Témoignage du gilet jaune de Saint-Quentin qui a interpellé Macron aux Tuileries : "Ça n'aurait jamais dû arriver"

Après avoir interpellé et filmé le président de la République dans le Jardin des Tuileries à Paris le 14 juillet, Richard Zupandic, gilet jaune de Saint-Quentin, s'excuse d'avoir porté trop peu de revendications et veut maintenant "passer à autre chose".

Richard aurait préféré qu'Emmanuel Macron tombe sur un autre que lui.
Richard aurait préféré qu'Emmanuel Macron tombe sur un autre que lui. © Emilie Montcho / FTV
Richard Zupandic est un gilet jaune de la première heure. Dès la première manifestation, il se présente comme le porte-drapeau du groupe saint-quentinois et commence des Facebook Live, qu'il n'a pas arrêté depuis. Aujourd’hui, le cariste de 48 ans n’a rien perdu de sa détestation envers Emmanuel Macron et n’est pas satisfait du clash qui l’a opposé au président en personne, mardi 14 juillet. Il l'avait filmé et diffusé en direct sur Facebook.
 
"Il aurait mieux valu que ça tombe sur quelqu’un d’autre, plus posé, plus calme, qui aurait pu faire valoir les vraies revendications des gilets jaunes, confie-t-il au micro de France 3 Picardie. Je le regrette aujourd’hui. Ça n’aurait jamais dû arriver."

Alors que l'opposition des Républicains s'est émue pour la sécurité du chef de l'Etat, il se dit pour sa part "blessé" par les critiques des gilets jaunes. Avant qu'il ne s'explique dans une vidéo de près de deux heures, certains lui reprochaient au contraire de n'y être pas allé assez fort : "Ca fait 18 mois que je me bats pour eux, comme ils le font aussi. Il y a eu un malentendu. Maintenant c'est réparé."

Le gilet jaune aura peut-être réalisé à quel point des faits ou images relayées sur les réseaux sociaux peuvent parfois être mal interprétés, générer des avis aussi convaincus qu’infondés, et animer alors des débats de caniveau.

 

Le (mauvais) buzz


Dans la vidéo de l'échange, Richard Zupandic semble hésiter entre l'euphorie et la colère. “Je suis dans un putain d’état de nerfs, t’as même pas idée, dit-il à l’adresse des internautes connectés en direct. Jamais de ma vie j’aurais cru vivre un moment pareil ! J’avais dit que ça allait être une journée de merde, je le savais !

"Vous êtes mon employé !", lance-t-il au président. Et quand, en réponse aux “Macron démission !” scandés par quelques militants, l’intéressé revient vers eux et leur souhaite avec un sourire ironique "un bon 14 juillet !", Richard crie : "Oh putain… mais tu vas virer ! Ma parole tu vas virer !"

Plus calmement, il lance le sujet de la Brav, la brigade motorisée de policiers créée en 2019 après des manifestations violentes de gilets jaunes. "Virez la Brav !, demande Richard, encore témoin l'après-midi même d'affrontements avec les forces de l'ordre. Ils nous font mal. On n’en peut plus". Le militant évoque aussi l’affaire Balkany, la réforme des retraites et le nouveau Premier ministre "Cache-sexe" (Jean Castex, ndlr).

"Je ne vous ai pas manqué de respect, en tout cas pas aujourd’hui", ose-t-il plus tard. Et quand le président s’éloigne : "J’arrive même pas à le maudir, ça me dégoûte. Putain… Il a du talent quand même. T’as vu comment il parle ? Et il y arrive !"

"Je suis en train de faire le buzz", lâchait Richard pendant son direct, heureux que ce moment soit observé par 3500 internautes. Mais dans les commentaires de la vidéo, certains s’amusent de la scène, d’autres reprochent à Richard d’avoir été insultant, ou au contraire hors-sujet :
 

1 an et demi qu’on cri « on vient te chercher » il est devant vous et vous faites rien mais lui parler de la brav n’importe quoi tu pouvais pas parler d’autres sujets plus important !!

Ben dis donc...se mobiliser pendant 18 mois,et mouiller le slip quand on croise l autre assassin...bravo le guerrier

t aurais mieux fait de lui mettre ton poing dans la gueule au lieu de lui dire respect .non je partage pas .salut richard .je quitte les lives .faux frère. T es pas un gj


L’échange se conclut par cette phrase d’un homme s’adressant à Emmanuel Macron : "Merci Monsieur le président d’avoir pris le temps de nous répondre. Respect. Je ne vote pas pour vous, mais je vous respecte".

Des propos parfois attribués à Richard, qui ne veut surtout pas en porter la responsabilité : "sur la tête de ma fille (...) ça n’est pas ma voix bordel ! Je n’ai rien à me reprocher. Ce n’est pas moi qui ai dit ‘respect’ !", explique-t-il dans sa vidéo "mises au point".
 


"Je n’ai aucun respect pour ce président de la République", nous répète-t-il aujourd'hui, précisant que ce n'est pas l'homme qu'il rejette, mais "ce qu'il fait". "On dirait qu'il se sent pousser des ailes, qu'il peut faire ce qu'il veut, se désole Richard. Beaucoup de choses ne vont pas dans ce pays. Qu’il écoute les gens ! Pas uniquement les gilets jaunes : son peuple ! Les avocats, les personnels soignants, la police, les pompiers, les patrons de discothèque…"

 

"Un coup de com' réussi" du président


Le Saint-Quentinois explique être allé à Paris, avec trois autres personnes pour manifester place de la Bastille. Des syndicats de soignants avaient organisé une marche, soutenue par des gilets jaunes. Elle s’est terminée par de violents débordements.

En fin d’après-midi, Richard et d’autres personnes veulent improviser une nouvelle manifestation. Ils prennent le métro et choisissent aléatoirement de sortir aux Tuileries. Toujours selon les dires du gilet jaune, c’est donc par "un hasard total" qu’il aperçoit, à 50 mètres, dans les jardins, le président de la République "et sa mère, sa femme…".

"Je vous jure qu’il n’y a pas du tout de mise en scène, clame Richard sur Facebook. Je déteste ce mec plus que tout, donc jamais de ma vie je serais entré dans un truc comme ça."

"Ce qui m’a surpris, c’est déjà qu’il soit là, et qu’on puisse l’approcher d’aussi près, malgré la présence du service de sécurité, confie-t-il aujourd'hui. Avec le recul, pour moi, il savait qu'il allait tomber sur des gens, donc c'est un coup de communication. Réussi même ! Moi, je perds mes moyens ; lui, il a l'habitude."

En réponse à ceux lui reprochant de ne pas avoir été violent contre le chef de l’État, le Saint-Quentinois répond qu’il "serait mort" et qu’il n’a "pas voulu donner d’image négative des gilets jaunes" : "Trois fois, je me suis éloigné de lui pour pas le faire."

Aujourd'hui, il compte "reprendre (sa) petite vie tranquille, passer à autre chose même si c'est marquant." ​​​​Il se dit tout à fait prêt à rencontrer à nouveau Emmanuel Macron, mais "dans des conditions normales".
 
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