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Trésor gaulois de Pas-en-Artois : l'inventeur livre sa version des faits

Alors que la polémique enfle au sujet du trésor gaulois des Atrébates, découvert il y a 4 ans dans une propriété privée de Pas-en-Artois, son inventeur, excédé, nous a contactés pour livrer sa version des faits et se défendre des accusations de pillage archéologique.  
Les objets gaulois en or, encore enfouis dans le sol, au moment de leur découverte à Pas-en-Artois.
Les objets gaulois en or, encore enfouis dans le sol, au moment de leur découverte à Pas-en-Artois. © Trésor des Atrébates
L'inventeur du trésor des Atrébates à Pas-en-Artois (Pas-de-Calais) nous a contactés ce mardi via son compte Facebook (le compte a été désactivé peu de temps après la parution de cet article NDR) pour faire valoir sa version des faits. L'homme - qui souhaite rester anonyme - entend surtout se défendre de toute accusation de "pillage archéologique". Car depuis quelques jours, la polémique enfle. Tout commence il y a deux semaines, lorsque le Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, en région parisienne, lance un appel aux dons pour rassembler 400 000 euros afin d'acquérir un exceptionnel trésor gaulois découvert en 2011, à Pas-en-Artois, dans le sud du Pas-de-Calais. Ce trésor attribué à la tribu des Atrébates date du II-Ier siècle avant J.C.. Composé de 42 pièces, principalement des parures en or, il est "considéré comme l'une des découvertes majeures de toute l'histoire de l'archéologie gauloise", selon le musée. Sa valeur est estimée à 800 000 euros et l'Etat est déjà prêt à débourser la moitié de la somme pour l'acquérir. Car ce trésor appartient à des particuliers : le propriétaire du site et la personne qui l'a découvert (ils doivent donc se partager la somme). Rapidement, des doutes s'élèvent au sein de la communauté archéologique, relayés par l'association Halte au Pillage du Patrimoine Archéologique et Historique (HAPPAH), qui adresse une lettre à la Ministre de la Culture, Fleur Pellerin. "Les doutes qui planent sur le possible achat d'un butin de pillage archéologique par un grand musée national nous semblent inacceptables", s'indigne-t-elle. Sur la base de photos et de vidéos circulant sur internet, l'inventeur est soupçonné d'avoir utilisé un détecteur de métaux et d'avoir creusé lui-même le sol pour dénicher ce trésor. Ce que la loi interdit, sauf autorisation.

Photo de la découverte du trésor prise par l'inventeur.
Photo de la découverte du trésor prise par l'inventeur. © DR

Ce mardi, dans le courriel qu'il nous adresse, l'inventeur du Trésor des Atrébates se dit "assez remonté de la tournure que prend cette affaire, due essentiellement au silence des autorités, et des attaques de l'association de halte aux pillages". Première rectification de sa part, la découverte ne remonterait pas à 2011, comme indiqué par le Musée d'Archéologie nationale, mais au 24 septembre 2010. "Je randonnais sur le chemin communal de Gaudiempré qui traverse le bois de Pas-en-Artois", nous raconte-t-il. "Je suis remonté à travers ce bois, et c'est en remontant un talus que j'ai aperçu un morceau de tôle froissée. Je me suis dit : "encore une cochonnerie balancée dans un bois". En la prenant, j'ai vu un petit bout de tube qui dépassait, j'ai donc commencé à dégager l'ensemble de joncs et tampons qui semblait pour moi être du cuivre. C'est alors qu'en prenant une poignée de terre des bagues et des anneaux sont apparus. J'ai emmené le tout chez moi pour les mettre en sécurité."

L'homme dit avoir appelé dans l'après-midi la Direction régionale des Affaires Culturelles (DRAC), compétente en matière de recherches archéologiques. "Le lundi 27 septembre, le responsable du SRA (Service Régional d'Archéologie NDR) d'Arras est venu chez moi constater la présence des objets, et un rendez-vous a été conclu entre le propriétaire Monsieur de Pas, les archéologues de la DRAC de Lille, et moi même, pour vérifier sur le site", nous explique-t-il. "La rencontre a eu lieu début octobre, en présence du responsable de la DRAC de Lille, le responsable du SRA d'Arras et de deux autres archéologues ainsi que le garde chasse de Monsieur de Pas. La chasse était ouverte et la présence de 4 personnes en veste fluo a aiguisé la curiosité des chasseurs. La décision a donc été prise d'excaver les objets restant par mesure de sécurité. J'ai donc fait cette vidéo et ces photos, montrant le responsable du SRA excaver les objets comme il pu, la nuit tombant." (la vidéo mise en ligne sur Youtube a été retirée quelques jours après la parution de cet article NDR).

Vidéo trésor Artébates

Lundi, lors d'une interview effectuée par une de nos équipes, Marie-Thérèse Le Mesre de Pas, l'épouse du propriétaire, accusait l'inventeur du trésor d'être entré sans leur autorisation sur leur propriété et d'avoir utilisé un détecteur de métaux. "On suppose que la personne qui l'a trouvé cherchait plutôt des vestiges de la guerre de 14", nous avait-elle confié. "En aucun cas, il n'y a eu utilisation de détecteur de métaux", répond l'intéressé. "Et le trou visible sur les photos est bien l’œuvre des archéologues", répète-t-il. "Ce trésor a été déclaré découverte fortuite selon la loi, par le Préfet du Pas-de-Calais. Pendant deux ans, il a été étudié par le docteur Barbara Armbruster (chercheuse au laboratoire TRACES de l'Université Jean Jaurès de Toulouse NDR), spécialiste des parures antiques qui nous remis un rapport complet sur ses recherches. Ce trésor a fait l'objet de plusieurs réunions avec les représentants de l'Etat, M. Pierre de Pas (le fils du comte Hubert Le Mesre de Pas, propriétaire de la parcelle NDR) et moi-même. L'an dernier, Monsieur de Pas et moi-même avons signé un accord de cessation au musée de Saint-Germain-en-Laye. A aucun moment, il n'y a eu d'arrangement avec les services de l'Etat pour ce trésor déclaré Trésor National. Comme vous le voyez, nous sommes très loin de l'étiquette de pilleur que l'on veut me coller".

Désormais, l'inventeur du Trésor des Atrébates espère que la Ministre de la Culture, Fleur Pellerin, "communiquera dans ce sens, ces jours prochains, pour éteindre ces polémiques malsaines". Lundi, nous avions contacté la DRAC qui avait refusé de s'exprimer sur le sujet.
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