Confinement : ces entreprises picardes qui créent des cagnottes pour survivre à la crise

Des Amiénois ont lancé une cagnotte pour soutenir les petites entreprises picardes en difficulté pendant la crise sanitaire. / © solidarité-entreprises.fr
Des Amiénois ont lancé une cagnotte pour soutenir les petites entreprises picardes en difficulté pendant la crise sanitaire. / © solidarité-entreprises.fr

Depuis quelques années, les cagnottes en ligne fleurissent sur le net. Financer un projet culturel, payer des frais médiaux, aider les plus démunis... Les raisons sont multiples. Mais depuis deux mois, de plus en plus de cagnottes visent à aider les entreprises à survivre à la crise sanitaire.
 

Par Romane Idres

"On entre dans le troisième mois sans activité, la trésorerie est au plus bas, mais j'ai quand même un loyer à payer", déplore Jérémy Langlet, propriétaire d'une salle de sport à Amiens dédiée au Parkour et aux sports de combat. Chaque mois, il doit payer plus de 2 000 euros pour le loyer et l'entretien de la salle. En temps normal, avec un chiffre d'affaires mensuel entre 4 et 5 000 euros, il rentre dans ses frais. Mais depuis le début des mesures de confinement et l'interdiction de faire du sport en intérieur ou des sports de contact, il n'a plus de quoi payer.
 

Fragilité financière et incertitude

"Pour l'instant, les loyers ne sont pas prélevés. Le paiement sera échelonné sur six mois. Mais il faudra les régler quand même, même si c'est un peu plus tard", explique-t-il. Le plus dur, c'est qu'on est dans l'incertitude depuis deux mois. On n'a pas de date pour se projeter."

Reste à attendre patiemment les consignes du gouvernement et s'adapter à mesure qu'elles arrivent. "Le 2 juin, on devrait pouvoir reprendre les sports de contact, mais rien n'est sûr. Pour le moment, on a juste repris les cours de cardio et de renforcement musculaire, en extérieur, par groupe de moins de dix personnes. Mais je ne gagne pas d'argent sur cette activité, c'est juste pour faire un peu patienter les habitués."

Des habitués qui paient toujours leur abonnement, mais Jérémy Langlet compte leur faire rattraper les mois "perdus". Côté aides de l'État, il n'a touché que 200 euros au mois de mars et 600 au mois d'avril. "C'est calculé sur la base du chiffres d'affaires de la période l'année précédente. Sauf que moi, l'année dernière, je venais tout juste d'ouvrir, je n'avais encore qu'un chiffre d'affaires très minime", explique-t-il. Il a donc lancé une cagnotte en ligne pour récolter de quoi payer les loyers et faire survivre son entreprise. 
 


"Ça fait chaud au coeur"

Dans le centre-ville d'Amiens, les bars font le même constat amer. Deux d'entre eux ont eux aussi lancé une cagnotte. Vincent Monard, propriétaire de l'English Pub de Saint-Leu, fait face aux mêmes difficultés que Jérémy Langlet. Le bar est fermé, l'activité stoppée, mais il faut continuer de payer les loyers et les charges. "Pour mon salarié, il y a le chômage partiel. Mais moi, tant que je suis fermé, je n'ai pas de salaire, je n'ai rien."

Il a bien touché la prime de 1 500 euros que l'État avait promis, mais elle part directement dans les besoins de l'entreprise. "La prime de 1 500 euros, je ne peux pas l'utiliser pour moi, comme un salaire. Je l'ai utilisée pour payer les charges comme les assurances, les décodeurs pour les télévisions que j'utilise pour diffuser les matches, les TPE (terminaux de paiement par carte bleue, ndlr)... Et j'ai anticipé la reprise en achetant aussi du gel hydroalcoolique par exemple. Bref, la prime sert à payer tous les frais annexes, sauf le loyer."

Et c'est bien là où le bât blesse. Pour trois mois sans activité, il doit lui aussi régler plus de 6 000 euros de loyer. "J'aimerais que l'État s'organise pour que nos loyers soient grâciés. Il pourrait par exemple faire un geste sur l'imposition des bailleurs, pour compenser la perte de ces loyers." Mais ce n'est pas prévu à l'heure actuelle. Alors il a lui aussi lancé sa propre cagnotte, qui a récolté pour l'heure un peu plus de 1 800 euros.
 

"Ce sont surtout mes proches et mes clients qui ont participé pour le moment. Ça me fait chaud au coeur de voir que des étudiants, qui n'ont pas beaucoup de moyens, ont fait un geste." Mais cela ne suffit pas pour le rassurer sur l'avenir. La saison printannière est gâchée, et elle sera difficile à rattraper. "En mai et juin, d'habitude, il y a les touristes anglais, et les étudiants qui ont fini leur année et ont envie de sortir." Impossible de rattraper ces pertes sur les mois d'été, plutôt calmes à Amiens pour les bars. "Je ne pourrais probablement pas refaire de chiffre avant le mois de septembre et le retour des étudiants."
 

"Beaucoup ne rentrent pas dans le cadre des aides de l'État"

Des histoires comme celles de Vincent et de Jérémy, il y en a beaucoup en Picardie. Partant de ce constat, cinq Amiénois ont décidé de mettre en place une cagnotte, eux aussi, et de répartir ces fonds entre différentes entreprises de la Somme, de l'Oise et de l'Aisne. Parmi eux, Benjamin Lamperier, entrepreneur dans les nouvelles technologies. "En discutant avec les gens autour de nous, on s'est rendu compte que beaucoup de professionnels se retrouvaient en difficulté car ils ne rentraient pas dans le cadre des aides de l'État.", explique-t-il. Les cinq amis ont donc créé une plateforme pour que les entreprises en difficulté puissent les contacter et leur faire part de leurs besoins. "On a déjà une petite dizaine d'entreprises qui seront bénéficiaires de la cagnotte. Il y a une auto-école, des restaurants, une crèche... On se concentre uniquement sur les entreprises de moins de 20 salariés, qui ont moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires et qui ont subi des pertes financières.

En contrepartie, les donateurs pourront gagner des récompenses, au tirage au sort. "Des entreprises qui sont moins en difficulté ont proposé des lots, comme des bons d'achats, des paniers découverte, des maillots de l'Amiens SC ou des Gothiques... Ils participent à leur manière." Mais Bastien explique bien qu'il ne s'agit pas de "se substituer aux dispositifs d'aide qui existent déjà". Il s'agirait plutôt de "donner un coup de pouce" à ceux qui n'y ont pas droit, pour compléter un salaire par exemple, dans la limite de 500 euros par personne à temps plein. 

Des premiers versements vont être effectués avec les sommes déjà récoltées, mais la cagnotte reste ouverte jusqu'au 15 juin. Si vous êtes une entreprise en difficulté, ou que vous souhaitez participer à la cagnotte par des dons ou avec des lots, il n'est pas trop tard pour vous manifester ! Rendez-vous sur le site internet de la plateforme. Les créateurs promettent un maximum de transparence : "On va expliquer aux donateurs précisément où va leur argent". Et de consacrer 10% de la cagnotte au CHU d'Amiens. "L'idée, c'est de ne pas opposer les combats", insiste Benjamin Lamperier. Une belle leçon de solidarité.
 

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