Calais : une photographe témoin de la mort d'une migrante syrienne

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16 migrants ont trouvé la mort à Calais depuis juin. Souvent dans l'indifférence. Mercredi soir, Nawall, une migrante syrienne, a été renversée sur l'A16. 
Une photographe américaine était présente à ce moment. Nous avons choisi de diffuser ses images. 

##fr3r_https_disabled##Shannon Jensen est photo-journaliste américaine installée à Londres. La semaine dernière, elle était à Calais pour un reportage sur "l'étape" la plus "désespérée et dangereuse" du périple des migrants pour rejoindre la Grande-Bretagne. Une "étape" qui a fait 16 morts depuis fin juin à Calais. 16 morts dans l'indifférence ou presque.

Des hommes et des femmes happés par des trains, électrocutés ou renversés par des voitures. Des hommes et des femmes qui, malgré le danger, continuent à prendre des risques pour passer la Manche. Des hommes et des femmes qui, dans les médias, n'ont pas de nom, pas d'identité. Au fil des années, des mois, leur mort est devenue presque banale. Désincarnée. 

Les images ci-dessous sont éprouvantes, émouvantes, interpellantes. Nous avons jugé important de les publier.

Mercredi 21h30

Mercredi 14 octobre dernier, la photographe Shannon Jensen s'est donc retrouvée sur la route avec un groupe de réfugiés syriens qui essayait de monter à bord des camions sur l'A16. Tout à coup, elle entend un énorme choc. Il est 21 h 30. Une jeune femme, originaire de Syrie, s’est fait renverser par un taxi, qui selon des témoins, ne se serait pas arrêté.

Elle va mourir sous les yeux de son fils. Elle s'appelait Nawall Al Jende. Elle avait 26 ans. Elle venait de Nawa, près de Dar'aa dans le sud de la Syrie

"J'ai essayé de raconter la scène de mon mieux, respectueusement."

"Je savais que les gens mouraient presque chaque semaine mais je ne pensais pas que je serais présente pour un tel accident, raconte Shannon Jensen. Nous avons tous entendu un bruit sinistre, très proche de l'endroit où nous nous trouvions. Les gens se sont tournés vers moi immédiatement et m'ont dit d'appeler la police. J'ai appelé la police et leur ai dit d'envoyer une ambulance."

Ensuite, Shannon Jensen a fait son métier : "J'ai essayé de raconter la scène de mon mieux, respectueusement. Je me sentais investie d'une immense responsabilité. Généralement, ces choses ne se passent pas devant des journalistes. Heureusement la plupart des gens ont compris l'importance d'être là à ce moment. Quelques personnes m'ont demandé pourquoi je photographiais, mais c'est normal dans un telle situation émotionnelle. C'était terrible."
Le lendemain, la photographe est restée à Calais pour tenter de retrouver la famille de Nawall : "Je ne voulais pas que cette mort soit anonyme." Elle a obtenu leur consentement pour que les photos soient diffusées : "Elles sont sont difficiles à regarder, mais j'espère que les images d'Oussama (le beau-frère de la victime) et la détresse de Mohammed, 9 ans, vont rappeler aux gens l'humanité de ces personnes et le coût humain de cette situation."

Nawall avait deux autres enfants restés avec son mari en Syrie. Elle avait une sœur cadette, Sawson, qui avait réussi il y a deux mois faire la traversée caché à l'arrière d'un camion de marchandises.

Après le départ des secours, Mohammed a été logé dans un hôtel. Il va retourner en Syrie rejoindre son père.