RC Lens : sans les 4 millions de Mammadov, quel scénario pour la suite de la saison ?

Gervais Martel et Hafiz Mammadov à Monaco en mars dernier. / © MaxPPP
Gervais Martel et Hafiz Mammadov à Monaco en mars dernier. / © MaxPPP

Le marché des transferts est officiellement clos depuis lundi sans que le RC Lens n'ait pu effectuer le moindre recrutement, car les 4 millions d'euros, promis au CNOSF et à la DNCG par l'actionnaire majoritaire Hafiz Mammadov, ne sont toujours pas arrivés...  

Par Yann Fossurier

Seuls les plus optimistes des supporters lensois y croyaient encore mais le communiqué du club, laconique, est tombé lundi soir, quelques heures avant la clôture du marché des transferts : "Le Racing Club de Lens n’a pas pu effectuer de recrutement lors du mercato estival dans la mesure où l’actionnaire de référence n’a pas, pour l’instant, exécuté le transfert de fonds initialement convenu", peut-on lire sur le site internet des Sang et Or. "Cette situation devrait se clarifier dans les prochains jours et permettre ainsi au RCL de recruter un joker et des joueurs libres afin de renforcer l’actuel effectif sang et or."

Cela fait plus de deux mois déjà que Gervais Martel, le président lensois, assure à qui veut l'entendre qu'il va "clarifier la situation". Méthode Coué ou grand bluff ? Fin juillet, après la réintégration du club en Ligue 1 par le CNOSF, il affirmait sans sourciller que l'actionnaire majoritaire, l'Azerbaïdjanais Hafiz Mammadov, "a mouillé le maillot en amenant du cash",  promettant le recrutement de "quatre ou cinq joueurs de qualité". "Recruter ? Ce n’est pas une possibilité, c’est une certitude", jurait-il encore après le premier match de la saison contre Nantes. "Les affaires vont se régler dans les jours qui viennent". "Je suis l’actionnaire majoritaire de Lens et je continuerai avec le club", déclarait de son côté, le 13 août, Hafiz Mammadov dans une interview à un site sportif azerbaïdjanais, Stadium.az. "Cette semaine, j’ai la volonté de faire taire toutes les accusations". On sait ce qu'il en est aujourd'hui...

De l'eau dans le gaz entre Martel et Mammadov ?

Si le CNOSF a choisi de réintégrer Lens en Ligue 1 - contre l'avis de la DNCG, le gendarme financier du foot français - c'est sur la base d'une promesse de Mammadov de verser immédiatement 4 millions d'euros. Cette somme tardant à arriver, la DNCG a donc interdit les Sang et Or de recrutement tant que cette promesse n'était pas tenue. Elle ne l'a pas été. Pourquoi Hafiz Mammadov n'a-t-il pas versé cet argent ?

Gervais Martel lâché par son actionnaire ? / © MaxPPP
Gervais Martel lâché par son actionnaire ? / © MaxPPP

En Azerbaïdjan, la presse locale évoque depuis des mois des désaccords entre l'actionnaire et le président lensois. Début juillet, alors que la DNCG venait de rétrograder provisoirement le Racing en Ligue 2, Mammadov avait transmis un communiqué furibard au journal L'Equipe. "Au regard des événements survenus au RC Lens, je suis convaincu de procéder à des changements au sein du management, changements qui seront annoncés très prochainement. A ce stade, en qualité d’actionnaire majoritaire et de sponsor majeur du club, je ne ressens pas que mes intérêts soient bien préservés ou bien promus". Là encore, rien ne s'est passé. "Hafiz Mammadov est très vexé", avait justifié quelques jours plus tard Gervais Martel. "Il estime qu’il a donné 20 millions d’euros l’an passé, qu’il a prouvé sa crédibilité. Du coup, il a décidé de ne pas les verser en avance et plutôt de les virer petit à petit tout au long de la saison".
Les deux hommes - qui aimaient jusqu'ici afficher leur complicité - sont-ils désormais brouillés ? "Il faut savoir qu'il y a un complot interne au sein du club pour des enjeux de pouvoir, manipulé par Hafiz Mammadov", accuse Guy Delcourt, l'ancien député-maire socialiste de Lens sur son compte Twitter. "Gervais Martel est la cible". Des propos qu'il a répétés à lensois.com ce mardi. "Il y a des réunions confidentielles entre Hafiz Mammadov et des collaborateurs de Gervais Martel. Pour le reste, je ne peux en dire plus". Lundi, le site azerbaïdjanais Sportinfo.az assurait que les 4 millions d'euros avaient bien été versés et qu'Hafiz Mammadov ne comprenait pas pourquoi l'interdiction de recruter n'avait pas été levée. "Des inspections seront effectuées dans la seconde moitié de septembre et Martel va chercher un nouvel emploi​", affirme ce média qui relaie des informations parfois fantaisistes sur le club artésien. Mais il se peut que lui aussi soit manipulé par certaines sources soit disant "proches du dossier"...

