Coronavirus chez nos voisins : Boris Johnson appelle les Britanniques à la patience face au confinement

De retour aux commandes du gouvernement britannique, Boris Johnson a appelé ce lundi ses compatriotes à la patience, les priant de continuer à respecter le confinement qui a permis au Royaume-Uni de "commencer à inverser" la courbe de la pandémie.

Boris Johnson a repris ce lundi matin les commandes du gouvernement britannique.
Boris Johnson a repris ce lundi matin les commandes du gouvernement britannique. © DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP
Un mois après avoir été testé positif au Covid-19 et deux semaines après sa sortie de l'hôpital, où il a passé trois nuits en soins intensifs, le Premier ministre de 55 ans s'est exprimé devant le 10 Downing Street.
 
Face à la pression qui monte pour esquisser une stratégie de déconfinement, il a dit comprendre "l'impatience" de la population, appelée à rester chez elle depuis le 23 mars, et promis des décisions "dans les jours à venir" sur la manière d'adapter à l'avenir les mesures mises en place face à une crise qui dure et provoque un marasme économique et social.
 
Mais il a averti du "risque maximum" existant et assuré qu'il fallait en l'état s'en tenir au confinement, en place au moins jusqu'au 7 mai, au risque d'une recrudescence. "Nous commençons maintenant à inverser la tendance", a déclaré Boris Johnson, soulignant les "signes réels que (le pays) passe le pic". "Si ce virus était un assaillant, un agresseur inattendu et invisible, et je peux vous dire de ma propre expérience que c'en est un, ce serait le moment où nous avons commencé à le maîtriser au sol. (...) Mais c'est aussi un moment de risque maximum".

Je refuse de gâcher les efforts et les sacrifices du peuple britannique et de risquer une deuxième épidémie majeure.


"Je sais que c'est difficile. Et je veux faire progresser l'économie aussi vite que possible, mais je refuse de gâcher les efforts et les sacrifices du peuple britannique et de risquer une deuxième épidémie majeure", a argumenté le Premier ministre.

Avec 20 732 décès dans les seuls hôpitaux, le Royaume-Uni est l'un des pays les plus sévèrement touchés en Europe par le nouveau coronavirus.
 
Le bilan s'annonce encore plus lourd avec les morts dans les maisons de retraite, qui se comptabilisent par milliers selon les acteurs du secteur.
   
En très nette baisse, le dernier bilan en date communiqué dimanche recense 413 décès supplémentaires en milieu hospitalier, le chiffre le moins élevé en près d'un mois. Mais en l'absence de traitement et aucun vaccin ne pouvant être espéré au moins avant la fin de l'année, la route s'annonce encore longue avant de tourner la page de la pandémie.

La semaine dernière, le très sérieux Financial Times estimait que l'épidémie de Covid-19 avait fait plus de 41 000 victimes au Royaume-Uni, sur la base de statistisques démographiques récemment publiées. Soit le double du bilan officiel.

 


Un gouvernement critiqué et divisé


Hospitalisé pendant une semaine à Londres, Boris Johnson était en convalescence depuis le 12 avril dans la résidence gouvernementale de Chequers. Pendant cette période, son équipe a été la cible de nombreuses critiques.  Selon la presse, Boris Johnson retrouve un gouvernement divisé, certains poids lourds s'inquiétant des conséquences, sociale  mais aussi sanitaires, d'un confinement trop strict sur la longueur.

Dans les rangs conservateurs, des députés pressent pour une reprise de l'économie. "Nous devrions pencher vers l'ouverture et essayer de faire en sorte que davantage
de gens puissent reprendre leurs vies et retourner au travail
", a dit l'un d'entre eux, Graham Brady, à la BBC dimanche soir. Certains magasins de bricolage ont commencé à rouvrir et plusieurs entreprises de construction ont annoncé un retour progressif de leurs activités.
 

Outre le sujet sensible du déconfinement, Boris Johnson a d'autres défis à relever : atteindre les 100 000 dépistages quotidiens promis par son gouvernement d'ici la fin du mois, et fournir des blouses médicales et des masques aux soignants qui en manquent cruellement.
 
En outre, les négociations du Royaume-Uni avec l'Union européenne sur l'après Brexit se poursuivent. Censées aboutir à la fin de l'année, elles patinent jusqu'à présent, faisant courir le risque de perturbations brutales dans les échanges. Selon le nouveau patron du parti travailliste, Keir Starmer, des "erreurs" ont été commises et le gouvernement a été "trop lent", à la fois pour décider le confinement, dépister la population et fournir des équipements de protection dans les hôpitaux et les maisons de retraite.
 
Les milieux d'affaires britanniques en quête de clarté sur le déconfinement
Les milieux d'affaires au Royaume-Uni pressaient ce lundi le gouvernement de dévoiler sa stratégie de déconfinement afin de redonner confiance à des entreprises laminées par la pandémie de coronavirus. "Depuis quelques jours, nos membres réclament de plus en plus des informations sur quand et comment les restrictions liées au coronavirus vont commencer à être levées", a expliqué Jon Geldart, directeur général de l'organisation patronale Institute of Directors (IoD) dans un communiqué.

Pour l'IoD, qui comptent 28.000 membres, les milieux économiques sont conscients du dilemme auquel sont confrontés les pouvoirs publics entre reprise d'activité et nécessité de protéger les Britanniques du coronavirus. "Les responsables d'entreprises ne sont pas inconscients. Ils veulent savoir comment repartir de l'avant tout en soutenant les efforts faits pour garder le virus sous contrôle", selon M. Geldart.

Malgré le flou sur la sortie de crise, quelques sociétés dans des secteurs comme le bâtiment ou le commerce prévoient de reprendre une partie de leurs activités, avec des mesures sanitaires strictes et des ventes en à emporter pour les enseignes de fast-food par exemple. Et la compagnie aérienne hongroise à bas coût Wizz Air prévoit elle de reprendre des vols de l'aéroport de Luton au nord de Londres le 1er mai.

Les entreprises s'inquiètent de dégâts irréparables si le confinement devait durer trop longtemps et ce malgré les mesures de soutien à l'économie dévoilées depuis mars par le gouvernement comme la prise en charge des salaires où des prêts garantis. Le ministre des Finances Rishi Sunak pourrait d'ailleurs renforcer son plan d'aide, sous la pression du patronat, de députés conservateurs et de la Banque d'Angleterre, en garantissant 100% du montant des prêts d'urgence aux PME, contre 80% jusqu'à présent, afin de secourir davantage d'entreprises.

Le choc de la pandémie pourrait créer la pire récession depuis "plusieurs siècles" selon Gertjan Vlieghe, membre du Comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre. L'organisme public OBR (Office for Budget Responsibility) redoute quant à lui un effondrement de 13% du produit intérieur brut en 2020. Le cabinet EY Item Club a de son côté indiqué ce lundi que l'économie britannique ne devrait retrouver son niveau de fin 2019, soit avant la crise sanitaire, qu'en 2023.
 
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