VIDÉO. Législatives 2024 : les temps forts du débat entre les candidats de la 2e circonscription de l'Aisne

À quelques jours du premier tour des élections législatives anticipées, quatre des six candidats de la deuxième circonscription de l'Aisne ont débattu autour du pouvoir d'achat, de l'emploi, de la transition écologique et de l'immigration. Ils ont également eu l'occasion, à la fin, d'avoir 45 secondes d'expression libre. Retour sur les points clés du débat.

Quatre candidats de la deuxième circonscription de l'Aisne, située au nord-ouest du département, autour de Saint-Quentin, ont débattu sur le plateau de France 3 Picardie. 

Face au député sortant Julien Dive, candidat à sa succession sous la bannière des Républicains et hostile à l'union avec l'extrême droite, l'insoumise Anne-Sophie Dujancourt investie par le Nouveau Front Populaire, la communiste Corinne Bécourt, candidate de gauche dissidente, et Anne Zanditenas, investie par Lutte Ouvrière. 

Le Rassemblement national a investi Philippe Torre, l'avocat d'Éric Ciotti, et Reconquête a investi Didier Kaczmarek, chef d’entreprise à Remigny. Les deux candidats d'extrême-droite ont décliné notre invitation.

Le débat était axé autour de quatre points clés de la campagne : le pouvoir d'achat, l'emploi, la transition écologique et l'immigration. 

Sur le pouvoir d'achat 

Julien Dive, le député sortant Les Républicains (LR), propose de revenir sur la taxe sur les prix des carburants et de "rapprocher le salaire net du salaire brut en travaillant sur les cotisations sociales". Cela permettrait de selon lui de "rapporter 150-200 € de plus par mois sans pénaliser la compétitivité des entreprises". Pour financer cela, il propose "une micro taxe sur les transactions financières journalières", qui rapporterait "des milliards" et permettrait de "compenser cette perte de cotisation" et de "redonne[r] du pouvoir d'achat aux travailleurs".

Dans la 2e circonscription de l'Aisne, le taux de pauvreté est plus élevé que la moyenne nationale, notamment chez les moins de 30 ans, selon les derniers chiffres de l'Insee datant de 2018. "Il y a des gens en France qui triment et qui ne peuvent pas vivre décemment pendant que des ultra riches s'en mettent plein les poches. Il faut repenser la distribution des richesses", estime Anne-Sophie Dujancourt, la candidate du Nouveau Front Populaire (NFP), qui outre le blocage des prix des produits alimentaires de première nécessité, propose de faire davantage contribuer les ultra-riches à l'effort social.

Une des mesures phares du NFP est également l'augmentation du SMIC à 1 600 € nets. Ce qui "ne va pas être une charge ni pour les TPE ni pour les PME", assure-t-elle. "On demande à ce que l'argent de l'État qui sert actuellement à servir les grandes distributions soit mieux ciblé pour que les petites entreprises en difficulté puissent profiter de cette aide de l'État et permettre l'augmentation des salaires", avance la candidate.

"Si vous passez le salaire à 1 600 €, vous allez doubler la charge pour l'entreprise", pointe Julien Dive, jugeant la proposition de la candidate du NFP "pas du tout adaptée". "Les aides qui existent pour les entreprises, c'est pour leur permettre de s'installer sur notre territoire. Mais quand une entreprise ne respecte pas ses engagements, il est normal que l'État puisse contrôler et récupérer les aides", ajoute-t-il.

Anne Zanditenas, candidate Lutte Ouvrière (LO), défend quant à elle "l'augmentation des salaires et leur indexation sur les prix". Les entreprises "ont les moyens de payer", appuie-t-elle. "Elles font des profits de plus en plus importants."

Sur l'emploi

L'Aisne compte plus d'ouvriers et d'employés, et moins de cadres que la moyenne nationale. Dans ce département, le taux de chômage a atteint 10,6% en 2023 contre 8,9% sur l'ensemble des Hauts-de-France et 7,5% sur le territoire national. 

