Coronavirus : “Lueur d'espoir, vigilance, prudence”, le docteur Goldstein (CHU Lille) fait le point sur l'épidémie

Le docteur Patrick Goldstein / © FRANCE 3
Le docteur Patrick Goldstein / © FRANCE 3

Le docteur Patrick Goldstein du CHU de Lille voit quelques raisons de penser que l'épidémie de coronavirus est en train d'être maitrisée. Mais il appelle aussitôt à ne surtout pas se réjouir trop vite.

Par Emmanuel Magdelaine

Optimiste ? Oui et Non. Le docteur Patrick Goldstein, chef du pôle de l'urgence et du Samu du Nord au CHU de Lille, est encore loin de ne voir que du psoitif dans ce qui se passe autour de la crise du coronavirus. Mais les dernières constatation à l'hôpital, les chiffres, les remontées des services... Tout incite à avoir un discours moins noir que ces dernières semaines. Ce lundi, il fait le point sur la situation de la crise du Covid-19. 
 
 

Que peut-on dire de la situation au CHU de Lille ce lundi ?


Dr Patrick Goldstein : Lueur espoir. Vigilance et grande prudence. C'est à l'image de ce qu'on observe en France. Très clairement, on a moins de patients aux urgences et moins de patients qui rentrent en réanimation depuis quelques jours. C'est ce qu'on espérait. Cela veut dire que le confinement marche.

Aujourd'hui, 60% des patients qui rentrent en réanimation étaient déjà hospitalisés chez nous. Ce sont des cas qui se sont aggravés.

Ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a désormais autant de patients qui rentrent en soins intensifs que de patients qui en sortent. C'est positif. Mais attention, on n'en pas encore au stade où aucun patient Covid ne rentre en réanimation. 

 

Le service réanimation est-il toujours en tension ?


Non, on a doublé le nombre de lits de réanimation depuis le début de la crise. On a aujourd'hui 200 lits. Environ 25 sont disponibles. Et nous accueillons de nombreux patients venus d'ailleurs dans la région : Amiens, Compiègne, Creil, Valenciennes...
 
 

Qui sont les patients qui sont aujourd'hui atteints par le Covid-19 ? 


Ceux qui font des formes graves ont commencé à être malades entre ces jours-ci et les 15 derniers jours. C'est-à-dire après le début du confinement. Ce sont des gens qui travaillent, qui circulent parce que la vie économique continue en partie, qui ont des enfants qui vont à l'école. Cela montre que ça ne peut pas s'arrêter d'un seul coup. Mais ce qui est sûr, c'est que si on n'avait pas confiné, ça aurait été bien plus dramatique. Il fallait la prendre cette mesure. 
 

Mais en ce moment, on commence surtout à parler de déconfinement...


On est sur la bonne voie mais ce n'est pas gagné du tout. Il faut absolument continuer à appliquer les consignes à la lettre. Ce n'est pas le moment de faire revenir les copains parce que le petit s'ennuie ou organiser un barbecue avec des amis...

On parle de déconfinement, c'est bien... Mais nous sommes toujours en confinement. Si on ne respecte pas les consignes, il va y avoir 2ème pic et cette fois, il va mettre à plat le système. L'approvisionnement en médicaments, en respirateurs, est compliqué. La consommation est supérieure à la production. Il faut donc qu'on réussisse à diminuer les raisons de consommer. 

 


Est-ce que craignez le déconfinement ? 


Il faut faire attention. On sait que ça va être long. On sait que le virus ne va pas s'en aller comme ça d'un seul coup. Il faut juste faire en sorte que la courbe ne soit plus exponentielle. On ne va pas reprendre une vie complètement normale d'un seul coup. Il faudra de la prudence pendant longtemps. Une vie sociale et économique intelligente avec des réflexes à conserver. Le déconfinement, ce ne sera pas barbecue géant pour tout le monde !
 


Un message à faire passer ?


Oui : soignez-vous ! Dans un service comme le mien, l'activité a diminué de 45%. Ce n'est pas normal. Il faut vraiment que les patients viennent se faire soigner. Infarctus, AVC, occlusion intestinales, diabètes qui décompensent... En ce moment, trop de gens ne viennent pas aux urgences ou chez leur médecin généraliste. Le message, c'est "Appelez le 15, allez à l'hôpital, vous êtes en sécurité. N'attendez pas, soignez-vous ! "

 

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