Opposé au projet d'usine Rockwool près de Soissons, le maire de Courmelles livre son combat

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Écrit par Remi Vivenot .

Le tribunal administratif d'Amiens doit rendre sa décision à compter de mardi 6 décembre sur le recours exercé par Rockwool et la préfecture de l'Aisne contre le refus du maire de Courmelles de signer le permis de construire de l'usine de laine de roche envisagée près de Soissons. Dans le même temps, Arnaud Svrcek raconte son combat dans un livre très médiatisé.

Le succès dépasse ses espérances. Depuis quelques jours, Arnaud Svrcek est omniprésent dans le paysage médiatique à l'occasion de la promotion de son livre. Il multiplie les dédicaces, donne des interviews radio et télé. Cet agriculteur de 55 ans est le maire de Courmelles, commune de 1800 habitants de la banlieue de Soissons. Il vient de publier aux éditions du Seuil "le village contre la multinationale". Dans cet ouvrage, l'élu raconte et explique son opposition au projet d'usine de laine de roche du groupe Rockwool envisagé sur la zone du plateau près de Soissons, sur le territoire de sa commune. 

Depuis plusieurs mois, Arnaud Svrcek est au cœur de la procédure juridique qui l'oppose à Rockwool et aux services préfectoraux pour avoir refusé de signer en mars 2021 le permis de construire de l'usine alors que l'Etat a donné son feu vert. Sa décision a été attaquée par les intéressés devant le tribunal administratif d'Amiens qui doit rendre sa décision à compter de ce mardi.

Le petit contre le gros

Et voila le maire de Courmelles propulsé, de fait, chef de file de l'opposition au projet. Un combat qui prend désormais l'allure de celui du petit contre le gros. Si Arnaud Svreck a le soutien des adversaires de l'usine, l'industriel danois, leader mondial du domaine, peut se targuer du soutien de la majorité au conseil d'agglomération du Grand Soissons, de son président le maire de Soissons, et même de celui du Président du conseil régional, Xavier Bertrand.

Pourtant, comme il le reconnaît, lorsqu'il a été élu maire en 2020, Rockwool était pour Arnaud Svrcek un dossier parmi d'autres. "Quand j'ai fait campagne, j'avais d'autres projets pour ma commune. Je n'avais pas d'avis sur la partie technique, sanitaire ou politique du dossier. Je découvrais le poste de maire". Le déclic, selon lui, est venu par raisonnement au cours de l'enquête publique. "J'avais dit aux gens. Vous pouvez-être pour ou contre, mais exprimez vous. À la lecture du dossier et renseignements pris dans mon entourage auprès de professionnels de santé, j'ai vu que les produits qui seraient rejetés par l'usine et les quantités n'étaient pas recommandés" .

À la suite de l'enquête publique, le commissaire enquêteur rend un avis défavorable au projet, mais celui-ci n'était que consultatif et ne sera pas suivi par le préfet de l'Aisne. De là, Arnaud Svrcek, convaincu d'un danger pour l'environnement et d'un manque d'intérêt en termes d'emplois, a refusé de signer le permis de construire de l'usine. Une décision qui s'imposait selon lui : "c'est le seul projet qui faisait l'unanimité contre lui au sein du conseil municipal. Je ne me voyais pas donner un avis favorable".

Cette prise de position a intéressé une éditrice. Elle a demandé à l'élu de raconter son combat dans un livre co-écrit avec l'auteur David Breger. Dans cet ouvrage, produit d'une année et demie de travail, Arnaud Svrcek raconte en 150 pages son vécu et développe ses arguments contre le projet. "C'était l'idée de faire connaître ce qu'on vivait, d'avoir une tribune pour exposer les problématiques. C'est un bon vecteur. Le travail n'a pas été vain, je reçois des messages de soutien de la France entière", confie le maire.

Pas contre l'industrie

Au fil des pages, Arnaud Svrcek retrace aussi son déplacement à Saint-Eloy-lès-Mines en Auvergne où il a visité l'usine existante de Rockwool. Un voyage dont il est revenu conforté dans son opposition. Pourtant Arnaud Svrcek se défend d'être hostile par principe à l'industrie et déplore qu'on oppose le sujet environnemental et industriel "par paresse intellectuelle""On a voulu dresser de moi un portrait de réfractaire obtus. J'ai aussi sur la table le permis d'une entreprise de transport ou d'un fabricant d'étais. C'est 50 emplois industriels non polluants avec un ratio à l'hectare correct. Rockwool à l'inverse, c'est 3 emplois à l'hectare pour 40 hectares de foncier".

Le maire de Courmelles n'ignore pas le drame vécu dans le soissonnais suite à la désindustrialisation, mais cela ne justifie pas à son sens d'accepter tous les projets "coûte que coûte". "On a la nostalgie du bon vieux temps. On avait des fleurons, ça a été dramatique mais aujourd'hui le monde est en évolution. Le retour de grandes entreprises, sincèrement je n'y crois pas une seconde. C'est un monde révolu. Rockwool, c'est un mauvais projet économique. On va se priver de mieux, c'est ma conviction. Peut-être que je me trompe".

Le tribunal administratif d'Amiens va donc se prononcer sur le bien fondé du combat d'Arnaud Svrcek. La justice doit rendre sa décision à compter de ce mardi. L'élu ne s'attend guère à une décision favorable. Lors de l'examen du dossier, le rapporteur public a souligné " un parti pris défavorable au projet de construction, incompatible avec l'instruction du permis de construire". Il a estimé que "le principe d'impartialité du maire (...) avait été violé".

Pour autant Arnaud Svrcek ne se montre pas inquiet, " même quand on me demande des millions d'euros de dommages intérêts".  Dans tous les cas, la décision ne constituera pour lui qu'une étape, pas la fin du combat.

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