Quelle est la situation financière réelle de Mammadov ?

Mais la question centrale autour de cette affaire reste la situation financière réelle d'Hafiz Mammadov. L'homme d'affaires azerbaïdjanais - que l'on disait jusqu'ici milliardaire -  a-t-il encore les moyens d'investir et de transférer des fonds à l'étranger ? On peut en douter car le Racing Club de Lens n'est pas le seul à attendre les sous de Mammadov. De l'autre côté de la Manche, le club anglais de Sheffield Wednesday (2e division) devait être racheté en juin par l'actionnaire majoritaire des Sang et Or, mais l'argent n'est toujours pas arrivé... comme Gervais Martel, Milan Mandaric, l'actuel propriétaire, a joué la montre tout l'été mais il exprime désormais clairement sa lassitude. "Je n'accorde plus beaucoup d'importance à tout cela en ce moment", a-t-il déclaré dans une vidéo postée vendredi dernier sur le site internet de Sheffield Wednesday. "Si M.Mammadov franchit la ligne, tant mieux, s'il ne la franchit pas, on se penchera sur d'autres options".

Milan Mandaric, président de Sheffield Wednesday, attend lui aussi les sous de Mammadov. / © MaxPPP
Milan Mandaric, président de Sheffield Wednesday, attend lui aussi les sous de Mammadov. / © MaxPPP

"On sait par le ministère des affaires étrangères que Mammadov est en grande difficulté dans son pays et que ses sociétés se portent très mal", décrypte Guy Delcourt, l'ex-maire de Lens, ce mardi, dans une interview à France Football. "Ça, Gervais Martel le sait aussi. Sur le plan financier, M. Mammadov n’est pas celui que l’on nous a présenté. Ses relations avec le pouvoir azerbaïdjanais se sont profondément dégradées. La banque dont sa famille est propriétaire se trouve dans une situation financière compliquée. Tout cela n’est pas très sérieux. On nous disait que M. Mammadov était très proche du président de la République d’Azerbaïdjan, qu’il était même son beau-frère… Je ne vous en dirai pas plus, mais ce n’est pas le sentiment que ça a donné lors de la visite officielle de François Hollande en Azerbaïdjan en mai dernier, à laquelle Gervais Martel était convié."

Gervais Martel avait accompagné François Hollande, en mai, lors de sa visite officielle en Azerbaïdjan. / © Présidence de la République
Gervais Martel avait accompagné François Hollande, en mai, lors de sa visite officielle en Azerbaïdjan. / © Présidence de la République