Pour favoriser l'emploi, le candidat républicain propose tout d'abord de réduire la fiscalité qui pèse sur les entreprises. Il souligne aussi la nécessité de "se battre pour le territoire" en prenant l'exemple de l'usine Mondelez (qui fabrique des biscuits LU notamment) et de l'usine Hazemeyer, qui ont connu des incendies ces dernières années. "Il fallait se mouiller la chemise pour permettre à ces entreprises de se reprendre. J'étais en première ligne", rappelle le député. "Concernant l'usine LU, si elle a été reconstruite, c'était une obligation sinon ils ne touchaient pas l'argent de l'assurance", précise la communiste Corinne Bécourt.

Julien Dive souhaite également "remettre les gens au travail", fustigeant le fait que le RN et la NUPES aient voté contre l'expérimentation des 15 heures d'activité hebdomadaires obligatoires pour pouvoir bénéficier du RSA (expérimentées dans 47 territoires depuis le 1er mars 2024 dont l'Aisne, territoire pilote). "Ils [RN et NUPES, ndlr] préfèrent que les gens se laissent enfermer dans l'assistanat. Je suis désolé, mais ce n'est pas comme ça qu'on aide les gens." Une mesure qu'Anne-Sophie Dujancourt assimile à du "travail forcé". En août 2022, 16 267 familles étaient bénéficiaires du RSA dans l'Aisne, un chiffre qui a baissé de 10% par rapport à août 2020.

"Si vous voulez de l'argent pour l'emploi, c'est simple, il y a 413 milliards de budget militaire pour aller faire la guerre et aller faire la guerre en Ukraine. 413 milliards de budget [budget des Armées entre 2024 et 2030, ndlr], c'est plus de 2 millions d'emplois à 2 000 € nets sur la même période", a calculé Corinne Bécourt. Selon la candidate du Parti communiste, "au lieu de mettre l'argent dans la guerre et d'engraisser les marchands de canons", on peut diviser "directement par deux" le chômage en France.

Sur la transition écologique 

Sur l'écologie, le programme du NFP propose notamment de développer l'éolien en mer, de lancer des grands projets de rénovation des bâtiments publics, et de garantir la prise en charge des travaux d'isolation pour les plus modestes. "On fera en sorte que la règle verte soit respectée, que toutes les entreprises qui s'installent sur le territoire respectent les normes écologiques indispensables et on permettra que tout ce qui concerne la biodiversité des petits cultivateurs soit soutenu en rachetant leurs dettes", propose également l'insoumise Anne-Sophie Dujancourt.

De son côté, le candidat républicain rappelle l'importance du sujet de la production alimentaire. Selon lui, le vrai moyen d'agir sur l'environnement est de "ne pas importer ce qu'on est capables de produire, ce qu'on ne veut pas produire chez nous, d'avoir de vraies clauses miroirs qui interdisent d'importer des poulets aux hormones, qui interdisent la déforestation…", avance Julien Dive. "Les agriculteurs sont les premiers acteurs concernés par le changement climatique et ce sont eux qui apporteront les réponses", estime-t-il.  

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Anne Zanditenas rappelle quant à elle que "la planète est en train de brûler" et que "les classes populaires sont les premières victimes, ici comme dans le monde entier". Elle dénonce "une paralysie" des pouvoirs publics sur ce sujet. "Chaque décision qu'on pourrait prendre se heurte aux lobbies, aux problèmes de la concurrence. Ce n'est pas possible de résoudre ce problème sans renverser le capitalisme", considère la candidate LO. 

Pour Corinne Bécourt, "le thème de la transition écologique est une vaste fumisterie qui sert à prendre de l'argent dans les poches du peuple".

Sur l'immigration

Dans l'Aisne, la part des immigrés dans la population est de 5%, une proportion deux fois moindre que sur l'ensemble du territoire français (hors Mayotte), selon les derniers chiffres de l'Insee de 2021. De même la part des descendants d'immigrés s'élève à 5,7% dans l'Aisne contre 11,2% sur le reste de la France (hors Mayotte). 

Pour Julien Dive, sur le sujet de l'immigration, face aux "drames en mer" et aux "changements de comportement des passeurs", il faut "donner les moyens de contrôler". Il souhaite notamment que lorsqu'une personne en situation irrégulière se retrouve sous couvert d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), il y ait "un rapport de force avec le pays ressortissant qui doit délivrer le laissez-passer consulaire.

Le NFP souhaite quant à lui abroger les lois relatives à l'immigration et à l'asile votées pendant les quinquennats d'Emmanuel Macron et créer un statut de déplacés climatiques. "Les médias montent le bourrichon sur la question de l'immigratoin", selon l'insoumise. Entre 2013 et 2019, la 2e circonscription de l'Aisne a perdu près de 3 000 habitants, selon les chiffres de l'INSEE. Et la population française est "vieillissante" rappelle la  Anne-Sophie Dujancourt. Elle pointe notamment le fait que "ce sont des personnes immigrées qui viennent nous soigner". La candidate souhaite que les immigrés soient globalement "mieux accueillis" en France et qu'ils aient la possibilité d'avoir un visa plus long, de dix ans, afin de leur permettre "une intégration dans de meilleures conditions".

LO se positionne pour "la libre circulation des humains" sur la planète. Anne Zanditenas pointe la responsabilité des spéculateurs dans les famines "du fait des augmentations de prix qu'ils engendrent". "On voit le jeune qui traverse la Méditerranée comme un danger, pour nous c'est le spéculateur qui est un danger, il met en danger la vie de ces hommes et de ces femmes", appuie la candidate qui voit l'immigration comme "un bouc émissaire" que l'on accuse d'être responsable de tous les maux.

Corinne Bécourt dénonce un thème "utilisé pour nous diviser" et loin des préoccupations des Français. "Quand je vais toquer aux portes, je ne vois pas les gens me dire que leur premier problème, c'est l'immigration. Non, leur premier problème, c'est de pouvoir se nourrir et se loger", abonde la candidate communiste.

Le temps de parole libre 

À la fin du débat, chaque candidat a eu 45 secondes de temps d'expression libre pour faire passer un message. L'ordre a été choisi par tirage au sort et c'est Julien Dive qui a commencé en dévoilant la première proposition de loi qu'il déposerait à l'Assemblée s'il était réélu : la création d'un "vrai statut" pour les auxiliaires de vie qu'il considère comme "les fantassins de notre système de solidarité". Le candidat LR propose donc la création d'une carte professionnelle, une revalorisation et une grille indiciaire sur ces métiers. "La santé c'est une des priorités [...], je pense qu'on est au point de rupture."

La communiste Corinne Bécourt propose quant à elle la sortie de l'Union européenne et du marché européen de l'énergie. Elle évoque également la sortie de l'Otan, réitére son opposition au budget des Armées. "Pas un homme, pas un sou pour les guerres impérialistes", tance-t-elle. "Refusons aussi le dogme du climat à tout va", ajoute la candidate. Elle dit également "stop à la casse de nos services publics depuis 30 ans par la gauche et par la droite, avec la complicité de l'extrême droite qui veut poursuivre les privatisations".

"Nous voyons bien qu'actuellement le programme du RN et des LR est quand même très voisin, et promet un futur chaotique et des difficultés pour le vivre ensemble et la solidarité", prévient Anne-Sophie Dujancourt. La candidate du NFP a pointé "l'espoir" que représente son programme "de rupture". "Les salaires seront augmentés, la réforme des retraites sera abrogée, il y aura enfin des décisions prenant en compte l’écologie pour le futur de nos enfants", promet-elle. 

Dernière à prendre la parole, la candidate LO Anne Zanditenas demande à tous les électeurs d’exprimer "leur rejet de la politique de Macron, de son mépris envers le monde du travail mais aussi envers le RN qui attise les divisions entre nous". S'adressant aux électeurs de gauche, elle leur demande de voter pour elle afin d'exprimer "leur colère contre cette gauche qui n'a cessé de s'aplatir devant les exigences des capitalistes, en acceptant tous les plans de licenciement et en faisant payer les plus pauvres". Elle exprime également son inquiétude au niveau international. "On est en train de nous engager vers une 3e guerre mondiale, qui consisterait justement à défendre les intérêts de ces grandes puissances", estime-t-elle.

Le soir du 30 juin et du 7 juillet, vivez les soirées électorales en direct sur notre site internet sur france3.fr.

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