L'histoire du dimanche - Il y a 76 ans dans l'Aisne, les SS massacraient 70 villageois de Tavaux, Plomion et Étreux

Durant la seconde guerre mondiale, les soldats allemands massacraient au total 70 civils entre le 30 août et le 2 septembre 1944 dans trois villages de l'Aisne. Un mémorial ouvert jusqu'au 2 septembre à Tavaux-et-Pontséricourt retrace l'histoire de ces terribles événements.
La stèle commémorative rendant hommage aux victimes du massacre d'Étreux dans l'Aisne, 36 personnes sont mortes le 2 septembre 1944
La stèle commémorative rendant hommage aux victimes du massacre d'Étreux dans l'Aisne, 36 personnes sont mortes le 2 septembre 1944 © Alain Nice
Le 30 août 1944, tout part d'un accrochage entre une dizaine de résistants et de jeunes soldats SS en plein cœur du village de Tavaux. Si l'un des soldats est capturé, l'autre parvient à s'enfuir. D’autres accrochages ont lieu dans le village et un officier allemand est tué. À la suite de cette série de heurts, les résistants décident de déménager leur dépôt d'armes vers la forêt du Val Saint-Pierre. Redoutant une opération de représailles, leur chef de groupe, Pierre Maujean demande du secours à des groupes de résistants voisins. 
 
"À Tavaux c'était un groupe de résistants très actif. Je ne pense pas qu'ils étaient conscients de ce qu'il pouvait se passer. Il faut savoir qu'on leur a parachuté des armes le 27 août donc ils n'avaient qu'une envie c'est de s'en servir", explique l'historien Alain Nice. "Ils répondent aussi aux ordres, on leur demande sans arrêt d'attaquer les troupes en retraite", poursuit-il. 

20 civils tués à Tavaux dont deux enfants

Les représailles ne se font pas attendre. Dès 14h le lendemain, le village est bouclé par des chars Tigre, des automitrailleuses et des camions de troupes de la division Adolph Hitler et de la division Hitlerjugend. "Les deux divisions allemandes les plus aguerries", précise Alain Nice. 

Les maisons sont incendiées les unes après les autres, 86 au total. Les soldats SS tirent sur tout ce qui bouge. "Des vieillards sont abattus en pleine rue, des grenades sont lancées dans les caves. Quatre personnes dont deux enfants de 6 et 11 ans, réfugiés dans une cave, sont abattus froidement d’une balle dans la tête", détaille Alain Nice. 20 civils sont morts ce jour-là, ainsi qu'un résistant, Henri Mourain, blessé le matin même lors des affrontements avec les soldats allemands.
Le noms des victimes du massacre de Tavaux gravés sur une stèle commémorative dans le village de l'Aisne
Le noms des victimes du massacre de Tavaux gravés sur une stèle commémorative dans le village de l'Aisne © Alain Nice
Un autre résistant de Sissonne, Gabriel Vasseur, mourra également le lendemain, alors qu'il guidait l'avant-garde américaine vers Tavaux. Le village est libéré le 31 août par les résistants du village et des alentours. Ils sont près de 300. "Les chars américains, ayant enfin reçu l’ordre d’avancer et de passer la Serre, venant de Marle, feront leur entrée dans Tavaux en fin de journée", indique Alain Nice. Le village recevra la médaille de la résistance trois ans plus tard le 31 mars 1947. 
 

La série de massacre continue à Plomion et Étreux

Alors que l'on découvre l'ampleur du désastre à Tavaux, à Plomion la barbarie continue. 14 civils sont lâchement exécutés sur ordre d'un lieutenant, furieux d'avoir découvert des impacts de balles sur l'un des camions allemands. "Pendant plus de deux heures, ils sont contraints de rester bras en l’air puis sont emmenés dans une pâture, le plus jeune n’a que 17 ans, le plus âgé 73 ans", explique Alain Nice. Les quatorze hommes reçoivent une première rafale dans les jambes, puis une seconde en plein corps, avant d'être achevés par des coups principalement portés sur le crâne. 

Les SS brisent portes et fenêtres, chassent les habitants des maisons à coups de crosse, frappent, mutilent, massacrent les hommes valides devant femmes et enfants terrorisés

Alain Nice, historien

Le troisième massacre aura lieu à 40 kilomètres de là, le 2 septembre à Étreux. Il s'agit ici d'une action de représailles, un camion allemand ayant été mitraillé la veille à Boué. Une importante formation de SS incendia 25 maisons dans les hameaux du Gard et de La Junière. "Les SS brisent portes et fenêtres, chassent les habitants des maisons à coups de crosse, frappent, mutilent, massacrent les hommes valides devant femmes et enfants terrorisés. Ils dévastent, saccagent, mettent le feu au matériel, au mobilier", relate Alain Nice. Au total, 36 personnes sont tuées. 

Un mémorial dédié aux trois villages martyrs 

"Ces drames ont bouleversé le département de l'Aisne", confie l'historien originaire de Bosmont-sur-Serre, village voisin de Tavaux-et-Pontséricourt. "Mon père était dans la résistance, donc forcément ces histoires ont bercé mon enfance." Après plusieurs années d'enquête, il publie son premier ouvrage en 2002 consacré au massacre de Tavaux, puis travaille en 2007 à la création d'un mémorial dédié aux trois villages martyrs. "Nous avons aménagé le mémorial dans l'ancienne église de Pontséricourt avec une exposition d'objets d'époque, des grands panneaux explicatifs mais aussi la projection de trois documentaires avec les témoignages des derniers survivants", décrit-il. 
 
Le mémorial est ouvert depuis le 27 août jusqu'au 2 septembre de 14h30 à 18h30. "C'est court mais nous n'avons malheureusement pas les moyens de l'ouvrir tout le temps", explique Alain Nice, également président de l'association qui gère le mémorial. 

Il est important de se souvenir des dérives d'une idéologie basée sur le racisme, d'autant plus avec ce qu'il s'est passé récemment au mémorial d'Oradour-sur-Glane.

Alain Nice, historien

Comme chaque année, auront lieu les cérémonies de commémoration. Le 30 août à Tavaux, le 2 septembre à Étreux puis le 6 septembre à Plomion. Un devoir de mémoire nécessaire pour Alain Nice. "Il est important de se souvenir des dérives d'une idéologie basée sur le racisme, confie l'historien, d'autant plus avec ce qu'il s'est passé récemment au mémorial d'Oradour-sur-Glane." Vendredi 21 août des inscriptions négationnistes ont été découvertes à l'entrée du Centre de la mémoire du village de Haute-Vienne où 642 personnes ont été tuées en 1944. 
 
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