La semaine dernière, l'émission Canal Football Club (Canal +) affirmait que Gervais Martel tentait d'obtenir les fameux 4 millions, non plus auprès de son actionnaire majoritaire, mais directement auprès de l'Etat azerbaïdjanais... s'il se confirme que les finances de Mammadov sont bel et bien à sec - ou même simplement "gelées" -, ce serait en tout cas une très mauvaise nouvelle pour le club, Car en plus des 4 millions qui devaient être versés avant la fin du mercato, l'homme d'affaires s'était aussi engagé à remettre 14 millions d'euros dans les caisses du RCL en janvier. Ces 18 millions d'euros au total - soit près de 40% du budget du club ! - sont donc pour le moment totalement virtuels. "Lens ira-t-il au bout de la saison ? Je ne le crois pas, malheureusement", prophétisait le 12 août dernier Richard Olivier, le président de la DNCG, qui avait refusé l'accession des Sang et Or en Ligue 1, en raison des finances qu'il jugeait trop fragiles . Lens risque-t-il le désormais dépôt de bilan ? "De toute manière, le club doit survivre, trop d'enjeux financiers", estime Guy Delcourt sur Twitter, assurant qu'il s'active "discrètement" de son côté pour tenter de trouver une solution, comme Jean-Louis Borloo l'a fait avec le VAFC. "Il ne faut pas oublier ce que cela induit derrière", rappelle l'ancien maire à lensois.com. "Car je rappelle qu’avec les travaux de Bollaert, la région se trouve avec 75 millions d’euros sur les bras. Et que fera la ville, à qui appartient ce stade, si tout s’écroule ?"

Quelles conséquences sur la pelouse ?    

Depuis que le RC Lens a gagné son ticket pour la Ligue 1, l'entraîneur, Antoine Kombouaré, a toujours martelé qu'il fallait absolument recruter. "Il ne faudra pas repartir avec la même équipe", expliquait-il, dès la fin mai, sur le site internet du club. "Il faut renforcer le groupe pour avoir une belle équipe. C’est dans l’intérêt de tous ! Je ne veux pas jouer le maintien ! L’objectif sera de jouer au moins la 10e place !" Depuis, le Kanak semble avoir revu ses ambitions à la baisse, mais jeudi dernier, en conférence de presse, il disait croire encore en l'arrivée des 4 millions promis par Mammadov. 

Antoine Kombouaré va devoir faire avec les moyens du bord. / © MaxPPP
Antoine Kombouaré va devoir faire avec les moyens du bord. / © MaxPPP

Sportivement, l'effectif actuel a prouvé qu'il avait tout à fait le niveau pour évoluer en Ligue 1, notamment après les deux belles victoires à Lyon (0-1) et contre Reims (4-2). Mais tiendra-t-il le rythme sur la durée de la saison ? Antoine Kombouaré s'inquiète de n'avoir que 19 joueurs de champ disponibles, car en cas de blessures, la marge de manoeuvre sera limitée. Selon lensois.com, le coach aurait déjà interdit les tacles à l'entraînement pour éviter tout pépin.

Trois recrues potentielles étaient en "stand-by" pour rejoindre les Sang et Or : gardien italien Gianluca Curci, le défenseur reimois Christopher Glombart et le Camerounais Landry N'Guemo qui s'est entraîné la semaine dernière avec ses (ex ?) futures équipiers. Malgré la clôture du marché des transferts lundi, le RC Lens peut encore théoriquement recruter un "joker" et des joueurs sans club, libres de tout contrat. Mais à une condition : que les 4 millions de Mammadov soient enfin versés et que la DNCG lève l'interdiction de recrutement... bref, on en revient toujours au même point. A l'heure actuelle, Lens ne peut même pas prolonger certains de ses joueurs arrivés en fin de contrat, comme Alaeddine Yahia, Benjamin Boulanger et Samuel Atrous

Le coup de gueule des supporters

Ce mardi, un collectif de supporters lensois interpelle le président Gervais Martel dans une lettre ouverte intitulée "Sang et (M)OR(T)" : "Monsieur Martel, l’heure est très grave tant le mécontentement est grand. Sachez que nous serons toujours derrière les joueurs, car eux aussi souffrent de la gestion hasardeuse des différents dossiers (stade, recrutement et staff), et ils sont irréprochables. Mais votre silence sonne comme une confirmation devant les craintes de chaque supporter: notre club est à l’agonie sur bien des points et vous ne réagissez pas !"

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus