Attentat de Londres : Khalid Masood, un loup solitaire passé par la case prison

Khalid Masood était aussi connu sous les noms d'Adrian Elms et d'Adrian Russell Ajao. / © METROPOLITAN POLICE / AFP
Khalid Masood était aussi connu sous les noms d'Adrian Elms et d'Adrian Russell Ajao. / © METROPOLITAN POLICE / AFP

La police britannique a dévoilé ce vendredi le visage de Khalid Masood, l'auteur de l'attentat de Londres. Le portrait qui se dessine est celui d'un loup solitaire, passé par la case prison comme un certain nombre de jihadistes ayant frappé en Europe avant lui.

Par AFP

L'image en gros plan du visage de Khalid Masood, a été diffusée dans l'après-midi par la police britannique, accompagnée d'un appel invitant ceux qui le connaissaient à se rapprocher des enquêteurs. Tué par la police dans la cour du Parlement de Westminster, l'auteur de l'attaque la plus meurtrière au Royaume-Uni depuis douze ans était un Britannique également connu sous les noms de Adrian Elms et Adrian Russell Ajao. Son âge, 52 ans, interpelle aussi les analystes, car selon Shashank Joshi, chercheur au RUSI, un centre de réflexion londonien spécialisé dans les questions de défense et de sécurité, "seule une minorité se radicalise après 30 ans".

Khalid Masood est né à Rye, dans le Sussex, une ville côtière du sud-est de l'Angleterre, le jour de Noël 1964. Il a épousé une musulmane en 2004, selon les médias britanniques, et s'est converti à l'islam. Il aurait ensuite travaillé en Arabie saoudite, avant de revenir au Royaume-Uni en 2009. Il habitait jusqu'en juin à Birmingham, dans le centre du pays, avec femme et enfants, selon des témoins qui ont décrit un homme "très religieux". Quelques heures avant de passer à l'action, il a séjourné dans un hôtel à Brighton, sur la côte sud de l'Angleterre, selon le gérant de l'établissement. L'hôtel a été perquisitionné par la police après que celle-ci a découvert une facture de l'établissement dans la voiture de location utilisée pour faucher les piétons sur le pont de Westminster.

Le profil de l'assaillant, âgé de 52 ans, intrigue. / © METROPOLITAN POLICE / AFP
Le profil de l'assaillant, âgé de 52 ans, intrigue. / © METROPOLITAN POLICE / AFP

L'homme qui a semé la terreur près du Parlement britannique a fait 4 morts et une cinquantaine de blessés ne faisait a priori pas partie d'un réseau et a agi seul. Certes, le groupe extrémiste Etat islamique (EI) a revendiqué l'attaque. Mais la formulation de son communiqué montre qu'il ne l'a pas préparée ou coordonnée. Masood a agi "en réponse à l'appel à frapper les pays de la coalition" internationale antijihadistes, a ainsi affirmé Amaq, son agence de propagande. "Je pense qu'il a été inspiré par Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr) davantage qu'il n'a été l'un de ses soldats", a déclaré Sara Khan, directrice de l'organisation non gouvernementale de lutte contre l'extrémisme Inspire. "Mais il est clair qu'il avait des idées extrémistes", a-t-elle ajouté.

Radicalisation en prison ?

En revanche, Masood "correspond au profil des sympathisants de l'EI, qui passent d'une activité criminelle au terrorisme", a souligné Lina Khatib, responsable du département Moyen-Orient et Afrique du Nord au centre de réflexion londonien Chatham House. "Beaucoup d'assaillants semblent avoir été connus de la police non pas pour avoir été suspectés d'activité terroriste mais pour des activités criminelles", a ajouté l'analyste. Scotland Yard a confirmé que Masood avait été condamné pour la première fois en 1983, puis à plusieurs reprises ensuite pour "agressions" et "possession d'armes" notamment, la dernière fois en décembre 2003. Selon le quotidien Daily Telegraph, il a fait deux ans de prison pour avoir porté des coups de couteau au visage d'un homme lors d'une rixe dans un pub. Mais rien ne laissait penser qu'il était engagé dans des activités terroristes, a ajouté la police londonienne, même si son nom est apparu dans une enquête liée à la violence extrémiste, à titre marginal, selon la Première ministre Theresa May.

Masood a séjourné dans cet hôtel de Brighton peu de temps avant l'attentat à Londres. / © BEN STANSALL / AFP
Masood a séjourné dans cet hôtel de Brighton peu de temps avant l'attentat à Londres. / © BEN STANSALL / AFP

Son parcours en cellule a pu faciliter sa radicalisation : selon un rapport du Centre international d'étude de la radicalisation et de la violence politique (ICSR, Londres), les prisons européennes sont devenues une "pépinière" pour les réseaux jihadistes. "Nous observons des radicalisations de plus en plus rapides en prison. Avoir été incarcéré pour des crimes violents facilite le passage à l'extrémisme violent", soulignait le directeur du ICSR et co auteur du rapport Peter Neumann. Même si les programmes de prévention en prison se sont développés ces dernières années, "il reste très difficile de repérer qui peut se transformer en terroriste", a estimé James de Waal, un ancien diplomate qui travaille avec Chatham House.

La véhicule de l'assaillant stoppé devant les grilles du Parlement. / © James WEST / Handout / AFP
La véhicule de l'assaillant stoppé devant les grilles du Parlement. / © James WEST / Handout / AFP

Qu'un homme de plus de 50 ans puisse se transformer en terroriste a toutefois étonné au Royaume-Uni. "Il avait 52 ans, le double de la moyenne", a relevé Jason Burke, auteur de plusieurs ouvrages sur les réseaux islamistes, soulignant que l'âge moyen des auteurs d'attentats avait au contraire "reculé ces dernières années". "Cela surprend qu'un homme de cet âge veuille commettre de telles atrocités", a constaté Sara Khan. "Mais ce que nous savons c'est qu'il n'y a pas de profil type, ce qui complique d'autant la tâche des forces de sécurité". Tout comme les moyens dérisoires employés par Masood : une voiture pour foncer sur les passants sur le pont de Westminster, un couteau de cuisine pour tuer le policier posté devant le Parlement.

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