Dans l'Aisne, face à la "situation alarmante" de l'illettrisme, pouvoirs publics et associations cherchent des solutions

Dans l’Aisne, département parmi les plus touchés de la région par l’illettrisme, les journées nationales d’action sont l’occasion de mettre en lumière des attentes très fortes en la matière, notamment pour mieux coordonner les acteurs.
© France 3 Picardie

Dans la région Hauts-de-France, les journées nationales d’action contre l’illettrisme et les dizaines d’actions organisées permettent de mettre en lumière une réalité difficile. Selon les derniers chiffres disponibles (source : enquête Information et Vie Quotidienne menée par l'INSEE), 400 000 habitants sont en situation d’illettrisme, c’est-à-dire qu’après avoir été scolarisées, "elles n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante" (source ANLCI).

Près de 11% de la population serait donc concernée, contre 7% de la population au niveau national. Mais tous les départements ne sont pas égaux face à ce problème. Avec 13% d’illettrisme, l’Aisne est l’un des plus touchés.

"La situation est encore plus alarmante pour les jeunes, explique Raphaël Cardet,  sous-préfet à la relance en charge de la lutte contre l’illettrisme dans le département. Lors de la journée défense et citoyenneté, 17% des jeunes présentent des difficultés de lecture. Au niveau national, c’est 11,5%."

Devant l’urgence de la situation, les autorités ont lancé en mars dernier un plan de lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme, signé à la fois par le préfet et les présidents du Conseil départemental et régional.

Un centre de ressources d’ici la fin de l’année

Cette mobilisation devrait aboutir d’ici la fin de l’année à la création d’un centre de ressources illettrisme et illectronisme (Crii). Basé à Laon, il aura pour mission d’accompagner l’organisation de formations, de fournir des ressources pédagogiques, de mettre en réseau les acteurs ou encore d’informer les citoyens. Une coordinatrice départementale a d’ailleurs été recrutée spécifiquement, notamment pour construire une cartographie des acteurs présents sur le territoire.  

"Il existe beaucoup d’acteurs, mais ils ne se connaissent pas forcément, détaille Emeline Thévenin, récemment recrutée comme chargée de développement illettrisme au centre de ressources illettrisme et illectronisme (CRII) de l’Aisne. L’état des lieux va permettre de voir s’il y a des zones moins couvertes par des actions que d’autres, et ensuite répondre à des besoins spécifiques de tous les acteurs."

Parmi les enjeux également, la mise en place de ressources informatiques, pédagogiques et un échange de bonnes pratiques. "Pour de petites structures qui se développent, cela peut leur permettre de les aider à se professionnaliser, et à former leurs bénévoles par exemple", ajoute Emeline Thévenin.

Mais ce centre de ressources ne vise pas que les jeunes structures. Le centre de formation personnalisé, un organisme de formation avec un statut associatif, travaille sur cette problématique depuis 2001, et sa directrice est convaincue de l’utilité d’une telle entité. "Nous avons besoin d’une structure qui permette une cohérence dans le parcours des bénéficiaires", explique Cécilia Adams. Il existe des dispositifs différents, et il n’y a pas forcément de liens entre eux. Le CRII devrait avoir ce rôle de coordination, de montrer que tout le monde est complémentaire, pas concurrent sinon cela se fait au détriment des bénéficiaires."

Faire travailler les acteurs ensemble, c’est primordial. Que chacun sache ce que l’autre fait pour n’être qu’une solution dans un parcours.

Cécilia Adams, directrice du Centre de formation personnalisée 02

Parmi les attentes des associations et structures impliquées dans la lutte contre l’illettrisme, la mise à disposition de contenus pédagogiques. L’association Devenir en Vermandois propose par exemple aux personnes en situation d’illettrisme de se former pour lire, écrire et agir mais s’intéresse aussi à la dynamique vers l’emploi. Et il ne suffit pas de dispenser des cours.

"Une personne formée va leur faire effectuer des travaux presque artistiques pour donner l’envie et le plaisir de lire et d’écrire, raconte Sylvie Millot, la directrice. Derrière les écrits du quotidien, il est important de leur redonner confiance en eux et en leurs capacités à lire et à écrire."

Depuis 2015, l’association a par exemple, avec l’aide de partenaires publics et privés, mis en place une web radio appelée "Go boulot", un outil idéal pour travailler cette confiance nécessaire pour décrocher un emploi. "Les techniques radios se rapprochent des conseils qu’on va donner à quelqu’un qui va en entretien d’embauche", détaille Sylvie Millot. De manière générale, les stagiaires qui passent ont peur mais au final, on sent un développement de compétences qu’on n’aurait peut-être pas eu avec un autre type d’outils."

Mais cette pédagogie nécessaire pour convaincre des personnes ayant peur d’être noté ou de lire à voix haute s’acquiert et il est parfois difficile de trouver les bons mots. "Le Crii peut permettre de former ceux qui nous envoient des personnes en formation par exemple, cela nous aidera au repérage. Et puis, cela nous permettrait d’être informés des nouveaux outils disponibles par exemple", ajoute la directrice.

 

Une réflexion collective initiée

Avant la mise en place de ce centre, les acteurs publics ont donc souhaité convier l’ensemble des acteurs associatifs de l’Aisne pour réfléchir au projet autour de ce centre de ressources. Et l’idée de co-construire cette nouvelle structure semble séduire. 70 personnes se sont déjà inscrites à ces ateliers organisés vendredi 10 septembre. Avec l’idée de réfléchir au type de formation à proposer, à la meilleure manière d’aller chercher les bénéficiaires, pour plus d’efficacité. 

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