RC Lens / Mammadov : Gervais Martel repousse encore d'un mois l'échéance

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Écrit par YF

Après avoir promis du neuf pour la mi-mars, le président du RC Lens, Gervais Martel, repousse encore l'échéance concernant l'arrivée des 14 millions qu'Hafiz Mammadov, le propriétaire du club, devait injecter début 2015. "On l'espère pour courant ou fin avril", assure-t-il désormais.

"L'affaire doit être réglée avant la mi-mars", affirmait il y a quelques semaines Gervais Martel dans une longue interview accordée à But! Lens. "Je dois préparer mes budgets et les envoyer à la DNCG. Je dois travailler sur toutes les solutions, si on est en Ligue 1 et très vraisemblablement en Ligue 2. (...) Première solution : miracle, Hafiz Mammadov paye. Deuxième solution : quelqu’un d’Azerbaïdjan prend sa place avec tous les éléments chiffrés que j’ai donnés là-bas, c’est-à-dire qu’il arrive avec les 14 millions d'euros plus les besoins pour la saison prochaine si on est en Ligue 1 et des besoins supplémentaires si on est en Ligue 2. Troisième solution : Hafiz Mammadov rend ses parts et à nous de faire entrer quelqu’un qui prendra 100% du club et qui assumera ce que je viens de vous dire en trésorerie."

A l'évidence, aucune des trois solutions avancées ne s'est concrétisée à ce jour. "C'est toujours possible", assure ce dimanche le président du RC Lens dans Ies colonnes de La Voix du Nord. "Pour l'instant, on travaille sur le versement de l'argent attendu en début d'année (les fameux 14 millions d'euros qu'Hafiz Mammadov devait injecter début janvier NDR). On l'espère pour courant ou fin avril"

"Si l'argent arrive, il arrivera via Baghlan Group"

Gervais Martel repousse donc encore une fois l'échéance et - plus étonnant encore - semble s'en remettre de nouveau à son actionnaire azerbaïdjanais, Hafiz Mammadov, auquel il demandait pourtant il y a peu de "rendre ses parts" dans le club. "Si l'argent arrive, il arrivera via Baghlan Group (le groupe dirigé par Mammadov actionnaire à 99.99% de RCL Holding qui détient le RC Lens NDR), ce qui a toujours été le cas, contrairement à ce que j'ai pu lire", affirme-t-il ce dimanche dans La Voix du Nord. "Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu parfois du soutien ou de l'aide".

Le patron des Sang et Or fait référence ici aux propos du sénateur André Reichardt, président du groupe interparlementaire d'amitié France-Caucase pour l'Azerbaïdjan que nous avons relayés mercredi dernier sur notre site. Selon cet élu UMP, fin connaisseur du pays, l'Etat azerbaïdjanais serait intervenu directement pour aider financièrement le RC Lens, face aux difficultés rencontrées par son actionnaire. "L'Etat d'Azerbaïdjan est intervenu à deux reprises", nous avait confié André Reichardt. "Il y a eu deux versements : un premier de 7 millions d'euros et un second de 3 millions. Il s'agissait de sauver les meubles à titre gracieux. Mais maintenant, ce n'est plus possible. C'est ce que m'a dit l'ambassadeur d'Azerbaïdjan en France​. L'Etat d'Azerbaïdjan souhaite désormais que des solutions soient trouvées entre les personnes impliquées dans cette affaire privée​". "Tout ce qu'on sait, c'est que l'argent est arrivé mais on ne sait pas d'où il vient...", nous a également déclaré Patrick Kanner, au sujet des précédents versements. Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports fait partie des personnes qui suivent très attentivement ce dossier.

Mammadov ne lâche rien pour l'instant

Gervais Martel compte-t-il encore sur un retour en grâce de son actionnaire et associé azerbaïdjanais ? "S'il n'a pas les solutions, il ne va pas nous emmener tous au cimetière", estimait pourtant le président lensois, le 2 mars dernier, dans une interview à L'Equipe. "Il a été le sauveur du club mais on ne peut pas vivre sur le passé. Je ne vois pas son intérêt à s'accrocher. (...) Il a tout perdu de toute façon. Si le club est cédé, ce sera pour 1 euro symbolique. Il doit comprendre qu'on est au bord du précipice et qu'on doit s'en sortir. Avec l'image qu'il a depuis six mois, c'est un moyen pour lui de dire : désolé je n'ai pas pu, maintenant je sors. C'est l'intérêt général." Hafiz Mammadov, on le sait, a beaucoup perdu depuis un an. En décembre 2013, son entreprise, le Baghlan Group, s'est retrouvé en défaut de paiement, faute d'avoir pu rembourser une échéance sur un emprunt obligataire de 150 millions de dollars (138 millions d'euros) contracté auprès de la BNP Paribas et de la Pasha Bank, un établissement détenu par la belle-famille du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev. Longtemps inactif, le site internet du groupe n'est plus mis à jour depuis fin 2013. L'homme d'affaires a perdu ses actifs dans de nombreux secteurs (exploitation d'hydrocarbures, construction, bâtiment, transports). En mai 2014, il a même été éjecté de la Bank of Azerbaijan, un établissement privé qu'il détenait avec sa famille et qui s'est retrouvé lui aussi en faillite. Le FC Bakou, son autre club de foot, est en quasi-cessation de paiement, incapable d'honorer ses salaires, ses factures et ses impôts, ce qui lui a valu d'être inscrit sur la liste noire du fisc azerbaïdjanais

Difficile dans ce contexte d'imaginer un possible sursaut d'Hafiz Mammadov dans un délai aussi court. L'homme d'affaires reste pourtant combatif et ne désarme pas. Invisible pendant des mois dans son pays, il a fait une réapparition publique remarquée le 6 mars dernier lors du comité exécutif de la fédération azerbaïdjanais de football. Sous les micros des journalistes, il s'en est pris à l'armateur azerbaïdjanais Mübariz Mansimov qui lui devrait 8 millions de dollars (7.5 millions d'euros) et a tenté de mettre la pression sur le gouvernement azerbaïdjanais au sujet du RC Lens. "Si l’on me rend mon argent, alors je pourrai continuer de financer le RC Lens et il n’y aura aucun problème", avait-il déclaré, donnant pour ultimatum la date du 20 mars. "Si nous ne continuons pas notre travail avec la France, ce n’est pas très bon pour l’image de l’Azerbaïdjan." Le 20 mars est passé et rien n'a bougé visiblement. Seule certitude, Hafiz Mammadov sait trouver des fusibles : au FC Bakou, le vice-président du club, Yashar Seyidov - qu'on avait vu en France à l'occasion de la signature du partenariat avec le RC Lens - a donné sa démission la semaine dernière. "Jamais, je n'ai pensé à partir", a-t-il déclaré au site Azerisport. "C'est difficile de quitter le club. Mais maintenant, j'en ai besoin. Je remercie la direction d'avoir accepté ma démission..."