Calais : Anaïs Vogel et Ludovic Holbein annoncent l'arrêt de leur grève de la faim en soutien aux réfugiés

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Écrit par Yacha Hajzler

Les deux militants, qui protestaient contre le traitement réservé aux migrants installés sur le littoral, ont dû arrêter leur grève de la faim après 38 jours. Parallèlement, le centre d'hébergement temporaire ouvert dans le cadre de la médiation a fermé ses portes.

"Nous ne sommes plus en capacité de lutter à travers la grève de la faim. C'est pourquoi nous avons décidé aujourd'hui d'y mettre un terme." Pour Anaïs Vogel et Ludovic Holbein, c'est la fin de 38 jours de privations. Le 11 octobre, ces deux militants associatifs, accompagnés de l'aumônier Philippe Demeestère, avaient entamé une grève de la faim pour dénoncer les traitements dégradants subis par les exilés qui vivent sur le littoral. Philippe Demeestère, 72 ans, avait été contraint d'abandonner au bout de 25 jours. 

"On comprend que rien ne sera fait"

Leur action a forcé le dialogue avec le gouvernement, avec l'envoi d'un médiateur, Didier Leschi. Un échange qui n'a cependant pas permis de faire adopter leurs revendications. "38 jours sans manger on s'épuise, les choses n'avancent pas elles reculent. Ils s'en foutent qu'on meurt" a déclaré Anaïs Vogel lors de la conférence de presse.

"On a cessé aussi parce qu'on a reçu le 13 novembre un courrier de Pierre de Bousquet de Florian [cabinet du ministère de l'Intérieur, ndlr] expliquant qu'il n'y aurait pas de moratoire sur les explusions, ce qui était le point central de nos revendications. On comprend que rien ne sera fait, encore moins dans l'agenda qu'impose une grève de la faim", détaille Ludovic Holbein, joint par France 3. L'un de leurs combats est au moins largement gagné : montrer la solidarité de Français avec la cause des exilés, mettre la situation de Calais sous les projecteurs de tous les grands médias, régionaux comme nationaux. "On est fatigués, on est en colère, mais on ne quitte pas cette grève de la faim avec un goût amer. Il y a une belle énergie qui s'est dégagée de la part des Calaisiens, pour nous c'est aussi un nouveau départ."

Sas d'hébergement de nuit : ouvert, et aussitôt fermé

L'une des avancées concédées par Didier Leschi était l'ouverture d'un "sas" temporaire, d'une capacité de 300 places. Ce "sas d'hébergement de nuit sera ouvert tous les jours après les évacuations", promettait alors le médiateur, s'engageant aussi à ce que toutes les personnes s'y rendant se voient proposer un hébergement en dehors de Calais. Une solution déjà en décalage avec la réalité du terrain. Beaucoup d'exilés ont la ferme intention de se rendre en Angleterre et attendent leur chance devant le littoral : c'est la raison même pour laquelle ils sont aussi nombreux à Calais. Ce centre avait ouvert le 3 novembre et la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, y était fermement opposée, et assurait avoir obtenu le soutien de la préfecture. 

Ce sas est désormais fermé depuis lundi 15 novembre. Selon Nord Littoral, une fuite d'eau était d'abord à l'origine de cette fermeture, mais la préfecture a annoncé qu'il ne rouvrirait pas. Les services de l'Etat justifient cette fermeture en jouant sur la notion des 300 places d'accueil. "Ce dispositif temporaire de mise à l'abri durant la période hivernale a été ouvert dans le cadre de la médiation, le temps nécessaire à la mobilisation de 300 nouvelles places d'hébergement. Celles-ci sont désormais identifiées : 150 places sont mobilisables dans le Pas-de-Calais et 150 hors du département. Le SAS a donc été fermé" citent nos confrères.

Pour Ludovic Holbein, cette proposition retombe dans le même écueil que l'initiative du centre d'hébergement temporaire. "Si d'autres places sont ouvertes, c'est une bonne nouvelle. Mais si elles ne sont pas dans Calais - Didier Leschi a pu s'en rendre compte - ces propositions seront peu suivies. Et c'était une évidence. Si ces places sont ouvertes à 80km de Calais, elles en seront pas utilisées. Plus près de Calais, ce sera peut-être le cas, mais je rappelle qu'il y a au moins 1000 personnes sur place. 150 places, ça n'ira pas loin."