RC Lens : Hafiz Mammadov de retour en grâce en Azerbaïdjan ?

Hafiz Mammadov remis en selle ? / © MaxPPP
Hafiz Mammadov remis en selle ? / © MaxPPP

Hafiz Mammadov, propriétaire du RC Lens, vient d'être nommé à la tête du conseil de surveillance de la Bank of Azerbaijan, un établissement dont il avait été sèchement écarté en mai 2014. L'homme d'affaires va-t-il maintenant pouvoir se refaire financièrement ?

Par YF

C'est un nouveau coup de théâtre dans le feuilleton du Racing de Lens cette saison. Mardi soir, l'APA, l'agence de presse azerbaïdjanaise (semi-officielle), a annoncé la nomination d'Hafiz Mammadov au poste de président du conseil de surveillance de la Bank of Azerbaijan, ce qui semble signifier le retour en grâce, dans son pays, du propriétaire des Sang et Or.

La Bank of Azerbaijan, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, n'est pas la banque centrale azerbaïdjanaise mais une banque privée. Elle était majoritairement détenue jusqu'à l'an dernier par l'homme d'affaires, ses fils et un de ses frères. Mais l'établissement a connu de grosses difficultés financières au printemps, avec une dette évaluée à 700 millions de dollars (645 millions d'euros), ce qui l'a conduit à suspendre pendant de longs mois ses activités de crédit et à fermer plusieurs agences. Le 22 mai dernier, lors d'une assemblée générale extraordinaire des actionnaires, Hafiz Mammadov avait été sèchement écarté de la présidence du conseil de surveillance. Un fauteuil qu'il retrouve aujourd'hui.

Un jeu de billard à plusieurs bandes

Difficile d'expliquer de l'extérieur un tel revirement de situation. Hafiz Mammadov était resté invisible pendant de longs mois à partir de l'été 2014, avant de faire un surprenant "comeback" médiatique, début mars, à l'occasion d'un comité exécutif de la fédération azerbaïdjanaise de football. "Hafka", comme on le surnomme dans son pays, s'était alors longuement confié à des journalistes, accusant des hommes d'affaires de lui devoir de l'argent. "Si l’on me rend mon argent, alors je pourrai continuer de financer le RC Lens et il n’y aura aucun problème. Si nous ne continuons pas notre travail avec la France, ce n’est pas très bon pour l’image de l’Azerbaïdjan."

La disgrâce de Jahangir Hajiyev, l'un des créanciers de Mammadov, semble avoir été déterminante. / © Capture d'écran Youtube
La disgrâce de Jahangir Hajiyev, l'un des créanciers de Mammadov, semble avoir été déterminante. / © Capture d'écran Youtube

Selon le site AzPolitika, le retour d'Hafiz Mammadov semble coïncider avec la disgrâce d'un autre oligarque azerbaïdjanais du nom de Jahangir Hajiyev. Ce dernier a subitement "démissionné" en mars dernier de la présidence de l'International Bank of Azerbaijan (IBA, un établissement distinct de la Bank of Azerbaijan), l'une des principales banques du pays. Officiellement pour "raisons de santé". Selon Azeri Daily, un site d'opposition en anglais, ce financier très influent se serait brûlé les ailes en convoitant la présidence de la banque centrale azerbaïdjanaise. Des accusations de délit d'initié planeraient désormais sur lui. Propriétaire lui aussi d'un club de foot, l'Inter Bakou, Jahangir Hajiyev était l'un des créanciers d'Hafiz Mammadov (l'IBA lui avait accordé un prêt de 100 millions de manats azerbaïdjanais, soit environ 87,5 millions d'euros). C'est lui qui aurait pesé en mai dernier pour l'éjecter de la Bank of Azerbaijan. C'est lui aussi qui aurait récupéré certains de ses actifs, notamment la société Bahar Energy, spécialisée dans l'extraction d'hydrocarbures.

Quelles suites ?  

Le mois dernier, les sites d'opposition Virtualaz.org et Azeri Daily (tous deux dirigés par le journaliste et militant des droits de l'homme Eynulla Fatullayev) avaient publié un véritable plaidoyer en faveur du propriétaire du RC Lens, énonçant plusieurs de ses revendications. Notamment son retour à la tête de la Bank of Azerbaijan. "La banque a été transférée à de nouveaux propriétaires. Et alors ?", avait-on traduit. "La nouvelle direction a déclenché une véritable pagaille en accordant des prêts importants à des clients non solvables. Les six mois de cette nouvelle gouvernance ont tourné au fiasco financier. Et la banque doit revenir à l'oligarque Hafka. Il est revenu non seulement pour la sauvetage des "actifs" azerbaïdjanais que représentent ces clubs de football connus dans le monde entier, mais aussi pour celui d'une banque azerbaïdjanaise bien connue. A ce jour, le capital autorisé (c'est-à-dire le nombre maximal d'actions qui peuvent être émises NDR) de cette banque est d'environ 50 millions de dollars (47 millions d'euros NDR)...."

Yashar Seyidov (à gauche de Mammadov), ex-vice-président du FC Bakou, a du quitter le club récemment. / © FC Baku / août 2014
Yashar Seyidov (à gauche de Mammadov), ex-vice-président du FC Bakou, a du quitter le club récemment. / © FC Baku / août 2014

Hafiz Mammadov s'est clairement servi de ses investissements dans le football - au RC Lens comme à l'Atletico Madrid - pour plaider sa cause auprès des autorités azerbaïdjanaises. Son retour en grâce va-t-il l'amener désormais à injecter l'argent nécessaire aux Sang et Or pour la saison prochaine ? Prudence, car on ne sait pas encore si Hafiz Mammadov s'est totalement "refait" financièrement et s'il dispose de nouveau de la force de frappe qui était la sienne avant de connaître tous ces soucis politico-financiers. Du côté du FC Bakou, son autre club qui était à la limite de la cessation de paiement, la réorganisation est en cours. Son vice-président, Yashar Seyidov, a été "démissionné" et semble aujourd'hui servir de bouc-émissaire. Hafiz Mammadov a désigné à sa place un homme de confiance : son propre frère Zeynal Mammadov. Dans une récente interview, l'homme d'affaires disait bénéficier du soutien de plusieurs banques, dont la Pasha Bank, un établissement détenu par la belle-famille du président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev. Un établissement qui vient également de reprendre en main l'International Bank of Azerbaijan (IBA), détenue par l'ex-"ennemi" d'Hafiz Mammadov, Jahangir Hajiyev.

Un parfum de "Dallas" semble flotter actuellement sur Bakou. Reste à savoir désormais quelles répercussions cela aura sur le Racing Club de Lens.   

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