"Dans l’Aisne, il y a très peu de piscines" : apprendre à nager gratuitement, un dispositif pour sécuriser les enfants dans l’eau

Alors qu'encore trop d'enfants, en particulier dans l'Aisne, entrent au collège sans savoir nager, 48 enfants de 8 à 12 ans apprennent cette discipline gratuitement à la piscine de Chaourse cet été. Le but de ce dispositif est de permettre aux enfants d'obtenir leur attestation de "savoir-nager" en sécurité avant d'entrer en 6e.

"Les oreilles dans l'eau ! On regarde le ciel !", lance le maître-nageur. En ce 1er août, sous un ciel gris, une douzaine d'enfants apprennent à nager à la piscine de Chaourse, dans l'Aisne. Âgés de 8 à 12 ans, ils profitent du dispositif "J'apprends à nager", proposé par la communauté de communes des Portes de la Thiérache. Au programme : 10 séances gratuites d'une heure pendant deux semaines.

Roman enchaîne les exercices en brasse avec sa frite. "J'ai envie de savoir nager comme ça j'irai tout seul à la piscine !", se réjouit-il. Il en est à sa septième séance et commence à voir les progrès. "Je sais mieux nager, j'arrive mieux à faire mes mouvements."

La première étape est de mettre la tête dans l'eau, la deuxième, de flotter et de se rendre compte qu'on ne va pas couler pour autant, car il faut faire avec les appréhensions des enfants. "J'ai un petit peu peur de me noyer", confie Abygaëlle, 8 ans. Nael, qui s'apprête à entrer en CM2 a, quant à lui, "peur de couler". L'apprentissage se fait donc de manière ludique, en mêlant travail et jeu.

Le but : obtenir l'attestation du "savoir-nager" en sécurité

Les noyades constituent la première cause de décès par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans, selon l'Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep). Or, de trop nombreux enfants ne savent pas ou pas bien nager en entrant au collège.

Le but du dispositif "J'apprends à nager" est donc d'amener les enfants à obtenir l'attestation du "savoir-nager" en sécurité (ASNS) avant leur entrée en 6e. Ce test national, mis en place en 2022, est valable à l'école et en dehors.

"Cela consiste en gros à nager 20 mètres sur le ventre à l'aller, 20 mètres sur le dos au retour avec des petits obstacles pour qu'ils montrent qu'ils savent nager, mais qu'en plus, ils sont capables de se tirer de situations un peu différentes", détaille Franck Furchert, maître-nageur sauveteur, qui entraîne les enfants à Chaourse ce mardi.

Des inégalités en fonction du milieu social et du territoire

Les inégalités des enfants face à la natation se creusent aussi en fonction du milieu social. Ainsi, les enfants d'ouvriers sont six fois plus nombreux que les enfants de cadres à ne pas savoir nager, selon les chiffres de l'Injep. Le territoire a également une influence. "Une étude a été faite sur la cité éducative de Soissons. On s'est aperçu que seulement 13 % des élèves de CM1, CM2 et 6e avaient le niveau du savoir-nager en sécurité", explique Mathieu David, professeur agrégé d'EPS et maître-nageur à la piscine de Chaourse.

Un chiffre qui s'explique par un problème d'équipements. "Dans l'Aisne, il y a très peu de piscines. Et cela a un impact, car on est très loin du nombre de cycles de natation dont doit bénéficier un enfant à l'école primaire. Et cela laisse aussi peu de possibilités de développer des projets en dehors de l'école", appuie Mathieu David. La piscine de Chaourse n'est par exemple ouverte que deux mois par an.

"Une personne qui ne sait pas nager se ferme des portes"

L'objectif du dispositif mis en place dans l'Aisne "n'est pas de faire des enfants des nageurs de haut niveau, mais des nageurs qui soient en sécurité dans l'eau, capables d'aller se baigner dans une piscine ou un lac sans se mettre en danger", résume le professeur. Les niveaux sont différents. Certains arrivent à ce stage sans savoir nager, tandis que d'autres sont plus à l'aise dans l'eau.

Et si cela peut servir à éviter les noyades, savoir nager est également "une porte ouverte vers le monde des loisirs et des sports nautiques" et "ouvre des opportunités professionnelles", souligne Mathieu David. "Il y a plein de métiers pour lesquels il faut savoir nager, comme professeur des écoles, pompier, gendarme, ou animateur en colonie de vacances. Donc, une personne qui ne sait pas nager se ferme des portes", observe-t-il.

Pendant tout l'été, 48 enfants de la Thiérache vont ainsi pouvoir profiter du dispositif et apprendre à nager. Fin août, l'académie d'Amiens lancera un sondage auprès des directeurs d'école et des professeurs d'EPS pour identifier les territoires qui comptent le plus d'enfants en difficulté dans l'eau et en déterminer les causes.

Avec Gontran Giraudeau / FTV