Déjà à mi-mandat, nos maires partagés sur l'idée de présenter leur bilan : "je ne suis pas certain que ce soit la priorité"

C'était le 15 mars 2020 et l'épidémie de Covid débutait. Cela fait déjà 3 ans, que les maires élus au premier tour exercent leur mandat. Dans la région certains jugent bon de communiquer publiquement sur le bilan de leur action. D'autres jugent l'exercice hors de propos en cette période de 49.3

"A partir de demain, et ce durant 14 jours, vous retrouverez chaque matin sur ma page Facebook un compte-rendu thématique sur chacun de nos engagements, reprenant tout ce qui a été réalisé, ce qui est en cours et ce qu’il nous reste à accomplir". A Soissons dans l'Aisne, le compte du maire annonce la couleur sans détour. Ces derniers jours, Alain Crémont enchaîne les publications sur son bilan à l'occasion de l'anniversaire de la moitié de son mandat. Avec force documents et images à l'appui, le maire (DVD), réélu au 1er tour le 15 mars 2020, dresse une longue liste des actions réalisées par sa municipalité.

L'opération de communication a été préparée de longue date pour marquer cet anniversaire. "Fidèle à ma volonté de "faire ce que l'on dit" et "dire ce que l'on fait", je vous propose, en toute transparence, et en toute sincérité, de dresser un bilan à mi-parcours de notre mandat", explique l'élu sur son compte. Effectivement si les publications ne semblent pas éluder les sujets, le vocabulaire utilisé préfère néanmoins parler de "ce qu'il reste à faire" plutôt que de ce qui n'a pas été fait. 

A Château-Thierry, le maire Sébastien Eugène (Parti radical) tient lui aussi à saisir l'occasion de cette période de mi-mandat pour dresser un bilan public de l'action de sa municipalité. Pour le moment, il s'est contenté de saluer la date par une publication anniversaire sur son compte Facebook mais il explique attendre l'été pour présenter le bilan complet de son action car son conseil élu en mars 2020 a été installé officiellement bien plus tard pour cause de Covid.

Donner de la lisibilité à l'action publique

Le maire explique ainsi avoir mis en place de longue date des "feuilles de route" permettant de planifier et d'évaluer l'action municipale. Pour lui, il est donc facile et logique d'en dresser un état des lieux. "Je pense que c'est important de donner de la lisibilité à l'action publique. 6 ans c'est long. 3 ans, cela donne déjà un bon aperçu de l'action", estime Sébastien Eugène.

Des maires qui présentent un bilan sans doute aussi parce qu'ils le jugent plutôt positif, mais qui prennent aussi le risque de prêter le flanc à la critique des électeurs avant la fin de leur mandat. Un risque qu'assume Sébasien Eugène. "Je réponds : "vive la démocratie". Que le débat puisse se faire, c'est bien".

Ce type de communication semble être plutôt l'apanage des collectivités de taille importante. Elles disposent souvent de personnel dédié à la communication. A l'inverse, par manque de moyens ou de temps, les maires des petites communes tentent rarement l'exercice.

Je n'ai pas de retours. Je ne suis pas certain que ce soit la priorité. Nous sommes tous en ce moment en train de travailler sur nos budgets.

Un maire de l'Aisne

Et puis entre contexte social tendu par la réforme des retraites et crise en Ukraine, l'anniversaire ne tombe pas dans le contexte idéal. Pour Thierry Routier, président de l'Union des maires de l'Aisne et maire de Bucy-le-Long, la mi-mandat n'est pas le sujet dont parlent les élus. "Je n'ai pas de retours. Je ne suis pas certain que ce soit la priorité. Nous sommes tous en ce moment en train de travailler sur nos budgets. Nous avons une mise en place du budget 2023 qui est très complexe avec la hausse des fluides".

Pas la priorité des administrés

Une analyse que rejoint Fabien Blondel, maire divers droite de Lesdins, 850 habitants à côté de Saint-Quentin. L'élu ne ressent pas le besoin de communiquer sur l'anniversaire de son mandat. "Il y a les voeux pour cela et puis une fois par an nous publions un document qui retrace les événements de l'année ou alors nous en diffusons un en cas de besoin". Le premier magistrat estime que ce n'est pas le souci de ses administrés. "Dans les grandes villes, on est en campagne électorale toute l'année. Ici, les gens prennent conscience quand cela se passe devant chez eux, à part si on augmente les impôts", indique Fabien Blondel. Le maire estime par ailleurs que l'action de sa municipalité est suffisamment connue. "Tout le monde me connait, ma porte est ouverte, tout le monde a mon numéro".

De son côté, le maire de Château-Thierry, Sébastien Eugène confirme que dans une ville plus importante il lui semble intéressant de communiquer sur ses actions, ne serait ce que "pour les faire connaître" : "Dans une petite ville, les gens sont mieux informés. Il est plus facile d'y faire comprendre la stratégie d'ensemble que dans une grande commune où l'action peut-être brouillée", analyse l'élu. 

Un temps pour remobiliser

Cet anniversaire de mi-mandat intéresse en tous cas un certain nombre de sociétés de communication. Sur internet les publications se multiplient à destination des maires afin de leur proposer des conseils sur la manière de communiquer sur leur bilan provisoire. "Nous sommes noyés de propositions ces derniers temps", confie le responsable de la communication d'une ville de l'Aisne. Certains élus peuvent aussi avoir des interrogations sur la légalité de cette pratique, mais il n'existe pas sauf dispositions locales particulières de restrictions légales pour se livrer à cet exercice.

Enfin, si dresser un bilan à mi-mandat peut constituer un exercice à destination des électeurs, il peut aussi être un temps permettant aux équipes municipales de prendre du recul et de se remobiliser. "Cela permet de redynamiser en interne et de se projeter sur l'action de 2ème partie du mandat", explique le maire de Chateau-Thierry. Car au final, le véritable verdict reste celui des urnes et ce sera pour 2026.