans le coffre ouvert d'une autre voiture à côté. Sans enlever la plaque d'immatriculation arrière. Je croyais que les amphétamines amélioraient les capacités...

Et l'avocat : je n'apprécie pas l'interprétation d'un sourire de Grégory D. par l'accusation comme un manque d'empathie, à l'issue du témoignage de Mme Tapella et de son fils Thomas. 
 

Finalement, l'avocat général requiert contre Grégory D. : 2 à 3 ans de prison. Et requiert contre Jimmy Van Mullem : 18 à 20 ans de réclusion criminelle


Sur la tentative de meurtre contre M. Pauchet : 

Un effet ricochet qui me paraît justifié. Si vous frappez quelqu'un avec votre poing et qu'une deuxième personne prend ensuite le coup. On va dire - avec raison - que vous avez voulu frapper deux personnes.

Car au départ l'intention de frapper est volontaire. Donc par ricochet, il y a tentative de meurtre sur M. Pauchet.


"S'il tue un gendarme, il peut en tuer un autre. C'est une attitude meurtrière

"C'est là aussi qu'on voit que la voiture peut être une arme tout aussi efficace qu'un couteau, un fusil, une arme de poing."

"Cette version elle est confirmée par les effets du speed dont on dit qu'il peut porter à faire du gymkhana. Un gymkhana dont on aurait préféré qu'il se fasse de gauche à droite et non l'inverse." 


Sur l'intention de tuer :

L'avocat général entend démontrer que Jimmy Van Mullem a eu l'intention de tuer Jeannick Tapella. Il parle des polos bleus ciel des gendarmes visibles sous le pont. De la déclaration de Jimmy Van Mullem qui disait voir "une silhouette voulant le verbaliser". Donc un gendarme ! Il y avait aussi le véhicule d'un contrevenant garé, très visible.

Il peut s'arrêter. Le conducteur qui roulait derrière lui n'a pas vu de feux stop. De plus, il avait 10 mètres pour s'arrêter. Il est conscient qu'il aurait pu - dû - piler ! En tout cas il n'y a pas de gomme sur la route.

Jimmy le hors la loi, invincible avec son speed, il a été surpris par les gendarmes Tapella et Pauchet. Et c'est là, les quelques secondes meurtrières, là que je vois l'intention de tuer. Il s'est déporté sur la droite, et a redressé ensuite à gauche et il a fui. 


 



Sur les déclarations de Jimmy Van Mullem : 

"Je crois que quand il a compris l'enjeu des années d'emprisonnement, il a reconnu les faits mais, il a dit je n'ai pas fait exprès". Et, sur le pare-brise sale, sur l'éblouissement à cause du soleil, l'avocat général remet en cause les explications de Jimmy Van Mullem. (...) Sur les gendarmes qu'il appelle schtroumpfs, c'est un peu plus que de l'humour décalé, c'est un état d'esprit

Sur la drogue au volant : 

Les amphétamines qui provoquent un comportement irrationnel, une prise de risque, je crois que c'est pas quelqu'un d'endormi et de shooté qui est au volant"

C'était un peu la chronique d'une mort annoncée, c'était un peu la roulette russe, soit la balle tue soit j'ai de la chance... 


9h30 Un réquisitoire à charge

L'avocat général répond aux questions que peuvent se poser les jurés :
Oui, selon l'avocat général c'est la "collision avec la voiture de M. Van Mullem a provoqué le décès de Jeannick Tapella".

Oui, la section de recherche de la gendarmerie est indépendante des brigades territoriales. "L'enquête a été approfondie sérieuse et a été contrôlée".

Sur le lieu du contrôle de vitesse. "Oui, à cet endroit là des contrôles pédagogiques, des contrôles répressifs sont utiles"

Oui dire que l'adjudant Tapella s'est suicidé, comme l'a écrit Jimmy Van Mullem, c'est insultant pour la mémoire du gendarme Tapella.

 

L'avocat général au procès de Jimmy Van Mullem, accusé d'avoir volontairement tué Jeannick Tapella en juillet 2010 / © MAXPPP
L'avocat général au procès de Jimmy Van Mullem, accusé d'avoir volontairement tué Jeannick Tapella en juillet 2010 / © MAXPPP


9h00 L'audience reprend


Réquisitions de l'avocat général : "Mon rôle d'avocat général je le dis d'emblée ma position sera de soutenir les charges d'homicide volontaire à l'encontre de l'accusé. 

Mes premiers mots iront pour la famille Tapella et Jeannick, l'adjudant Tapella dont on dit qu'il a regard aiguisé sur l'accidentologie. Collègue apprécié, courageux qui ne laissait pas ses gars seuls. 

Par son action, l'adjudant Tapella à sans doute sauvé des vies et peut-être la vôtre M. Van Mullem"

 

Maintenant nous allons dans un autre monde celui d'enfants perdus qui se rassemblent chez Grégory D. dans la fête défonce, des voitures pourries, de la vitesse et du mépris de la loi...


 Chez Grégory D. il y a l'absence d'un père - chez M. Van Mullem aussi - mais je crois que c'est plus des traits psychopathiques que des personnalités psychopathiques. L'expert note qu'il n'y a pas d'empathie pour la victime et qu'il risque de provoquer d'autres infractions pénales... C'est aussi un vendeur de stupéfiants qui ne respecte pas son contrôle judiciaire. 

Je serai plus long sur M. Van Mullem : c'est cette blessure d'enfance sur l'origine de son père et il va considérer son beau-père comme son vrai père. Le compagnon de sa maman est violent. Il est affecté par son bégaiement qui entraîne des moqueries alors que c'est un garçon intelligent. C'est quelqu'un qui se dit "facho et raciste" mais je crois que c'est le problème de son identité - lui qui a une peau légèrement colorée - qu'il manifeste dans des propos inquiétants. 

Quelqu'un de dépendant aux stupéfiants. Un personnage avec deux facettes : séduisant gentil prévenant, c'est aussi le revendeur de stupéfiants, celui qui ne veut pas qu'on se mette en travers de son chemin.

 

Un fou du volant au casier judiciaire étoffé : circulation routière, stupéfiants et (...) qui arrange la réalité à sa sauce.







 

(1) C'est à Combles que les trois accusés se sont rendus, dans une casse automobile, pour abandonner le véhicule avec lequel Jimmy Van Mullem a tué Jeannick Tapella

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