COP21 : la rénovation de l’habitat contre le réchauffement climatique

La rénovation de l’habitat est un enjeu majeur de la lutte contre le réchauffement climatique. Dans le Nord Pas-de-Calais, les deux tiers des logements sont anciens, et mal isolés. Les bailleurs sociaux sont engagés dans la rénovation de leur parc, à l’instar des cités minières.

Par Myriam Schelcher

Cité de la Solitude à Vieux-Condé. Une cité minière construite dans les années 1920 par la compagnie des Mines d’Anzin. 170 logements devenus au fil du temps des passoires énergétiques, mal isolées, humides, vétustes.
C’est ici que le bailleur Sia Habitat a ouvert la marche d’un grand programme de rénovation, en 2011.

Isoler de la cave au grenier

Pendant plus d’un an, les habitants ont été invités à quitter leur logement chacun leur tour, pendant deux mois, le temps des travaux.
De la cave au grenier, chaque maison a été entièrement désossée, jusqu’à ne laisser que les murs extérieurs.
Puis les toitures ont fait peau neuve, les combles ont été isolés tout comme les caves, les escaliers et les murs. Toutes les fenêtres ont été changées. Des chaudières à condensation ont été installées.

Emissions de GES et facture de chauffage divisées par deux

Aujourd’hui, la facture de chauffage a été divisée par deux pour les locataires, qui savourent le confort d’un logement sain, frais en été et chaud en hiver.
Annie Matyziak est née ici. Avec son mari Léon, ils occupent la même maison depuis près de 50 ans. Ils savourent leur habitat tout neuf.
« A l’étage, on ne chauffe plus du tout », s’enthousiasme Annie. « Et on entend la chaudière se mettre en route beaucoup moins souvent. Nous sommes passés de 117€ de chauffage par mois avant les travaux à 68€ par mois aujourd’hui. Ça valait le coup de passer par là.»

Les habitants partenaires des économies d'énergie

Léon lui, s'est porté volontaire pour être le référent des travaux auprès des autres habitants de la cité. Il les a aidés à vaincre leurs réticences, à accepter l’idée de quitter leur logement pendant deux mois pour s’installer dans un « logement tiroir », un appartement déjà rénové en attendant que le leur le soit aussi.
« On a fait des réunions de 30 habitants pour qu’ils comprennent bien les travaux et quand tout a été bien compris, on a fait une maison témoin qui a été meublée pour donner un aperçu aux habitants », explique le dynamique septuagénaire, à la générosité vissée au corps.
Car aujourd'hui, Léon poursuit sa mission de relais auprès du bailleur de la cité.
Par des tournées régulières dans le quartier, il s’assure par exemple que les  bardages qui recouvrent l’extension des maisons ne soient pas percés ou abîmés.
Cette partie des habitations qui abrite la cuisine et la salle bains est la seule qui a pu bénéficier d’une isolation par l’extérieur.
Car elle date de 1985, et ne rentre donc pas dans le cadre de l’UNESCO comme le reste de l’habitation.
L’inscription de la Cité de la Solitude au patrimoine mondial de l’humanité est une autre donnée qui a obligé le bailleur à faire les choses en grand.

Une cité classée à l'UNESCO et un modèle de sobriété énergétique

Aujourd’hui, les habitants sont globalement tous contents de leurs logements tout neufs. A l’instar de Patricia qui n’en revient toujours pas, deux ans après les travaux :
« Quelquefois on éteint le chauffage, et on a quand même 22-23° dans la maison. On peut même se promener à bras nus. L'isolation, c’est magnifique", se réjouit cette mère de famille.
Les habitants ont aussi été sensibilisés aux économies d’énergie.

Deux fois moins d''émissions de CO2

Autrefois au bas de l'échelle du diagnostic énergétique, la cité s'est hissée à la classe B, avec un label BBC rénovation.
Deux fois moins de CO2 dans l’atmosphère pour les habitants de la Solitude.
« C'est très bien ! C'est même exceptionnel pour des bâtiments qui datent des années 1920”, se félicite Marie Pierre Duveau, responsable de la rénovation urbaine chez SIA Habitat.

Cinq autres cités minières en cours de rénovation

Actuellement, ce bailleur mène conjointement la rénovation des logements de cinq autres cités minières. Elle gère en tout 7 500 logements dans l’ex Bassin houiller, soit 79% de son patrimoine.
La Cité Couture, à Escaudain, est classée à l’UNESCO, comme la Cité de la Solitude.
Comme précédemment, cela interdit toute rénovation en façade, les logements sont donc entièrement désossés, avant d’être ré-isolé de l’intérieur.
Coût de l'opération : entre 50 et 6000€ par maison, une somme.
On a une cadence de 500 logements par an avec pour objectif de tendre vers la rénovation de toutes ces cités minières. On espère réaliser tout cela d’ici 2022, peut-être 2023 ou 2024”, espère Marie-Pierre Duveau.

Objectif 800 000 logements sobres en 2020

Car les bailleurs sociaux ont la pression.
Le Grenelle de l’environnement leur a en effet fixé comme objectif de rénover 800 000 logements d’ici 2020, et de les amener tous des classes énergétiques E-F ou G vers la classe C au moins, celle des habitations performantes sur le plan énergétique.
Aucun bailleur ne tiendra les délais. Mais la rénovation est bien en marche. Et c’est un enjeu majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 / © cerdd
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L’habitat troisième émetteur de GES dans le Nord Pas-de-Calais

L’habitat représente 14% des émissions de GES (gaz à effet de serre) du Nord Pas-de-Calais. Un secteur qui a progressé de 12% depuis 1990. La faute à des logements anciens très énergivores. Plus de 65% des habitations ont été construites avant 1975, année des premières réglementations thermiques.
A l’échelle nationale, le secteur du bâtiment est même le plus gros consommateur d'énergie. Il génère 123 millions de tonnes de CO2, soit 23% des émissions nationales. Chaque Français libère ainsi dans l’atmosphère environ deux tonnes de CO2.

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